Forum d’Echorouk: L’augmentation des salaires des députés crée des remous
Les participants au forum d’Echorouk ont concentré les débats sur les dernières augmentations des salaires des députés; non sur l’élévation à 35 millions de centimes mais sur la compatibilité des rémunérations énormes accordées par les autorités publiques au représentant du peuple avec ses principales missions de législateur en tant que “politique” et non comme “fonctionnaire”.
- Les intervenants -députés de formations politiques concernés par les augmentations et les représentants de syndicats- considèrent que si le député tombe dans la catégorie de fonctionnaire, l’ensemble des fonctionnaires qui forment le front social, afficheront leur grogne face à la dégradation du pouvoir d’achat que le député n’a pu sauvegarder car n’ayant pas eu l’opportunité de trouver les mécanismes économiques adéquats.
Le représentant du CNES a quant à lui déclaré que cette distinction dans l’application des augmentations de salaire créera plus de problèmes que le terrorisme
Le battage médiatique soutenu n’est pas objectif
Le chercheur et ex-député, Arezki Ferrad, a rejeté les critiques qui ont visé les députés suite aux augmentations de salaire et a demandé la réorientation du débat en déclarant qu’il n’était nullement objectif de faire un battage médiatique contre une catégorie bien définie, sous-entendant les députés et les membres du conseil de la nation
Il a ajouté que dans un souci d’équité, les salaires des députés auraient du être débattus entre différents hauts responsables de l’état tels les ministres, les walis, les ambassadeurs et les officiers, et a demandé que les salaires des précités soient rendus publiques pour pouvoir adopter une position équitable et juste afin de ne pas ternir la réputation d’une catégorie précise
Arezki Ferrad ne se prive pas de reconnaître que le parlement algérien s’est transformé en une pièce d’enregistrement et un office de promotion sociale. Il justifie cette situation déplorable par la maladie de la classe politique qui a produit un député fonctionnaire incapable d’assumer les responsabilités parlementaires comme autorité de contrôle de l’exécutif, et n’a pu engendrer de député politique bien que la constitution ait donné les pouvoirs suffisants au député pour qu’il soit député politique
Nos salaires sont parmi les cinq derniers au classement mondial
Le sénateur Mohamed Khodja a défendu les dernières augmentations les considérant comme une évolution naturelle de la politique nationale des salaires qui a touché toutes les catégories. L’intervenant a désapprouvé la campagne qui a visé les députés
Mohamed Khodja a précisé que les salaires des députés en Algérie sont classés parmi les cinq derniers au monde en soulignant que le salaire d’un député mauritanien, tunisien, marocain ou libyen est de loin meilleur que celui du député algérien et ceci malgré les ressources dont dispose l’Algérie
Le sénateur a ajouté qu’il était illogique que les cadres supérieurs de l’état bénéficient d’augmentations à plusieurs reprises au moment où les salaires des députés restent inchangés depuis la promulgation de la loi relative au membre du parlement en 2001
Les partis de l’alliance présidentielle derrière les augmentations
Ramdhan Taazibt député du Parti des Travailleurs, a indiqué que les partis de l’alliance présidentielle sont derrière les augmentations des salaires des députés; ils ont constitué au début de l’année une commission regroupant des représentants des trois partis aux deux chambres du parlement pour l’étude du dossier des salaires des députés
Intervenant hier au forum d’Echorouk, Taazibt a estimé que les augmentations des salaires des députés ont alimenté la colère de la rue, et a nié que le Parti des Travailleurs soit au courant des bases sur lesquelles s’est faite l’augmentation, révélant que la commission parlementaire des affaires juridiques n’a pas associé son parti à la réunion consacrée à l’étude des augmentations de salaires des membres des deux chambres du parlement
Pour le député du PT, les augmentations ont terni l’image du député qui semble aujourd’hui plus que jamais faire partie de l’élite des privilégiés
Les augmentations visent à réduire le rôle des partis politiques
Mohamed Hadibi député d’Ennahdha à l’APN a accusé le pouvoir de minimiser le rôle des partis politiques en procédant à d’énormes augmentations de salaires des parlementaires et a déclaré qu’il y avait une volonté à annihiler l’action politique pour écarter l’électorat et discréditer le député. Il s’est par ailleurs étonné que cette revalorisation intervienne à quelques mois seulement de l’échéance présidentielle, estimant que la chose n’est pas fortuite. Il ajoutera que la volonté du peuple est inexistante
L’augmentation doit être élargie à tous les fonctionnaires
Le porte-parole des syndicats autonomes de la fonction publique, Meziane Meriane, a pour sa part qualifié l’augmentation d’illogique car élevant le salaire mensuel du député à ce que perçoit l’enseignant du secondaire durant toute une année
Meriane refuse de comparer le salaire du député algérien à celui du député à l’étranger puisque la comparaison, dit-il, doit se faire avec les travailleurs de la fonction publique qui sont marginalisés
Le front social sur le point d’exploser à cause de décisions sélectives
Abdelmalek Rahmani, coordonnateur du Conseil national des enseignants du supérieur (CNES), a mis en garde contre une explosion sociale “proche” que pourraient engendrer les augmentations dont ont bénéficié les députés de l’APN. La question ne se pose pas autant dans le montant de l’augmentation que dans le “deux poids deux mesures”, d’après la comparaison avec les revalorisations accordées aux autres secteurs qu’établit Rahmani. Les augmentations des salaires des députés ouvriront la voie aux protestations devant les interrogations du citoyen sur le rôle actuel du parlementaire, a-t-il ajouté
L’augmentation des salaires n’est pas un scandale
Abdelaali Hassani, vice-président de l’APN et représentant du mouvement Hamas considère que la campagne féroce dirigée contre les députés après l’augmentation de leur salaire de 300% dévie et éloigne du débat réel
Pour lui, l’augmentation des salaires n’a rien d’un scandale
L’offensive fabriquée de toutes pièces
Le porte-parole du FLN, Saïd Bouhadja, a accusé les parties qui critiquent les augmentations d’obéir à des intérêts étrangers. Pour Bouhadja, ceux qui mènent cette campagne sont connus et ne sont pas représentatifs de la société algérienne. Il ira jusqu’à dire, en faisant allusion au PT, qu’on cherche à politiser la question en la liant, à tort et sans fondement, aux prochaines échéances électorales