Emmanuel Macron reconnaît “les crimes de la colonisation”
A la veille de son déplacement à Alger le 6 décembre prochain, le président français, Emmanuel Macron a déclaré mardi à Ouagadougou que ” les crimes de la colonisation européenne sont incontestables”.
Pour son premier “grand oral africain”, Emmanuel Macron a voulu s’adresser à la nouvelle génération africaine tout en réaffirmant sa priorité sur le continent: la lutte contre le terrorisme.
Emmanuel Macron a débuté sa tournée africaine, qui doit durer trois jours, par une visite au Burkina Faso. Ce mardi matin, il a tenu un discours, qui se voulait fondateur pour sa politique africaine, devant 800 étudiants à l’université de Ouagadougou, capitale du Burkina. Refusant d’emblée d’annoncer seulement, comme ses prédécesseurs l’avaient fait, la fin de la “Françafrique”, Emmanuel Macron a déclaré ne pas vouloir donner de leçons. Le président français a également reconnu que “les crimes de la colonisation européenne sont incontestables”. C’est “un passé qui doit passer”, a-t-il ajouté.
Déclassification des documents sur l’ancien président burkinabé Thomas Sankara
Citant l’ancien président burkinabé Thomas Sankara sous les applaudissements, et alors qu’il était arrivé au Burkina Faso dans un climat tendu, il a promis de “déclassifier” tous les documents y compris secret défense concernant l’assassinat de cette figure panafricaine, “père de la révolution”. La France est en effet suspectée par certains Burkinabés d’y avoir joué un rôle et cet événement était resté tabou durant les 27 ans de pouvoir de l’ex-président Blaise Compaoré. Concernant le frère de ce dernier, François, arrêté fin octobre en France et dont le Burkina demande l’extradition, il a répondu qu’il “appartient à la justice française de prendre sa décision, je ferai tout pour faciliter celle-ci”.
S’adressant directement à la jeunesse africaine, et se posant comme un dirigeant de la nouvelle génération, il s’est engagé à ce que la France contribue “massivement” à la formation des enseignants tout en déclarant qu’il serait “aux côtés de tous les chefs d’Etat et de gouvernement africain qui feront le choix de la scolarisation obligatoire des jeunes filles”. Il a ajouté qu’il souhaitait que les programmes de bourses scolaires financés par la France “soient données en priorité à des jeunes filles”, suscitant un flottement dans la salle.
Poursuivant sur le sujet des femmes, il a affirmé qu’elles devaient avoir le choix sur le nombre d’enfants qu’elles voulaient avoir. En juillet, lors du sommet du G20, une de ses phrases à ce sujet avait provoqué une polémique. Il avait alors déclaré: “Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider de dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien.”
Sur la question terroriste, il a réitéré sa volonté d’aider à la constitution d’une force multinationale du G5 Sahel pour lutter contre les groupes djihadistes. “Il est temps de faire barrage à l’extrémisme religieux”, a-t-il insisté, demandant notamment au “Qatar, à la Turquie et l’Iran de s’engager fermement dans ce combat”. Il a annoncé qu’il allait “proposer une initiative euro-africaine” pour “frapper les organisations criminelles et les réseaux de passeurs” qui exploitent les migrants subsahariens dont certains sont réduits en esclavage.
Alors que des images diffusées par CNN, montrant la vente de migrants africains comme esclaves en Libye, ont provoqué l’indignation, Emmanuel Macron a qualifié ces actes de “crimes contre l’humanité” et promis “un soutien massif à l’évacuation des personnes en danger”.
Enfin en matière économique, le président français s’est dit “favorable” à un changement du “nom” ou à un élargissement du “périmètre” du Franc CFA si les Etats africains le souhaitent.