Birmanie : ouverture d'une enquête après les meurtres de 10 musulmans
Une commission d’enquête a été ouverte après le meurtre dans l’ouest de la Birmanie de dix musulmans par une foule en colère, des violences qui avaient souligné les tensions inter-confessionnelles dans le pays, a indiqué la presse gouvernementale.
Plusieurs centaines de membres de la minorité ethnique rakhine, essentiellement bouddhiste, s’en étaient pris dimanche à un bus où ils pensaient trouver les responsables du viol et du meurtre d’une jeune femme à Taunggote, dans l’Etat Rakhine. Dix musulmans avaient été tués.
“Des évènements organisés, hors-la-loi et anarchiques sont survenus qui risquent de mettre à mal la paix, la stabilité et l’état de droit dans l’Etat Rakhine en mai et juin”, a indiqué un communiqué publié en première page du New Light of Myanmar, le quotidien officiel du pouvoir.
Le général Kyaw Zan Myint, vice-ministre de l’Intérieur, dirigera la commission pour “faire la lumière sur la vérité et agir sur le plan judiciaire”, a-t-il précisé, ajoutant que les autorités entendaient éduquer “la population à respecter les pratiques démocratiques au quotidien”.
Une cinquantaine de musulmans avaient manifesté mardi pour réclamer justice devant une des mosquées du centre de Rangoun. Selon les médias officiels, trois musulmans avaient été arrêtés pour le viol et le meurtre d’une Rakhine de 27 ans avant les violences de dimanche.
Aye Maung, sénateur de l’Etat Rakhine, a estimé que la vérité était importante pour l’opinion. “Je veux qu’ils enquêtent sur cette question de façon juste, et en accord avec les standards internationaux sur les droits fondamentaux des citoyens”, a-t-il déclaré à l’AFP.
Les musulmans représentent officiellement 4% de la population birmane, à 89% bouddhiste. Une tension larvée a conduit à des séries d’émeutes anti-musulmanes dans le pays ces 15 dernières années, notamment dans cet Etat qui borde le Bangladesh et accueille une importante communauté musulmane.
En 2001 notamment, des émeutes inter-religieuses avaient poussé les autorités à imposer un couvre-feu à Sittwe, capitale de l’Etat.
Mercredi, la chef de file de l’opposition Aung San Suu Kyi a imploré la majorité bouddhiste du pays à montrer de la “sympathie” pour les minorités.