Benbitour au Forum d'Echorouk: «Je ne suis pas candidat de l’armée»
Ahmed Benbitour, premier candidat à avoir annoncé officiellement sa candidature à la prochaine présidentielle de 2014 a affirmé le droit de l’opinion publique nationale de savoir la durée d’absence du chef de l’Etat.
L’ex-chef du gouvernement a insisté sur la nécessité de faire un distinguo entre la « maladie » et l’«absence » en disant: « S’il s’agissait de la maladie de la personne de Bouteflika, il serait exagéré de se focaliser sur ce côté, mais s’il s’agissait plutôt d’une absence dans l’accomplissement de ses missions, il serait naturel, et serait du droit des Algériens de se poser la question: quand est-ce qu’il va rentrer pour reprendre ses missions constitutionnelles?»
Le président en Algérie, il gère tout
L’invité du forum d’Echorouk a dit: « Le pays ne doit pas rester sans Président et sans pour autant donner des informations et des explications de cette absence. Le pays s’apprête à de prochains rendez-vous dont sa présence est nécessaire. Si son état de santé lui permet de se maintenir à ce poste, il serait le bienvenu ».« Le président de la République n’est pas simplement une personne mais une institution. Vu la nature du régime de gouvernance en Algérie (présidentiel), le président est à la fois le chef-suprême des forces de l’armée et ministre de la Défense nationale, le premier magistrat du pays, président du pouvoir exécutif, comme il a un rôle au sein du pouvoir législatif d’où son absence affecte nettement sur la marche des institutions de l’Etat ». Par ailleurs, l’ex-chef du gouvernement estime que l’esprit de responsabilité « exige de tenir informés les Algériens sur la durée de l’absence du président », chose qui n’a pas eu lieu depuis son hospitalisation à Parils il y a 47 jours.Quant à ce flou imposé autour la maladie de Bouteflika, Benbitour a confié que ça relève de la nature du régime en place: « Nous sommes devant un pouvoir autoritaire qui n’accepte pas l’avis d’autrui adoptant le principe: « celui qui n’est pas à mes côtés est systématiquement contre moi ». C’est ce que l’éloigne du peuple et de ses attentes, selon Benbitour.
Le Président peut tomber malade… les Algériens ouvrent le droit de savoir la date de son retour
Notre invité trouve que le régime en place fait du président le noyau de l’Etat, c’est ce qui a donné naissance à des « groupuscules qui mènent une concurrence sans relâche pour donner satisfaction au président pour en bénéficier en contrepartie de ses dons, que ce soit de l’argent ou des postes ou autres».Ce premier candidat à la présidentielle de 2014 estime que la situation a donné naissance à des « gens incapables d’exercer la politique ». Une situation qu’il compare à celle de l’Indonésie sous le règne du dictateur, Ahmad Soekarno durant 32 ans, selon lui.
Je ne suis pas contre les islamistes… je suis candidat du peuple et non de Washington
Ahmed Benbitour a nié catégoriquement qu’il est choisi par les États-Unis pour entrer en lice pour les élections de 2014 en confiant: « Je suis candidat du peuple et n’ai pas besoin de soutien d’une autre partie » en ajoutant: « Où est-ce que j’ai pu rencontrer ces responsables américains, dont l’ambassadeur américain à Alger? Je ne suis pas parti aux États-Unis depuis que j’ai cessé de travail pour le FMI, comme je n’ai jamais rencontré d’organisations américaines. Je défie qui que ce soit de citer une seule organisation pour laquelle je travaille». Et Benbitour d’ajouter: « Aujourd’hui, vous ne pouvez pas élaborer un programme en dehors de la situation mondiale mais sans qu’ils ne vous imposent tout ».Par ailleurs, il a expliqué au sujet de la modernisation de l’armée cité dans son programme qu’il faudrait qu’il y ait une harmonie entre l’armée, les services de sécurité, la diplomatie et l’économie », « en prenant en considération les intérêts des grands pays sans pour autant porter atteinte aux intérêts de l’Algérie et des Algériens », selon lui.S’agissant de son refus de soutenir les islamistes lors de la prochaine présidentielle, Benbitour a tenu à préciser: « Je ne suis pas contre les islamistes, mais plutôt contre ceux qui utilisent la religion pour arriver et pouvoir et imposer ensuite leur autoritarisme ». Selon ses dires, il n’est ni avec ni contre aucune partie, même avec lesquelles il diverge sur certains points.Notre interlocuteur a ajouté que tous les Algériens, sans tenir compte de leurs orientations politiques, y compris les islamistes étaient convaincus de son programme sur lequel il compte entrer en lice vers la présidentielle.
Je ne suis pas candidat de l’armée
Ahmed Benbitour a affirmé qu’il ne négocierait pas avec l’institution militaire que dans le cadre de son programme électoral en déclarant qu’il est candidat du peuple, et non de l’armée ou d’une autre institution. Il s’est dit également prêt de laisser la place à tout autre candidat présentant un programme meilleur que le sien. « Je refuse d’être candidat d’une institution quel que soit son caractère, militaire ou politique et je veux être le candidat du peuple », a-t-il confié en ajoutant « Je ne peux négocier avec aucune institution » en niant en bloc d’être soutenu par une institution.« Personne n’a pris attache avec moi », a-t-il confirmé en révélant qu’il ne compte que sur le peuple pour le soutenir et sur son programme pour convaincre les électeurs.