Sénégal: journaliste condamné à 3 ans de prison, son article accusait Wade
Le responsable d'un quotidien privé sénégalais, El Malick Seck, a été condamné vendredi à Dakar à trois ans de prison ferme, moins de deux semaines après avoir publié un article mettant en cause le chef de l'Etat, a-t-on appris auprès de son avocat.
“La parution de son journal, 24 Heures Chrono, a également été suspendue pour une durée de trois mois”, a expliqué à l’AFP Me Demba Ciré Bathily, soulignant que cette mesure n’avait pas été demandée par le procureur.
Une peine de cinq ans de détention avait été réclamée contre le journaliste.
El Malick Seck, directeur de publication de 24 Heures Chrono, avait été arrêté le 28 août, quelques heures après avoir publié un article dans lequel il affirmait que le président Abdoulaye Wade, et son fils Karim étaient “mouillés” dans une affaire de blanchiment d’argent volé en Côte d’Ivoire.
Le tribunal des flagrants délits de Dakar l’a condamné à trois ans de prison ferme, après l’avoir jugé pour “acte de nature à troubler l’ordre public et à occasionner des troubles politiques graves”, “diffusion de fausses
nouvelles”, “injure publique” et “recel de documents administratifs” Son avocat ignorait, immédiatement après la condamnation, de quels chefs d’inculpation il avait été reconnu coupable.
“Aujourd’hui, alors que dans le monde entier on parle de dépénalisation des délits de presse, on condamne au Sénégal un journaliste à trois ans de prison ferme. C’est une décision politique (…) qui confirme la volonté d’éliminer El Malick Seck et son journal”, a commenté Me Ciré Bathily.
24 Heures Chrono est l’un des deux journaux privés dont les locaux avaient été attaqués à la mi-août par des hommes de mains qui avaient détruit des ordinateurs et aspergé de gaz lacrymogène des employés. Jeudi, douze hommes ont été condamnés à 5 et 6 ans de prison ferme pour ces faits, dont plusieurs avaient présenté le ministre des Transports aériens Farba Senghor, récemment limogé du gouvernement, comme le commanditaire des “expéditions punitives”.
Le journaliste avait été emprisonné le 3 septembre, après six jours de garde à vue.