Centre Européen: Mohamed VI tente désespérément rééditer le scénario de la marche verte avec l’Espagne
Le Conseil Européen des Relations Etrangères a affirmé que le roi du Maroc Mohamed VI a commis une erreur stratégique en pensant pouvoir pousser l’Espagne a changer sa politique sur le Sahara occidental, en envoyant des milliers de migrants vers Ceuta comme l’a fait son père lors de la Marche verte de 1975.
Dans un article publié par le Conseil Européen des Relations Etrangères et rédigé par le chargé de recherche politique au Conseil et directeur du bureau de Madrid, José Ignacio Torreblancaest a dit que seuls les régimes dictatoriaux utilisent leurs propres citoyens pour atteindre des objectifs de politique étrangère.
L’auteur a rappelé que cette approche n’est pas nouvelle car lors de la Marche verte marocaine vers le Sahara occidental en novembre 1975, Hassan II avait alors mobilisé quelque 350 000 personnes.
Il n’est secret pour personne, soutient-il, que le Maroc contrôle la vanne d’immigration en fonction de ses propres intérêts. Parfois, il l’a fait pour dire ses objections a des actions spécifiques de l’Espagne, comme il utilisait également la migration pour apaiser des tensions politiques dans certaines localités, comme Le Rif. Mais ce temps est différent.
La situation qui prévalait la semaine dernière a Ceuta – avec les écoles fermées, la campagne de vaccination suspendue et l’armée déployée – montre la volonté du Maroc d’exercer autant de coercition que possible sur le gouvernement espagnol.
En une seule journée, le Maroc a envoyé 1500 mineurs a Ceuta, soit l’équivalent de 15% de tous ceux qui sont déja sous la protection du gouvernement espagnol sur la péninsule.
Ce mouvement effectué en sachant que l’Espagne n’est pas en mesure de renvoyer assez facilement ces mineurs vers le Maroc vise a accentuer cette tension politique.
Une autre preuve que ce temps est différent, c’est que le Maroc souhaite l’impossible. En décembre dernier, le Maroc a eu un grand succès en signant un “Deal” avec le président sortant Donald Trump en reconnaissant la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental en échange de normalisation avec Israël.
Toutefois, cette reconnaissance va a l’encontre du droit international et tous les résolutions de l’ONU sur le conflit sahraoui mais elle aussi inutile sans la validation et de l’UE et des voisins du Maroc, essentiellement l’Espagne et l’Algérie.
Indépendamment de ce que dira Paris, d’autres gouvernements européens et institutions européennes ne peuvent pas violer les nombreuses décisions juridiques qui nient la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental.
En tant qu’organisation politique fondée sur le droit, l’UE ne peut absolument ignorer les déclarations de ses propres tribunaux ou de tribunaux internationaux.
Le Maroc espère presque certainement que ses actions a Ceuta vont éventuellement mener le gouvernement espagnol a négocier sur le Sahara occidental.
Le roi Mohamed VI a pourtant commis une triple erreur de calcul en pensant qu’il pourrait reprendre le rôle de son père pour “briser” l’Espagne en imitant la Marche Verte que les Etats-Unis ont soutenue de loin.
Premièrement, l’Espagne n’est pas faible. La coalition au pouvoir est peut-être fragile sur le plan interne, compte tenu des divisions entre ses membres sur le Maroc et le Sahara occidental. A cause justement de la sensibilité des relations bilatérales avec Rabat, Madrid pourrait garder un profil bas dans ses déclarations publiques sur le Maroc. Mais on n’est plus en 1975. L’Espagne n’est pas dirigée par un dictateur mourant dans son lit.
Indépendamment du fait que l’Espagne ait eu raison de ne pas informer le Maroc le chef du Front Polisario, Brahim Ghali est hospitalisé dans un hôpital espagnol pour Covid, rien ne justifie la brutalité de la réponse du Maroc ou sa décision de jouer avec la vie de ses citoyens.
La deuxième erreur de Rabat, qui pourrait très bien se retourner contre lui, est que les migrants irréguliers qui arrivent a Ceuta ne sont pas des partisans du gouvernement marocain. Leur objectif déclaré n’est pas de «marocaniser» Ceuta mais de faire en sorte –s’ils le peuvent- que le Maroc ressemble davantage a l’Espagne. Comme cela est impossible, ils aspirent a s’européaniser. Malheureusement, Mohamed VI a créé un pays sans avenir et sans emplois pour les jeunes. Ce n’est donc pas la fierté d’être Marocain qui pousse les gens a aller a Ceuta mais plutôt l’échec des élites marocaines.
Une fois leur aventure sera terminée et que des milliers de gens retournent au Maroc, ils crieront leur colère contre leur roi pas contre le gouvernement espagnol.
Enfin, la troisième erreur de Rabat est son échec de reconnaître que l’Espagne n’est seule. En 1975, l’Espagne était seule même a renoncer a sa colonie et a défendre le droit international – ce qui l’aurait obligée a céder le contrôle du territoire aux Nations Unies. L’Espagne n’est pas arrivée a temps et personne ne l’attendait.
Aujourd’hui, l’Espagne est une partie de l’Union européenne dans les Etats membres –a leur tête la France, en désaccord avec l’Espagne sur le Sahara occidental, (ce qui lui est facile a faire comte tenu de son histoire avec l’Algérie)- n’affichent aucune complaisance vis-a-vis du chantage en utilisant des migrants clandestins.
Rabat devrait écouter attentivement les déclarations des institutions européennes exprimant leur solidarité avec l’Espagne et rappelant que les frontières de Ceuta appartiennent a l’ensemble de l’Europe.