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Émeutes en Grande-Bretagne: délinquance ou cri de détresse ?

الشروق أونلاين
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Les émeutes qui ont embrasé le pays relèvent de la «criminalité pure et simple», selon le Premier Ministre, David Cameron, mais l'opposition refuse de s'en tenir à des explications «simplistes», mettant en avant, à l'instar des sociologues, des causes économiques et sociales.

Face à ces violences sans précédent depuis plusieurs décennies, la réponse du gouvernement a été de quasiment tripler les effectifs de la police dans les rues de Londres, en prévenant les émeutiers que «la riposte était en cours». Les images «écœurantes» de jeunes encagoulés détruisant des vitrines de magasins avant de repartir avec des écrans plats ou des paires de baskets démontrent qu’une partie de la société est «malade», a estimé le Premier Ministre conservateur. Mais il a refusé d’établir un lien entre les émeutes et le dénuement social de Britanniques, ou de voir dans ce déchaînement de violence l’expression d’une révolte politique. «Il ne s’agit pas de politique, ni de manifestation, mais de vol», a-t-il tempêté. Une opinion partagée par 42% des Britanniques, selon un sondage diffusé jeudi. Les violences, qui ont fait au total cinq morts, ont été déclenchées par la mort de Mark Duggan, tué par la police dans l’arrondissement multiethnique de Tottenham à Londres. Mais lors des émeutes qui ont embrasé ensuite plusieurs quartiers de la capitale et d’autres villes du pays, les casseurs n’ont jamais fait référence au jeune homme. L’opposition se garde pour l’instant de jeter de l’huile sur le feu, évitant de faire porter la responsabilité principale des violences aux coupes budgétaires drastiques décrétées à l’automne 2010 parCameron. «Je pense qu’il s’agit de comportements criminels et il n’y a aucune excuse. Mais je sais qu’il faut aller plus loin», a déclaré le leader de l’opposition, Ed Miliband. «Est-ce culturel ou est-ce lié à la pauvreté ? C’est probablement les deux», a-t-il avancé, dénonçant l’absence de perspectives pour certaines franges de la population. M. Miliband a également fait le lien entre les pillages de magasins et la crise financière de 2008/2009, ou encore le scandale des écoutes téléphoniques dans le groupe de presse Murdoch, qui ont, selon lui, envoyé un signal d’impunité à la population. Pour Tony Travers, sociologue à la London School of Economics, les pillages «ne sont pas une expression politique». «Cela peut être lié à la pauvreté et aux conditions de vie, mais aussi à la façon dont certains sont élevés. Il nous faut enquêter profondément pour savoir ce qui s’est passé», ajoute-t-il prudemment. Gus John, professeur à l’University of London et spécialiste des relations intercommunautaires, va, lui, plus loin, estimant que les pillages illustrent une colère longtemps réprimée contre la police, qui opère nombre de contrôles et de fouilles. Les émeutes traduisent aussi une frustration sociale plus générale, selon lui, «ce sont des gens qui ne se voient aucun avenir», affirme-t-il. Un avis partagé par le sociologue français Didier Lapeyronnie, qui compare les violences en Angleterre à celles survenues dans les banlieues françaises en 2005.

 

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