Bahreïn: des chiites manifestent pour leur réintégration dans leurs emplois
Des dizaines de Bahreïnis de confession chiite qui avaient été licenciés lors des manifestations anti-régime ont manifesté mercredi pour réclamer la levée des sanctions dont il font l'objet, au lendemain de l'annonce de la réintégration de 181 fonctionnaires.
Des médecins, dont certains sont passibles de peines allant jusqu’à 15 ans de prison, des infirmières, des enseignants, des employés des secteurs du pétrole et de l’aluminium ainsi que des fonctionnaires ont manifesté devant le siège du ministère du Travail à Issa Town, dans la banlieue de Manama. De nombreux employés chiites ont été licenciés ou indéfiniment suspendus de leurs fonctions dans la foulée de la brutale répression de la contestation de février/mars, animée par des militants issus de la communauté chiite, majoritaire à Bahreïn, un petit royaume du Golfe dirigé par une dynastie sunnite. Selon le syndicat des travailleurs, 377 fonctionnaires ont été licenciés, et 171 sur 449 étaient toujours suspendus. A Alba, la compagnie publique d’aluminium, 405 salariés ont été suspendus. Ils ont renvoyé l’élite du pays, a déploré Ali Alekri, un chirurgien orthopédiste, qui, en robe blanche, agitait le drapeau national. Ce médecin, qui encourt 15 ans de prison, figure parmi 20 professionnels de santé condamnés à des peines allant de 5 à 15 ans de prison par un tribunal d’exception mais dont le procès a été récemment renvoyé devant un tribunal civil. Ils sont jugés pour diverses accusations, en particulier l’occupation du complexe hospitalier Salmaniya, situé à quelques kilomètres de la place de la Perle à Manama, où les protestataires avaient campé près d’un mois en février et mars. Ils sont aussi accusés de possession d’armes. Vingt-huit autres professionnels de santé sont également poursuivis pour participation à des manifestations. Mardi, les autorités ont annoncé la réintégration au 1er janvier de 181 fonctionnaires licenciés, et assuré que le dossier était désormais clos. Dans un rapport rendu fin novembre, une commission d’enquête indépendante a recensé 1.624 employés licenciés ou suspendus lors de la répression de la contestation, qui a en outre fait 35 morts (30 civils et 5 policiers). Un comité national chargé par le roi d’appliquer les recommandations de la commission a indiqué que des étapes décisives avaient été franchies pour la réintégration des employées des secteurs public et privé, à l’exception de ceux dont le dossier a été transféré au parquet, ainsi que des étudiants suspendus et la reconstruction des lieux de culte chiites démolis, selon un communiqué officiel. S’il y a une initiative sérieuse, je devrais être parmi les premiers à être réintégrée, a déclaré Zainab Attiya, 34 ans, qui était responsable au ministère du Travail. Licenciée après avoir passé 25 jours en détention, elle avait ensuite comparu en justice sous l’accusation d’incitation à la haine. Mais son dossier a été finalement clos. Roqiya Al-Sayed, infirmière pendant cinq ans à l’hôpital Salmaniya, était en congé d’un mois lorsqu’elle a reçu une lettre de licenciement, a-t-elle dit. Je n’ai aucun espoir, a-t-elle ajouté, indiquant que toutes ses tentatives de retrouver son emploi étaient vaines. Ils veulent humilier les gens, juge Jamila Al-Watani, qui était conseillère juridique au ministère de l’Environnement. Oui, j’ai pris part à des manifestations. Ceci est mon crime, dit cette femme sur un ton de défi. Nous reviendrons un jour. C’est notre droit.