Abderrezak Osmani: « La Grande-Bretagne est pragmatique, la France ne pourra pas monopoliser le marché algérien pour de bon »
Le président du Conseil d’affaires algéro-britannique, Abderrezak Osmani a affirmé dans cette interview accordée à Echorouk que le gouvernement britannique cherche effectivement à consolider les liens économiques entre les deux pays en incitant les hommes d’affaires britanniques à pénétrer le marché national en cherchant les opportunités d’investissement et de partenariat.L’expert économique algérien prévoit le développement des relations commerciales des deux États dans les années à venir. Il a dit que l’Algérie est le pays le plus stable de la région MENA ce qui lui permettra d’attirer plus d’investisseurs étrangers, notamment après les crises qu’ont connues l’Égypte, la Tunisie et la Libye.
Echorouk : Ces dernières années, l’activité algéro-britannique est remarquablement développée. C’est dû à quoi d’après-vous ?
A.Osmani : Les Britanniques ont toujours gardé les images de l’Algérie des années 90, notamment chez les médias de ce pays. Il leur était donc difficile d’effacer cette image ou de tourner la page de ce qui s’est passé au cours de ces années. Une chose est sûre, c’est que les visites effectuées par les hommes d’affaires britanniques en Algérie ont favorisé d’avoir une autre image sur l’Algérie. D’ailleurs les Britanniques ont été fréquemment surpris par l’accueil qui leur a été réservé en Algérie par les parties concernées, d’autant plus qu’aucun problème à caractère linguistique n’a été soulevé car il y a plusieurs Algériens qui maîtrisent la langue anglaise ainsi que la disponibilité de traducteurs et d’interprètes.
Il y a également d’autres facteurs qui ont trait aux événements qui se produisent au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENA) où l’Algérie demeure quasiment le pays le plus stable de la région, tant sur le plan politique que financier.
Je connais de nombreuses entreprises britanniques qui s’apprêtaient à investir en Libye, mais en raison des événements qui ont secoué ce pays, ont fait que ces sociétés changent d’avis pour penser venir investir en Algérie. Idem, pour les sociétés installées en Égypte et en Tunisie qui veulent aussi profiter des opportunités offertes par le marché algérien.
Echorouk : Peut-on parler de la chance qui aurait fait que les hommes d’affaires britanniques soient intéressés par le marché algérien ?
A.Osmani : Le proverbe qui dit : « Le malheur des uns fait le bonheur des autres » peut s’adapter à ce contexte. Mais, je pense que les autorités algériennes avaient une vision de nouer des relations de partenariat avec plusieurs États en vue d’acquérir de l’expérience étrangère à l’échelle planétaire, notamment avec le Royaume-Uni.
Néanmoins, il existe des carences. En dépit d’existence d’importantes ressources humaines en Algérie, mais elles demeurent non qualifiées et parfois mal exploitées. Je trouve qu’il est primordial de revoir la vision du mode de formation et qualification des ressources humaines. Parallèlement à cela, l’Algérie a besoin d’infrastructures, comme les grands hôtels et d’autres services qui seront à même d’attirer plus d’investissements.
Il ne faut pas, toutefois, oublier le problème de communication. A mon avis, l’Algérie n’œuvre pas comme il se doit en matière de publicité pour ses capacités et ses chances en matière d’investissement et en commerce qu’elle offre.
Echorouk : Il est à souligner que l’on parle beaucoup des relations commerciales entre les deux pays et on en parle qu’à peine de l’investissement direct et de partenariat avec les sociétés algériennes. Quel commentaire faites-vous à ce sujet ?
A.Osmani : Le marché algérien n’est pas autant connu par les Britanniques. D’ailleurs, pour mieux le découvrir, ces derniers s’intéressent beaucoup plus au marché algérien dans les colloques économiques qu’on organise. Quant à l’investissement direct, comme il est connu pour tout le monde, est une opération coûteuse qui constitue en effet une étape avancée dans les rapports à caractère économique. Il est clair que les compagnies britanniques veulent dans un premier temps distribuer leurs produits sur le marché algérien et tenter de collecter des données sur le terrain. Une fois que cette première étape jugée positive, sans doute que la seconde étape serait l’investissement direct.
Echorouk : Pourquoi les sociétés britanniques veulent-elles investir leurs capitaux en Algérie ou ailleurs, alors que les pays Européens y compris la Grande-Bretagne souffrent d’une crise économique aiguë ?
A.Osmani : L’investissement des sociétés britanniques dans de nouveaux marchés comme l’Algérie et d’autres contribuera au développement de leur pays. Au cas où une compagnie britannique investit en Algérie, cela permettra non seulement de créer des emplois en Algérie et aux Algériens, mais aussi pour les Britanniques en Algérie et en Grande-Bretagne également. Lorsque ces compagnies tirent des profits financiers, il sera possible de transférer ces sommes d’argent en Grande-Bretagne.
Echorouk : Est-ce que cela veut dire que la Grande-Bretagne investira en force en Algérie ?
A.Osmani : C’est une question de temps. Ce que je veux affirmer, c’est qu’au cours de l’année précédente et de l’année en cours, l’activité économique entre Alger et Londres a connu une remarquable dynamique à travers les nombreuses délégations économiques britanniques qui ont visité l’Algérie et l’échange de visites des responsables des deux parties. Je crois que la dernière visite effectuée par le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hugue et la visite qu’effectuera en Algérie le ministre de l’Énergie et des Mines à la tête d’une délégation économique le 26 novembre confirment l’intention et la volonté des autorités britanniques de développer leurs relations et renforcer la coopération avec l’Algérie. En terme des chiffres, le volume d’échanges commerciaux entre les deux pays ont augmenté au cours du premier semestre de l’année en cours de 79% soit 302 millions de livres par rapport à l’année écoulée. Ce sont donc des indices positifs pour ce qui est attendu dans l’avenir.
Echorouk : Pourquoi les Britanniques veulent-ils s’aventurer dans un marché monopolisé par la France depuis plusieurs décennies ?
A.OSMANI : Les Britanniques ont bien compris le message adressé par les autorités algériennes qui visent à diversifier leurs partenaires économiques et ont même vu le nombre important d’opportunités dont dispose ce pays. D’après les entretiens que j’ai eu moi-même avec un nombre de responsables algériens des différents secteurs, ces derniers m’ont affirmé que la France ne pourra pas exercer un monopole sur le marché algérien pour de bon, mais ça changera avec le temps.
Les Britanniques sont connus en fait pour leur « pragmatisme » et qui cherchent des opportunités d’investissement et ne s’aventurent pas comme les Espagnols et les Chinois.