Diplomate algérien inculpé en France: Alger laisse planer un risque de crise
Alger a laissé poindre vendredi le risque d'une crise diplomatique avec Paris en raison de la situation d'un haut fonctionnaire placé depuis près de quatre mois sous contrôle judiciaire en France où il est inculpé de “complicité d'assassinat” d'un opposant en 1987.
- “Cette affaire ne favorise pas un climat de sérénité entre les deux pays. C’est une situation qui risque de nuire aux relations entre les deux pays si elle n’est pas réglée dans les plus brefs délais”, a affirmé un diplomate algérien à Paris. L’Algérie est “indignée” et “exaspérée” par le sort de Mohamed Ziane
Hasseni, responsable du protocole au ministère des Affaires étrangères, a-t-il ajouté.
M. Hasseni avait été interpellé le 14 août à l’aéroport de Marseille (sud-est). Placé en garde à vue, il avait été transféré, menotté, à Paris où il a été placé sous contrôle judiciaire après avoir été inculpé par un juge d’instruction de “complicité d’assassinat” d’Ali Mecili le 7 avril 1987 à Paris. Le parquet, de son côté, a requis un non-lieu.
Observant d’abord un silence prudent dans l’espoir d’un dénouement rapide de l’affaire, les autorités algériennes se son mises à hausser le ton après la
confirmation des charges par la cour d’appel de Paris, le 14 octobre.
Le lendemain, le ministre des Affaires étrangères Mourad Medelci s’est rendu “sous le signe de l’urgence” à Paris pour exprimer à son homologue Bernard Kouchner la “grande préoccupation du gouvernement algérien devant cette affaire qui a pris une tournure inquiétante”.
Fin novembre, M. Medelci accusait la France de “garder en otage” le diplomate, puis le ministre de la Communauté algérienne à l’étranger, Djamal Ould Abbas, évoquait en termes à peine voilés une menace sur la qualité de la relation bilatérale.
“Qu’on n’oublie pas que l’Algérie est un partenaire commercial et industriel très important de la France et que nous avons une communauté de quatre millions d’Algériens” dans ce pays, a-t-il dit.
A cette pression, Paris répond inlassablement qu’il s’agit d’une procédure judiciaire sur laquelle le gouvernement “n’a pas de prise” en raison de la séparation des pouvoirs exécutif et judiciaire en France. “On comprendrait mal qu’il y ait des rétorsions économiques pour ce qui est un processus de justice. On serait surpris”, a estimé vendredi le porte-parole du Quai d’Orsay, Eric Chevallier. Un argument qui ne semble pas convaincre les autorités algériennes.
Celles-ci estiment par exemple que Paris a exprimé de la “bienveillance” pour Rose Kabuye, une proche du président rwandais Paul Kagame, alors qu’un strict respect de la procédure est mis en avant pour leur diplomate.
Mme Kabuye a été inculpée le 19 novembre à Paris dans l’enquête sur l’attentat contre le président rwandais Juvenal Habyarimana en 1994. Elle a été
immédiatement remise en liberté sous contrôle judiciaire. - En ce qui le concerne, M. Hasseni, accusé par un ex-officier de services secrets de son pays, réfugié en Allemagne, clame son innocence en invoquant une erreur d’identité sur sa personne.
Il s’est livré à des tests ADN et à des analyses graphologiques après les avoir refusées. Ses avocats contestent la “validité” du mandat d’arrêt qui,
selon une source proche du dossier, comporte deux noms “Hasseni” ou “Hassani” et un lieu de naissance qui ne correspond à celui de leur client.
Le meurtrier présumé de M. Mecili, également visé par un mandat d’arrêt, est un truand algérien répondant au nom d’Abdelmalek Amellou. Il avait été arrêté après l’assassinat et expulsé en Algérie. Les enquêteurs avaient retrouvé dans son domicile un ordre de mission signé d’un Rachid Hassani.
Affirmant n’avoir “rien contre M. Hasseni”, l’avocat de la partie civile, Me Antoine Comte, a néanmoins relevé qu'”il a fallu attendre deux mois avant qu’il accepte la confrontation demandée (avec son accusateur) et de se soumettre à des expertises ADN”