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Ahmed Rouadjia: «L’après-Bouteflika serait plein de surprises et de conflits»

الشروق أونلاين
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Ahmed Rouadjia: «L’après-Bouteflika serait plein de surprises et de conflits»
D.R
Dr Ahmed Rouadjia

Docteur d’Etat en sociologie politique et chercheur à l’Institut national de recherche scientifique en France, Ahmed Rouadjia tente de décrypter dans cette interview qu’il nous a accordée la situation du pays depuis l’évacuation du président de la République vers un hôpital militaire parisien, il y a 45 jours. Dr Rouadjia estime que le pouvoir traite de la maladie de Bouteflika, comme si ce dernier était décédé depuis des mois en affirmant que tout ce qui préoccupe les décideurs est la succession de Bouteflika.

Ne trouvez-vous pas que l’absence de Bouteflika depuis près de 6 semaines aurait affecté négativement sur la marche des institutions de l’Etat?

Dr Rouadjia: L’absence du Président n’a guère affecté la marche des institutions de l’Etat car du temps de sa présence où il jouissait d’une bonne santé il n’a pas influé non plus positivement sur le plan économique et politique… Sur la plan économique, nombreux sont les observateurs qui estiment que Bouteflika ait contribué à des réformes et a conduit le pays vers un développement et un progrès qu’il n’a connus depuis l’indépendance. Tout cela est en fait faux. Car ce que ces observateurs auraient oublié, était que Bouteflika à son arrivée au pouvoir en 1999 avait trouvé le pays dans une excellente situation économique marquée par d’importantes rentes engrangées grâce à la hausse des cours de pétrole à l’échelle mondiale. C’est ce qui avait permis au pays de payer ses dettes et lancer de grands projets entrant dans le cadre de la relance économique. Sur le plan politique, Bouteflika n’a pas apporté quelque chose de nouveau. Ceux qui lui attribuent la Concorde civile ont tort, car celle-ci est l’œuvre de Liamine Zeroual appuyé par l’institution militaire qui a joué un rôle primordial dans les pourparlers entretenus avec à la fois les groupes islamistes armés et non-armés  visant le retour de la paix et la stabilité politique…La seule chose qu’a apportée Bouteflika en vérité est l’affaiblissement de l’Etat en encourageant la corruption économique à l’aide d’un autoritarisme et le despotisme au détriment de l’Etat et la nation.

Comment évaluez-vous le traitement par le pouvoir de la maladie de Bouteflika?

Le pouvoir traite de la maladie de Bouteflika comme si ce dernier serait décédé il y a plusieurs mois…Ce qui réellement préoccupe les décideurs depuis plus d’une année c’est la question de savoir: Laquelle des personnalités politiques succèderait à Bouteflika? Quelle est cette personnalité jouissant d’un consensus au sein du pouvoir et garantissant une transition politique tout en évitant au pays de vagues de violences politique et évitant au pays un trouble politique qui pourrait plonger le pays dans le chaos et dans l’incertitude? Quant à la manière dont le pouvoir traite de la maladie de Bouteflika, en effet il suit sa maladie en attendant sa disparition définitivement.

Quelle lecture faites-vous du traitement de la France des dossiers de la maladie de Bouteflika et des élections de 2014?

La France suit avec beaucoup d’intérêt et s’interroge sur la personne qui succèderait à Bouteflika dans un pays suscitant à la fois l’intérêt et l’inquiétude eu égard des relations historiques, économique et humaines qui lient les deux pays. Il est à noter qu’il ne fallait pas oublier que la France voit l’Algérie indépendante comme étant «une colonie» relevant géographiquement et politiquement de l’ «empire » français. C’est pourquoi les autorités françaises accordent beaucoup d’intérêt à l’après-Bouteflika et à la présidentielle de 2014.

Quel serait le sort des réformes engagées par Bouteflika, notamment la révision de la Constitution?

Les réformes du Président devraient s’achever à la fin de son troisième mandat qui est devenu une question de quelques jours ou de quelques semaines seulement, eu égard de son cas qui ne lui permet pas de briguer un quatrième mandat, tant souhaité par ses amis opportunistes, à l’égard de Belkhadem et autres qui ne soucient point de l’intérêt général du pays mais des leurs uniquement. Ce Bouteflika lui-même qui est la « matière grise » de ce groupuscule d’opportunistes ne se soucie quant à lui que de ses affaires et ses intérêts personnels au dépens de l’intérêt du pays, comme me l’avait si bien dit un jour le défunt Cherif Belkacem dit «Djamel» qui était aux côtés de Bouteflika au sein du Conseil national de la révolution algérienne (CNRA) sous le règne du défunt Boumediène.  S’agissant d’une mise sur pied d’une commission chargée d’élaborer l’avant-projet de loi sur la révision constitutionnelle, c’est ridicule et étonnant car le but de la révision de la Loi fondamentale n’est pas de corriger les erreurs y inclues ou de l’enrichir mais de le modeler de la manière assurant le maintien au pouvoir du «Sultan Bouteflika» et ses héritiers de «nationalistes» opportunistes.

Comment envisagez-vous l’après-Bouteflika?

Nous prévoyons qu’il soit plein de surprises politiques et de conflits internes entre les éléments du pouvoir politique et entre ces derniers et les partis de l’opposition aux intérêts divergents…

Quel serait le rôle à jouer par la classe politique pour remplir le vide que vit le pays?

Malheureusement, il n’y a pas eu en Algérie de classe politique au sens occidental du terme. Elle n’est pas indépendante ni philosophiquement, ni politiquement car elle est dépendante du régime, notamment de l’institution militaire… En l’absence d’une classe politique intelligente, remplir ce vide que vit le pays dépendrait de l’institution militaire qui est seule capable de préserver la sécurité et la stabilité relative dans ce pays où la médiocrité politique, l’intérêt personnel prime sur l’intérêt général.

Pensez-vous que l’armée serait neutre lors des élections de 2014?

Nous pensons que l’appareil militaire n’a jamais été neutre, mais relative en raison de la faiblesse de la prétendue « classe politique » qui gère les affaires du pays. L’armée a tiré les leçons des expériences négatives et positives du passé en abandonnant ses pratiques « autoritaire » et « dictatoriale » en adoptant en revanche la politique de « Lénine » exigeant l’adoption de position presque « neutres » à l’égard de la gestion des affaires du pays par le régime politique.

L’Algérie, selon vous, est-elle prête pour organiser des élections ouvertes?

Prête ou pas prête, l’Algérie a prouvé à maintes fois sa capacité d’organiser des élections présidentielles ouvertes mais qui finissent par la victoire de ceux qui les ont préparées ou du régime en place.

Pourquoi, d’après-vous, les éventuels candidats à la présidentielle gardent le silence à l’exception de Benbitour?

Ce silence est dû à des « calculs politiques » et une « attente tactique » pour saisir le moment propice afin de se représenter à la présidentielle. La crainte d’incertitude en effet les pousse à garder le silence et à être prudents.  

 

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Commentaires
1
  • saint esprit.

    Il est animé tout au long de son commentaire d'une passion qui frole la haine, ses idées ne peuvent être considérées comme constructives, donc a jeter à la poubelle.