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Abdallah Chibani: «La lutte contre la drogue n’est pas la priorité du gouvernement marocain !»

الشروق أونلاين
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Echorouk
Le membre d’Al-Adl Wal-Ihsane en compagnie du journaliste de Echorouk

Le membre du parti d’Al-Adl Wal-Ihsane (Justice et bienfaisance) marocain, Abdallah Chibani a indiqué dans cet entretien qu’il nous a accordé que les gouvernements marocains qui se sont succédé n’aient pas fixé la lutte contre la drogue comme étant une priorité, affirmant que ce phénomène ne trouve pas place ni dans la presse ni dans la vie politique du royaume.

Les propos du membre d’Al-Adl Wal-Ihsane suscitent des questionnements sur les déclarations des responsables marocains quant à la saisie des quantités de drogues aux frontières du pays et la propagande pour les réformes agraires visant  à réduire la propagation de ce fléau. Selon lui, le discours officiel des responsables ne reflète pas une politique audacieuse et sincère.

S’agissant des réformes constitutionnelles initiées par le roi Mohamed VI ,il y a quatre ans, le groupe d’Al-Adl Wal-Ihsane estime qu’il s’agit des solutions temporaires qui ne s’inscrivent pas dans la durée, jugeant que l’« Etat profond » est le seul responsable de la gestion des affaires du royaume en qualifiant de façades les gouvernements que l’on forme et que l’on dissolve une fois leur rôle est accompli.

Par ailleurs, notre interlocuteur s’est penché sur la relation perturbée entre le royaume et sa voisine de l’Est, jugeant inacceptables les arguments avancés sur la situation liés à la position de l’Algérie vis-à-vis du conflit sahraoui. Pour lui, les peuples de la région font les frais de l’immaturité.

Quel regard portez-vous au sein d’Al-Adl Wal-Ihsane aux perturbations entre le Maroc et sa sœur, voisine l’Algérie?

Nous regardons le fait sous deux angles: premièrement, les peuples se considèrent comme étant réunis par l’Islam et la tendance arabe. Deuxièmement, ce qui les divise est le despotisme. Autrement dit, ils sont victimes de la division des gouvernants. En effet, ce sont les calculs politiciens qui sont à l’origine des troubles entre les différents régimes. De notre côté, nous souhaitons que les officiels sachent que la force réside dans l’union, en venant à bout de leurs sensibilités et les calculs restreints de manière à aboutir à l’union des peuples à travers bien entendu l’union des institutions.

Cependant, le discours officiel du royaume marocain attribue son différend avec l’Algérie à la position de cette dernière concernant le conflit sahraoui. Est-ce un argument convainquant, d’après vous? N’est-il pas judicieux d’œuvrer à préserver les intérêts communs entre les deux pays?

Pour ne pas sortir du contexte de votre question, je dois dire qu’il y a obligation de faire preuve de sagesse et de maturité. Il aurait bien fallu que les gouvernements réfléchissent sur des projets d’avenir visant à bâtir un Maghreb arabe islamique au lieu de s’attacher à des questions et des prétextes qui divisent. Un tel prétexte n’a rien à voir avec la maturité et la sagesse.

De son côté, l’Algérie accuse le Maroc d’inonder le pays en quantités considérables de drogue. C’est ce qu’attestent des rapports élaborés par des organisations internationales, ajoutant que la drogue est cultivée à l’intérieur du royaume et commercialisée à travers le monde. Qu’en dites-vous sur ce sujet?

Quand il y a un problème, chaque partie tente d’accuser son vis-à-vis. Nous voulons que les dirigeants des deux pays évitent ce genre de situation. Je pense que la question doit être posée aux institutions dirigeantes des deux pays.

Pour être plus transparents, je dois vous rappeler que la classe politique et la société civile marocaines évoquent cette question?

Vous parlez de la classe politique. Nous ne considérons pas notre groupe comme étant un parti politique et n’est point concerné par le jeu politique. Ce qui compte pour nous ce sont l’éducation et la construction pour préparer le peuple.

Je ne veux pas que vous esquiviez ma question, en fait de quelle éducation parlez-vous face à la propagation de la drogue. Ne pensez-vous pas que Al-Adl Wal-Ihsane doit prendre une position sur la question?

Al-Adl Wal-Ihsane est un groupe de pression qui ne se mêle pas de manière directe à la vie politique. C’est pourquoi il boude les élections et n’a pas de représentations au sein du parlement.

En vérité, la drogue et un fléau mondial qui s’est répandu à travers le monde, y compris dans le monde arabe et islamique.

Le gouvernement marocain actuel parle du recul de la culture de la drogue et vous vous parlez d’un phénomène mondial?

Le gouvernement de Benkirane cherche des dossiers sur lesquels il tente de travailler pour se donner une crédibilité au sein du parlement. Sans doute, il y a des efforts déployés dans la lutte contre le phénomène qui terne l’image politique du Maroc. En effet, nous souhaitons que ces efforts soient profonds et ne pas se contenter des calmants. Nous devons diagnostiquer le problème et trouver un remède.  

Vous voulez dire que les efforts consentis par le gouvernement restent limités?

En vérité, je ne dispose pas de renseignements précis sur les efforts du gouvernement dans ce dossier. Je dois dire que la question n’est pas présente dans la presse et ne constitue pas sa priorité fondamentale. Certes, nous avons entendu parler à travers les gouvernements qui se sont succédé de la lutte contre la drogue et des efforts dans le domaine d’agriculture pour remplacer la culture de la drogue par d’autres produits en vue de réduire  le trafic de drogue à travers la frontière. Est-ce ces idées sont devenues des choix stratégiques ou non! C’est la question qui se pose.

Je comprends à travers vos réponses que la drogue n’est pas un problème ou une affaire qui mérite un grand intérêt dans l’action du gouvernement marocain?

C’est ce que recèlent les dossiers traités tant par le gouvernement que par l’Etat. D’après la presse et les politiques nous « avons saisi des tonnes de drogue destinées à la contrebande à travers les frontières ». Nous avons également entendu parler des réformes agraires et d’adaptation des politiques pour exploiter les terrains utilisés jadis dans la culture de la drogue pour cultuver d’autres produits.  

Certains observateurs considèrent le Maroc comme un « modèle » après les événements qui ont secoué la région arabe. Pouvons-nous dire que le royaume a dépassé le danger à travers les réformes constitutionnelles ou s’agit-il uniquement d’un remède provisoire qui reporte l’explosion sans l’empêcher?

En vérité, le régime marocain jouit d’une longue expérience dans le traitement des crises. Ce qui lui permet de trouver d’issue à chaque crise. La dernière révision constitutionnelle a constitué une solution temporaire aux pressions nées de l’agitation de la société qu’a connue le Maroc depuis cinq ans.

 

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