48 heures en zone meurtrie: les secours s’organisent à Ghardaïa
En moins d’une heure, plusieurs zones de la wilaya de Ghardaïa ont été transformées en terre de désolation dans une catastrophe, la première du genre depuis des siècles, incomparable avec la crue de oued Mzab de 1991 qui a occasionné des pertes limitées en raison de l’inexistence de quartiers habités à proximité.
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Dans les zones sinistrées, les maisons effondrées ont servi de tombes aux enfants et personnes âgées, d’autres, inondées ont bloqué les habitants sur les toits durant deux jours.
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L’effondrement de plusieurs axes routiers a isolé Ghardaïa. Le cheptel et autres animaux en voie de disparition figurent également au nombre des victimes.
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Les agents de la protection civile ont recouru aux barques pour mener les opérations de sauvetage et utilisent des marmites pour écoper les eaux qui envahissent les habitations.
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Nous avons accompagné les gendarmes qui retiraient les cadavres des décombres. Le corps du petit Yahia a été sorti d’une cave. Des Yahia, il y en a eu beaucoup…
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Les policiers s’attèlent à répondre aux besoins des sinistrés… mais ce qui a attiré le plus notre attention, c’est le mouvement de solidarité qui a uni les enfants de la vallée du M’zab et effacé leurs différends. Tous se sont mobilisés et ont risqué leur vie pour leur prochain. L’envers de la catastrophe…
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Nous avons eu beaucoup de mal à accéder à Ghardaïa en cette journée de l’aïd et nous n’y sommes parvenus qu’à deux heures du matin dans une totale obscurité. Les pylônes Haute Tension avaient chuté dans la boue.
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La station de transport des voyageurs dans le quartier de Hadj Messaoud était inondée par les eaux de l’oued M’zab en furie arrachant des arbres, noyant le bétail et entrainant les véhicules sur son passage.
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Le paysage illustrait amplement la colère de dame nature amplifiée par un silence terrifiant troublé par le grondement des eaux.
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Sur l’autre rive, toutes les habitations se sont effondrées ne laissant que quelques pans de murs et des meubles.
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Nous avons pu approcher des propriétaires de commerces mitoyens à la station qui se sont contentés de dire «nous avons perdu notre gagne-pain en quelques instants».
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Rien dans la ville ne reflétait la célébration de l’aïd, la population était figée, sous le choc.
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Des piscines se sont formées devant les sièges des sûretés de wilaya et la direction de la protection civile et encerclaient les édifices. Nous avons rencontré des familles sinistrées réfugiées sur les toits de leurs maisons de trois étages au quartier Bouheraoua. Le niveau des eaux a dépassé huit mètres dans ces bâtisses qui menacent ruine, un des habitants est resté accroché à une corde durant plusieurs heures avant d’être secouru par des voisins.
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Les sinistrés n’en reviennent pas. Ils ont été surpris par la crue de l’oued alors qu’ils dormaient, s’apprêtant à accueillir l’aïd El-Fitr.
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Des pluies diluviennes, une inondation qui a pris une ampleur inattendue ont obligé les citoyens à fuir leurs foyers en vêtements de nuit, certains par le toit, d’autres à la nage. Le courant électrique s’est interrompu progressivement avant que tout ne soit plongé dans le noir. Des appels au secours étaient perçus avant que le soleil ne se lève et dévoile l’horrible tragédie.
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Des dégâts similaires ont été constatés dans le quartier 5 juillet: une digue s’y est écroulée dispersant des pierres et des blocs de ciment et détruisant des bâtisses et des routes. Les riverains n’ont trouvé d’autre moyen que de disposer des sacs de sable pour endiguer les flots. De nombreuses personnes se sont accordées à dire que les constructions proches de l’oued ont alourdi le bilan des victimes.
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Même image de désolation dans le quartier de “la forêt” où nous nous sommes rendus dans la matinée de jeudi. Nous avancions dans des ruelles étroites, dans la boue et les décombres en espérant que nos pieds ne foulaient pas des cadavres. Au même moment des jeunes se sont approchés des éléments de la gendarmerie et de la protection civile, sur place, pour leur signaler la disparition d’une fillette de deux ans. Une fausse alerte à l’inondation a de nouveau jeté l’effroi sur la population et ralenti les recherches.
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Durant les deux jours passés dans la région, nous avons appris l’arrivée de renforts sécuritaires, d’équipements modernes à même de faciliter les opérations de secours et de sauvetage.
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Nous avons partagé la faim des habitants de Ghardaïa, la rareté du pain engendrée par la coupure d’électricité, notre tournée à la recherche d’un café ou d’un boulanger a été vaine. Certains commerçants opportunistes sont allés jusqu’à augmenter les prix alors que les aides tardaient à parvenir. La situation a provoqué la colère des sinistrés qui ont protesté dans les quartiers de Sidi Abbaz et de Belharoua et se sont rassemblés devant le siège de la wilaya réclamant une rapide prise en charge.
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Le wali: 8 zones sinistrées, une trentaine de noyés et des disparus
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Les pluies torrentielles qui se sont abattues sur Ghardaïa ont occasionné l’écroulement de plusieurs monuments archéologiques et culturels qui constituaient une part de la mémoire de la vallée du M’zab. Les plans de valorisation touristique s’en trouvent compromis au même titre que la fête du tapis programmée pour le 25 octobre.
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Le wali de Ghardaïa, Yahia Fahim, paraissait bouleversé alors qu’il animait jeudi après-midi un point de presse au siège de la wilaya. «Ghardaïa n’est plus ce qu’elle était…mais nous la reconstruirons comme nous l’avons fait à Boumerdès après le séisme et à Alger après les inondations de novembre». Le wali dévoilera un certain nombre de mesures pour la prise en charge des sinistrés et des familles des victimes. Il reconnait l’ampleur des dégâts mais ne parle pas de wilaya sinistrée mais de zones sinistrées où il s’engage à réaliser des programmes de logements et de développement.
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Les cumuls ont dépassé localement les 60 mm en 20 minutes. Le gouvernement a pris des dispositions face à cette catastrophe qui a affecté huit communes, faisant 30 morts et 50 blessés dont 2 sont toujours hospitalisés, a précisé le wali. Le bilan provisoire recense également mille constructions détruites dont 500 dans le seul quartier de “la forêt“. La pluviométrie a dépassé sa moyenne annuelle, a indiqué Yahia Fahim en ajoutant «nous nous attendions à des précipitations mais pas à cette quantité…et nous avons pris des précautions nous basant sur le bulletin météorologique». Les pluies enregistrées dans les wilayas d’El-Bayad, Djelfa et Laghouat ont contribué à alimenter l’oued M’zab qui a débordé.
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La priorité pour le wali est le relogement des sinistrés et la gestion des aides. Le responsable est par ailleurs revenu sur le programme de l’aménagement des oueds -qui a commencé- pour lequel une enveloppe de mille milliards de centimes a été allouée.
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Quant au retard de l’intervention des agents de la protection civile, il est du à l’élévation des eaux jusqu’à 8 mètres et le manque d’effectif par rapport au nombre de quartiers touchés.
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Les différentes aides ont notamment afflué de 12 wilayas ainsi que de l’ANP qui a affrété quatre avions pour le transport des vivres et d’autres produits nécessaires, parallèlement au recensement des sinistrés et de leurs besoins. L’évaluation des dégâts est toujours en cours et des mesures sont prises pour le rétablissement graduel de la fonctionnalité de tous les secteurs.