Zimbabwe: Tsvangirai boycotte le camp présidentiel pour asseoir son autorité
En décidant de boycotter le camp du président Robert Mugabe, le Premier ministre zimbabwéen Morgan Tsvangirai cherche à asseoir son autorité au sein du gouvernement d'union mais ne veut pas saborder la coalition, estiment les analystes.
-
Révolté par le traitement réservé à son allié Roy Bennett – qui sera jugé à partir de lundi pour terrorisme -, Morgan Tsvangirai a annoncé vendredi qu’il coupait tout les liens avec le parti présidentiel, “un partenaire indigne de confiance”.
-
“L’arrestation de Bennett a déclenché la décision du MDC (le Mouvement pour le changement démocratique, de Tsvangirai) mais ce n’est pas une fin en soi, il y a d’autres problèmes en suspens”, rappelle Sydney Masamvu de l’International Crisis Group. “Tsvangirai a fait une énorme concession en laissant Mugabe faire partie de son gouvernement alors qu’il avait gagné les élections. Mais le président n’a même pas honoré les termes de leur accord de partage du pouvoir”, estime l’expert.
-
Le MDC a remporté les élections générales de mars 2008, mais des violences politiques ont ensuite forcé Morgan Tsvangirai à se retirer de la course à la présidence. Robert Mugabe, seul en lice, a logiquement été réélu en juin 2008 à la tête de l’Etat.
-
Pour sortir le pays de la paralysie, les deux hommes ont signé un accord de partage du pouvoir, qui a débouché en février 2009 sur la mise en place de leur gouvernement d’union.
-
Mais au cours des huit derniers mois, le président Mugabe n’a pas lâché le contrôle des organes de sécurité et a procédé unilatéralement à plusieurs nominations. Plus grave: la répression contre les partisans du MDC s’est poursuivie.
-
Dernier exemple en date, un tribunal de l’est du pays a décidé mercredi de renvoyer en prison le trésorier du MDC et vice-ministre de l’Agriculture désigné, Roy Bennett, sous des accusations qu’il nie.
-
Après avoir pendant des mois “dissimulé les défauts” du gouvernement d’union, selon ses propres termes, Morgan Tsvangirai a décidé que cette fois, c’en était trop et a osé déclencher une “crise constitutionnelle”. “Si la crise devait empirer, la solution évidente serait l’organisation d’élections libres et équitables, organisées par la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) et l’Union africaine (UA) sous la supervision des Nations unies”, a-t-il déclaré.
-
Ce qui fait dire à Siphamandla Zondi de l’Institut pour le dialogue global que “son désengagement est un mouvement réfléchi pour obtenir l’aide de l’extérieur”.
-
“Tsvangirai essaie d’envoyer un signal fort aux garants de l’accord de partage de pouvoir”, la SADC et l’UA, afin qu’ils forcent le bras au président Mugabe, estime l’analyste.
-
Quelques heures après l’annonce du Premier ministre, un tribunal a décidé de remettre Roy Bennett en liberté sous caution, et le MDC n’a pas clarifié quelle serait la suite des événements.
-
“Bennett n’est pas la cause des troubles, c’est le symptôme des troubles”, souligne Dirk Kotze de l’Université d’Afrique du Sud, pour qui le MDC ne changera pas de position. Morgan Tsvangirai devra négocier intelligemment son prochain mouvement, ajoute le chercheur. “Le MDC doit utiliser son action pour négocier quelque chose. S’il ne le fait pas, il va perdre l’impact de son action”, dit-il.
-
Mais pour Cheryl Hendricks de l’Institut pour les Etudes de sécurité, la balle est désormais dans le camp du président Mugabe.
-
“Les deux parties travaillent depuis des mois dans le cadre de leur accord. Elles se sont plaintes de plusieurs aspects mais ne se sont jamais retirées de la coalition” dit-elle. “C’est comme un jeu d’échecs et Morgan vient de jouer son pion. Maintenant c’est à Mugabe de rejoindre la partie”.