Essais nucléaires: La nonchalance de la France à assainir les sites exaspère l’Algérie.
Des sources diplomatiques françaises ont révélé que le dossier d’assainissement des zones du Sahara algérien polluées par la radioactivité générée par les essais nucléaires français, il y a 50 ans, s’est mué en demande pressante suite à la promulgation, en fin décembre, de la loi sur les indemnités. Ce dossier est une des causes du refus de l’Algérie d’accueillir, il y a quelques semaines, le ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, car la France n’avait présenté aucun résultat tangible.
- L’AFP a rapporté, hier, de sources diplomatiques françaises, que la commission mixte algéro-française, constituée après la visite de Nicolas Sarkozy en Algérie en 2007, pour l’étude des conséquences des essais nucléaires dans le sud algérien, œuvre dans le plus grand secret. Cette commission a été chargée de l’expertise civile sur les sites pollués et de rassembler toutes les indications et les études afin de diagnostiquer la radioactivité de ces sites et déterminer ses risques sur les habitants et l’environnement. Mais apparemment, la commission a tardé à présenter ses rapports ce qui a aggravé la tension entre les deux pays.
- Le ministre des affaires étrangères, Mourad Medelci, a exprimé le souhait de l’Algérie, de constater des résultats concrets de la part de la commission avant la visite de Bernard Kouchner, prévue pour le mois de janvier passé. « Le problème n’est pas l’indemnisation, mais l’assainissement des sites pollués », a souligné le ministre. Il avait auparavant déclaré lors d’une conférence de presse en 2009, à l’occasion de la journée africaine, que le but des deux parties, algérienne et française, est d’arriver à une évaluation globale de la situation et œuvrer à l’unisson afin de gérer les problèmes qui ne se limitent pas à l’indemnisation, mais à la dépollution des sites soumis à la radioactivité.
- L’Algérie ne cache pas sa déception quant à la loi sur les indemnisations votée par le parlement français le 22 décembre 2009, qui limite l’indemnisation pour les essais effectués au Sahara et en Polynésie française entre 1960 et 1996, à 150 mille victimes. Cette loi a suscité la colère des associations de victimes en Algérie qui dénoncent les conditions d’indemnisation des victimes malades, militaires et civiles présent sur les sites lors des évènements et de leurs ayant-droit, surtout qu’elle néglige les effets néfastes de la radioactivité sur l’être humain et la nature.
- Les différentes associations non gouvernementales concernées par le dossier et la société civile en Algérie, ont exprimé leur désillusion sur la loi sur l’indemnisation qui se fait attendre depuis mai 2009. Toutes insistent, cependant, sur la nécessité d’assainir les sites dénonçant les tentatives des experts français de voiler beaucoup de séquelles afin de minimiser la gravité de la situation et limiter le nombre de bénéficiaires. Laqsassi Abderrahmane, président de l’association du 13 février 1960 rejette les indemnisations contenues dans la loi du 22 décembre pour leur insuffisance, « Ce n’est pas avec quelques sous que résoudrons un problème qui touche plusieurs générations d’affilée », a-t-il déclaré.
- Au matin du 13 février 1960, à 7 heures 4 minutes, la France a fait exploser une bombe atomique près de Reggan dans le Sahara algérien dans le cadre de ce qu’elle a nommé « opération gerboise bleue », suivie de trois essais avant de transposer son champ d’action à Tamanrasset, où elle a procédé à 14 autres essais souterrains.
- La partie algérienne pense qu’il est impossible de dénombrer les personnes touchées par la radioactivité dont les effets persistent jusqu’à aujourd’hui, ce qui fait de l’assainissement, une condition sine qua non, refroidissant quelque peu les relations actuelles entre l’Algérie et France.