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Ce que l’Occident cache à l’Orient?

Par Laala Bechetoula
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Ce que l’Occident cache à l’Orient?

Ce qui se déroule à Gaza n’est ni un épisode, ni une escalade malheureuse dans un conflit ancien. Ce n’est pas davantage cette « complexité tragique » que l’on dissèque à l’infini sur les plateaux de télévision, entre deux graphiques et trois experts interchangeables. C’est une réalité politique, brutale, observable en temps réel : la destruction systématique des conditions mêmes de la vie d’une population entière, menée avec une précision militaire, une justification rhétorique éprouvée, et une protection internationale parfaitement huilée.

Pour comprendre ce qui se joue, il faut renoncer à la fable rassurante de l’accident et revenir à l’histoire — non pas comme souvenir, mais comme structure.
L’Occident continue de se présenter comme le gardien naturel des valeurs universelles : le droit, les droits humains, la responsabilité morale. Mais lorsque Gaza brûle, ces valeurs révèlent une étonnante élasticité. Elles deviennent conditionnelles, sélectives, modulables selon l’identité des victimes et le statut géopolitique du responsable. Ce que nous observons n’est pas un échec des principes occidentaux, mais leur usage instrumental.

La violence coloniale : un système, non un événement

Le penseur algérien Malek Bennabi avait mis en garde contre une illusion persistante: croire que la domination coloniale se résume à des chars, des frontières et des soldats. Dans Les Conditions de la renaissance, il explique que le colonialisme fonctionne comme un système, soutenu à la fois par la force matérielle et par un environnement intellectuel et moral qui le rend acceptable. La violence, écrit-il en substance, ne survit pas parce qu’elle est invincible, mais parce qu’elle est normalisée.

Cette intuition éclaire puissamment le présent. Gaza n’est pas détruite dans le vide.

Sa destruction est rendue possible par un environnement mondial qui tolère, explique, relativise et absorbe la mort massive de civils sans conséquence politique réelle.

Les hôpitaux s’effondrent.

L’aide humanitaire est bloquée.

Les civils sont déplacés encore et encore.

Des quartiers entiers disparaissent.

Pourtant, le langage dominant n’est jamais celui du crime. Il est celui de la « sécurité », du « contexte », de la « nécessité regrettable ». La violence n’est pas niée ; elle est gérée discursivement.

La surveillance du sens

Dans Le Conflit idéologique dans les pays colonisés, Bennabi développe l’un de ses concepts les plus redoutablement actuels : la surveillance des idées. La domination moderne, écrit-il, n’a plus besoin d’une coercition permanente. Elle repose sur le contrôle du champ du pensable : ce qui peut être dit, la manière dont cela peut être dit, et surtout les questions qu’il est permis de poser.

C’est exactement ce qui se joue aujourd’hui.

Les faits de Gaza sont connus.

Les images circulent.

Les chiffres sont disponibles.

Mais la conversation est systématiquement déplacée. La question n’est jamais ce qui est fait, mais comment il faudrait en parler. Les victimes deviennent des objets de débat, jamais des sujets de droit. Leur souffrance est dissoute dans l’abstraction analytique.

Dans cet environnement, le langage n’éclaire plus la réalité : il l’anesthésie.

Des croisades à la violence déléguée

La continuité historique n’est pas une métaphore commode. Elle est structurelle.
Hier, l’Europe menait ses guerres au nom de la croix et de la « mission civilisatrice ».

Aujourd’hui, elle les mène au nom de la démocratie, de la lutte contre le terrorisme et de l’ordre international. Le vocabulaire a changé ; la hiérarchie des vies, beaucoup moins.

Ce qui a changé, en revanche, c’est la méthode.
L’Occident ne souhaite plus apparaître comme l’auteur direct de violences massives en Orient. Les coûts moraux et symboliques sont devenus trop élevés. La solution est élégante : déléguer. Externaliser la violence, tout en conservant le contrôle du récit.

Israël n’opère pas en marge du système occidental. Il agit en son sein, comme exécutant avancé. Il ne s’agit pas d’une conspiration, mais d’un arrangement géopolitique banal, soutenu par l’aide militaire, les vetos diplomatiques et une indignation soigneusement sélective.

Le droit sans protection

Dans Le Problème de la culture, Bennabi avertissait déjà contre un monde où les valeurs se transforment en instruments techniques, invoqués sans contenu éthique réel. Le droit international contemporain en offre une illustration presque parfaite.
Le langage juridique est omniprésent, mais sa fonction a changé. Il ne protège plus les plus vulnérables ; il organise les exceptions. Il ne limite plus la puissance ; il la rationalise. Des populations entières peuvent être privées d’eau, de nourriture, d’abris et de soins, tandis que le débat reste enfermé dans une ambiguïté procédurale confortable.

Lorsque la destruction des fondements de la vie devient routinière et impunie, la question n’est plus de savoir si le mot génocide est « controversé ». La question est de savoir si nous avons vidé ce mot de son sens pour préserver notre tranquillité politique.

Israël n’agit pas seul

Il faut le dire sans détour : Israël n’agit pas seul.
Il agit avec des armes livrées, des budgets votés, des boucliers diplomatiques activés et des récits soigneusement entretenus. Chaque frappe sans sanction, chaque résolution bloquée, chaque contorsion morale participe au même résultat : l’impunité.

Bennabi l’avait compris : la forme la plus dangereuse de domination n’est pas celle qui écrase toute contestation, mais celle qui apprend au monde à vivre avec l’injustice comme si elle était normale.

Ce qui se déroule à Gaza n’est pas seulement un crime contre les Palestiniens. C’est un crime contre l’idée même d’un monde postcolonial. Il révèle un ordre international capable de cohabiter avec la mort de masse — tant que les victimes se trouvent du « mauvais côté » de l’histoire.

Une bataille pour le sens

Gaza n’est pas seulement un champ de bataille territorial. C’est un champ de bataille sémantique.

Et le sens, comme le rappelait Bennabi, détermine si l’histoire retient un peuple comme victime — ou l’efface comme note de bas de page.

L’Occident peut réussir à gérer politiquement ce génocide.

Il peut réussir à retarder la reddition de comptes.

Mais l’histoire, elle, se montre rarement indulgente envers les systèmes qui

confondent durablement la puissance avec la morale.

Un jour, la question ne sera plus ce qui s’est passé à Gaza, mais qui savait — et a choisi de regarder ailleurs.

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