Défense européenne : le “No” de Londres
Le Royaume-Uni a opposé lundi un refus définitif à l'idée chère à la France de créer un quartier général militaire permanent pour l'Union européenne, un nouveau revers pour une Europe de la défense qui traversait déjà une mauvaise passe.
«Pas une option de pointe»
L’inflexibilité britannique sur un projet auquel la France tient tant frappe d’autant plus que les deux pays mènent de concert les opérations de l’Otan en Libye et qu’ils ont passé des traités bilatéraux de coopération militaire sans précédent en novembre 2010.
La création d’un QG bruxellois permanent de l’UE était une “solution ambitieuse” proposée lundi aux ministres par la Haute représentante pour les affaires de sécurité et de défense, la Britannique Catherine Ashton, dans un rapport sur les moyens de donner une nouvelle impulsion à l’Europe dans ce domaine. Il lui avait été commandé en décembre. L’autre option consistait à dynamiser les “structures existantes”, selon le texte du rapport.
Hague a fait savoir qu’il n’était pas “en mesure d’accepter ce rapport”, et qu’il veillerait à ce que les termes de “QG permanent” soient éliminés du texte de conclusion de la réunion ministérielle. Pour lui, il n’est pas question de “donner l’impression que la création d’un QG permanent est une option de pointe”.
«Une très large majorité était d’accord»
Le chef de la diplomatie française Alain Juppé a rétorqué que Paris préférait “ne pas avoir de conclusions si dans les conclusions on ne poursuivait pas la réflexion sur la base des propositions de ce rapport”. Le résultat des ultimes délibérations a été négatif, a confirmé un diplomate français : “il n’y a donc pas de conclusions” publiées à l’issue de la réunion de lundi sur le sujet de la politique de défense. Et cela bien que, selon lui, “une très large majorité était d’accord notamment sur l état-major permanent, poussés par les pays” du triangle dit “de Weimar”, c’est-à-dire la Pologne, qui assure la présidence tournante de l’UE, l’Allemagne et la France.
Paris a plaidé depuis 2007 pour que le centre opérationnel encore croupion existant au cœur de Bruxelles devienne le QG permanent des futures opérations de l’UE, civiles et militaires.
Ashton complimentée
Dans son rapport, Mme Ashton a repris les traditionnels arguments français, en invoquant les “discontinuités” et toutes les “déficiences” organisationnelles qu’induit le système actuel de commandement des opérations UE, reposant sur cinq QG nationaux (situés en Allemagne, France, Grèce, Italie et Royaume-Uni).
Le veto britannique ne peut qu’affecter un projet européen en matière de défense déjà mal en point, du fait notamment des divergences profondes apparues entre Français et Allemands sur le conflit libyen. Le chef d’état-major des armées françaises a parlé récemment d'”hibernation” au sujet de l’Europe de la défense, la comparant en quelque sorte à une “Belle au bois dormant” qui devra attendre d’être réveillée.
Une fois n’est pas coutume, Mme Ashton, souvent suspectée de tiédeur sur l’Europe de la défense, a été complimentée, notamment par les Français, pour son “excellent” rapport finalement recalé.