Fillon défend l'accès des pays du Sud au nucléaire civil
Le Premier ministre français François Fillon a défendu samedi le droit des pays du Sud d'accéder au nucléaire civil et estimé que les en empêcher serait une “faute politique”.
Refuser aux pays pauvres l’accès au nucléaire civil constituerait “une faute politique”, a déclaré M. Fillon lors d’une visite, dans le nord du Japon, d’une usine de retraitement nucléaire construite en partenariat franco-japonais. Ce serait “la meilleure façon de rendre plus difficile” leur développement et de “contribuer à l’instabilité à terme du monde”, a-t-il estimé. “Pas à pas, en respectant toutes les règles de sécurité, nous voulons
amener les pays en voie de développement vers la maîtrise de ces technologies, c’est une orientation politique très importante” que la France au sommet du G8 en juillet, a-t-il expliqué en conférence de presse. Le Premier ministre a mis en exergue l’augmentation de la population de ces pays. “Si on n’est pas capable de trouver, grâce à la science, le moyen
d’apporter à ces habitants l’énergie dont ils ont besoin pour leur développement, alors nous nous préparons des jours extrêmement sombres”, a-t-il prévenu. M. Fillon a aussi évoqué la lutte contre le réchauffement climatique. “Si l’on prend en compte la totalité des centrales nucléaires européennes, l’économie de rejet de CO2 dans l’atmosphère, c’est l’équivalent de la totalité du parc automobile européen”, a-t-il souligné. La France a signé des accords de coopération pour le nucléaire civil avec l’Algérie, la Libye et les Emirats arabes unis, qui pourraient constituer une première étape avant le mise en place de centrales nucléaires dans ces pays. L’hexagone dispose d’un important parc nucléaire et exporte, notamment via l’entreprise publique Areva, son savoir-faire en la matière. Arrivé en fin de matinée depuis Tokyo sur le site de Rokkasho (nord), M. Fillon a visité pendant une heure et demie une usine de retraitement nucléaire construite par la société japonaise Japan Nuclear Fuel (JNFL) et Areva. Fabriquée sur le modèle de l’usine de La Hague (France), elle devait initialement entrer en fonctionnement à la mi-2007 mais son exploitation ne devrait finalement débuter qu’en mai. Paris et Tokyo ont adopté vendredi une déclaration confirmant leur volonté d’intensifier leur coopération sur le nucléaire civil.
“Il est important que la France et le Japon soient les porte-paroles au niveau mondial d’une utilisation raisonnée du nucléaire”, a martelé M. Fillon à cet égard samedi. Le ministre de l’Economie japonais, Akira Amari, présent aux côtés du Premier ministre français, a estimé que cette déclaration était “un message extrêmement important, face à des défis difficiles comme la sécurité énergétique et le réchauffement climatique”. Une vingtaine de manifestants, représentant un collectif d’habitants de la région de Rokkasho inquiets des activités nucléaires de l’usine, étaient venus accueillir le Premier ministre. Selon un porte-parole du collectif, Koji Asaishi, “l’usine pourrait être complètement détruite en cas de gros tremblement de terre”, possible dans cette région “hautement sismique”. Une manifestation de protestation contre la construction de cette usine a réuni près de 700 personnes en début d’après-midi à Aomori, la capitale de la préfecture où est située le site, selon M. Asaishi et une télévision locale.