Afghanistan: l'Otan reconnaît la mort d'enfants lors de combats
La force de l’Otan en Afghanistan a reconnu lundi la mort de plusieurs enfants lors d’un bombardement dans la province de Kapisa, au nord-est de Kaboul, contrôlée par les soldats français, une frappe déjà dénoncée comme une nouvelle bavure par le président Hamid Karzaï.
Ce que nous avons pu déterminer jusqu’ici, c’est qu’un combat a eu lieu contre un groupe d’hommes, qui étaient armés et se comportaient de manière inhabituelle. Ce groupe a été visé par l’aviation de la coalition, qui a respecté toutes les directives tactiques de l’Isaf, la force de l’Otan, a déclaré à la presse son porte-parole, le général Carsten Jacobson. A la suite du combat, des victimes supplémentaires ont été découvertes, qui étaient des jeunes Afghans d’âges divers, a-t-il indiqué, ajoutant ne pas pouvoir confirmer ou nier avec certitude à ce niveau de l’évaluation, que ces décès avaient un lien direct avec le combat.
Ce récit diffère de celui de Mohammad Tahir Safi, un parlementaire de Kapisa, membre d’une délégation envoyée sur les lieux par Hamid Karzaï pour enquêter sur les faits. Un colonel français est venu voir le directeur des NDS, les services de renseignement afghans, avant les faits, disant que l’armée française prévoyait une opération dans la zone parce qu’une cache d’arme s’y trouvait, a raconté M. Safi lors d’une conférence de presse. Le directeur des NDS lui a alors répondu, selon M. Safi, que cette zone ne représentait aucun danger pour le NDS, qui ne pouvait pas autoriser une opération de nuit, ni de jour, car cette zone est sécurisée, proposant par ailleurs de conduire l’opération avec ses forces aidées par la police. Malheureusement, entre 2H00 et 4HOO du matin, des troupes spéciales se sont déployées dans le village pour faire une descente dans les maisons de deux suspects, où elles n’ont trouvé qu’un fusil, quelques cartouches, et un obus de mortier, selon l’élu.
A 600 mètres de là, huit personnes, des enfants, se sont rassemblées pour allumer un feu. Et d’un seul coup, un avion a lâché une bombe (…) puis une autre sur eux, a regretté le parlementaire. Le plus vieux parmi ces (enfants) morts avait quatorze ans, et le plus jeune six. Un autre homme, âgé de 18 à 20 ans, était malade mental, a énuméré Mohammad Tahir Safi, appelant la communité internationale à s’intéresser aux droits de ces huit enfants innocents. Chaque mort d’innocent non associé avec le conflit armé est une tragédie. Mais nous ne sommes tout simplement pas certains de comment cela s’est produit, a remarqué le porte-parole de l’Isaf.
Jeudi dernier, le président Karzaï avait fermement condamné la frappe. Les talibans sont très actifs en Kapisa, où sont déployés une partie des quelque 3.600 soldats français servant sous la bannière de l’Otan. La France va transférer la sécurité de la Kapisa aux forces afghanes à partir de mars 2012, a annoncé fin janvier le président français Nicolas Sarkozy. La décision est intervenue après l’assassinat dans cette province de quatre soldats français désarmés par un des militaires afghans qu’ils formaient.