France: audiovisuel en grève contre une réforme et la “mainmise” de Sarkozy
L'audiovisuel public en France était perturbé mardi par une grève pour protester contre une réforme voulue par le président Nicolas Sarkozy, et examinée le même jour par les députés, qui alimente les suspicions de mainmise du pouvoir sur les médias.
- Cette réforme, qui prévoit la suppression par étapes de la publicité dans l’audiovisuel public d’ici 2011 – que le gouvernement promet de compenser par le produit de taxes supplémentaires imposées aux chaînes privées et aux opérateurs de télécommunications – avait été annoncée sans préavis il y a un an par le chef de l’Etat.
Elle avait été justifiée par Nicolas Sarkozy au nom de la “qualité du service public”, qui “ne peut pas fonctionner selon des critères purement mercantiles”. Mais elle avait suscité d’emblée de vives inquiétudes sur l’indépendance de la télévision publique, dont le président doit désormais être nommé par le pouvoir exécutif en lieu et place du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), autorité de régulation du secteur.
Adoptée par le gouvernement en octobre, la réforme, qui a déjà suscité des grèves d’une ampleur inédite depuis l’éclatement en 1974 de l’ORTF
(radio-télévision d’Etat), devait être examinée en première lecture à l’Assemblée nationale mardi.
Les programmes des antennes de Radio France et de France 2, principale chaîne de télévision publique, étaient perturbées dès la matinée de mardi. Les syndicats de France Télévisions (cinq chaînes), mais aussi les professionnels, producteurs, scénaristes, auteurs, s’inquiètent du financement des 450 millions d’euros annuels de manque à gagner résultant de la suppression de la publicité. Selon eux, ce financement pourrait être remis en cause ou dépendrait désormais du bon vouloir de l’Etat.
La ministre de la Culture Christine Albanel a souligné mardi que le gouvernement avait pris l’engagement “pour les trois années qui viennent” de compenser la suppression des recettes de publicité.
Les journalistes de l’audiovisuel public, qui craignent que les “synergies” promises entre les rédactions des différentes chaînes n’entraînent un renoncement au pluralisme de l’information, redoutent en outre un plan de départs “volontaires” de 900 personnes, évoqué par le patron de France
Télévisions Patrick de Carolis.
Les syndicats dénoncent enfin le “cadeau financier” que constitue selon eux le report des budgets publicitaires vers les médias privés des grands groupes industriels comme Bouygues ou Bolloré, réputés proches du président Sarkozy. Bouygues, groupe de bâtiment et de télécommunications, contrôle TF1, la
première chaîne privée en Europe.
La gauche et le centre ont promis de batailler contre ce projet lors du débat parlementaire. Très en pointe, le leader centriste François Bayrou a qualifié ce projet de “régression qui doit être insupportable à tous ceux qui veulent que la France soit une démocratie respectueuse des principes permettant au peuple d’être librement informé”.
Pour une information “indépendante”, il faut “que l’indépendance budgétaire soit assurée”, a-t-il estimé, appelant de ses voeux le dépôt d’une motion de censure à l’Assemblée.
Une hypothèse vouée à l’échec, le parti de droite UMP disposant d’une large majorité parlementaire, et l’opposition de gauche étant empêtrée dans le processus conflictuel de désignation du nouveau chef du Parti socialiste.
De nombreux titres de la presse écrite critiquaient mardi la réforme, y voyant d’un côté une “berlusconisation rampante” de la télévision française et de l’autre un retour 30 ans en arrière, avec la mainmise du pouvoir politique.