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Guide anti-langue de bois d’Abdelhafid Azouz : l’humour politique dans toute sa splendeur

الشروق أونلاين
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Guide anti-langue de bois d’Abdelhafid Azouz : l’humour politique dans toute sa splendeur

Voici un ouvrage qui donnera (peut-être) quelques migraines à tous ceux (et celles) qui ont une responsabilité quelconque car tous, historiens, hommes (et femmes politiques), économistes, chefs d’entreprises, etc., sont concernés. En effet, l’auteur présente, avec un humour bien venu et un esprit critique acéré, un amusant florilège de termes et d’expressions (les plus courants) relatifs à la langue de bois.

Avec le Guide Anti-Langue de Bois !, nous nous promenons au cœur d’un monde parallèle (linguistique) dans lequel « on s’endette » au lieu de contracter un crédit, où l’on « dé complexifie » au lieu de simplifier, où l’on « débraye » au lieu de faire grève, où l’on « rivalise » au lieu de jalouser.  Les définitions au second degré de l’auteur donnent le ton, jugez-en : « Je rappelle les attentes de mon pays » : Notre patience a des limites !, « Déclaration non fondée » : Vous mentez !, ou encore, « Disparus » : Futurs morts. 

 

Dans un intéressant avant-propos, Abdelhafid Azouz explique, de manière générale, les raisons de la profusion de la langue de bois, « ennuyeuse et agaçante pour le lecteur ou l’interlocuteur, la langue de bois est pourtant très utile ; en effet, que serait la diplomatie sans langue de bois ? Il faut bien trouver des formules « soft » pour ne pas « heurter la sensibilité » . 

Certains termes ou expressions, il est vrai, traduisent une pensée pré formatée, une inconsistance intellectuelle et apportent généralement moins de précision que de flou artistique dans le discours. D’ailleurs, l’auteur tient à préciser que les 470 termes et expressions ont été tirés de discours et/ou déclarations tout en s’abstenant de citer leurs auteurs concernés. Il revient donc à chacun s’il le souhaite, en tant que lecteur, de deviner les « célèbres » auteurs. En s’appuyant sur d’évidentes recherches, Azouz décortique « la langue préférée des magistrats, politiciens et militaires, érudits, banquiers et autres escrocs”, 

le tout avec un humour vraiment sympa. Bref, cet ouvrage est un petit bijou d’humour et de bonne humeur. A lire de toute urgence !

 

Abdelhafid Azouz à Echorouk  :  

“La langue française s’y prête bien pour la langue de bois” 

 

Echorouk : Le personnage de la couverture ressemble étrangement à Nicolas Sarkozy, cela vient de vous? 

 

Abdelhafid Azouz : Vous croyez ? (rire), honnêtement, ce n’est pas mon avis. Cette illustration, comme les autres d’ailleurs, contenues dans mon ouvrage, sont l’œuvre de mon ami Salim Ferroukhi, infographe aux éditions Dalimen. En lui demandant de réaliser des illustrations, je n’ai pas voulu l’influencer dans son travail. C’est vrai que beaucoup de gens ont trouvé une ressemblance avec le Président Français, moi pas. Pour vous donnez une réponse « version langue de bois », je dirai : « Je ne peux récuser le travail de l’infographe »

 

C’est une phrase typiquement langue de bois, elle a été dite par qui ?

 

Ne comptez pas sur moi pour vous dévoiler son auteur.

 

J’insiste…

 

Bon, je pense que je peux  le dire puisque l’auteur est décédé. En fait, c’était la réponse du Président Mitterrand aux protestations du gouvernement algérien suite aux propos désobligeants du Premier Ministre Français de l’époque (en 1992). Mitterrand a répondu : « Je ne peux récuser mon gouvernement ».

azouz 

Vous vous intéressiez déjà à la langue de bois !

Il faut dire que j’ai été bercé dans un « environnement » politique. Chez nous, on a toujours parlé politique, trop même. Mon père qui n’a jamais milité dans aucun parti politique faisait, tout le temps, à la maison, des commentaires politiques (jusqu’à présent d’ailleurs !). Je crois que la cellule familiale était, pour lui, une sorte de siège de parti politique où il pouvait se défouler et « refaire » le monde à sa manière. Et puis, à cette époque, il n’y avait qu’un seul parti en Algérie. On ne pouvait pas s’exprimer librement comme maintenant. Je crois que, pour tous les gens de sa génération, la maison était un vrai défouloir.

Vous êtes, donc, un observateur attentif de la politique française…

Je crois que cela est du au fait que j’ai connu la France très jeune, dès l’âge de 4 ans. J’ai d’ailleurs fait la maternelle et l’école primaire dans le département des Hauts-de-Seine (sur les terres de Sarkozy, rire). Bien que je sois fière d’être algérien, je dois reconnaître que c’est la France qui m’a donnée mon enfance. Je le dit dans le sens culturel. On dit que l’enfance a une très grande influence sur le parcours de chaque personne. Vous savez, à cette époque (fin des années 1970- début des années 1980), Coluche cartonnait à la télévision. J’ai été très influencé par les sketches de Coluche et de Thierry Le Luron, le seul imitateur de l’époque. Je pense que ça m’a poursuivi jusqu’à aujourd’hui. C’est ce qui m’a amené à m’intéresser, de plus près, dès mon plus jeune âge, à la politique française.

Votre premier ouvrage avait pour thème la problématique de la langue parlée en Algérie, alors que le second traite de la langue de bois. Ces deux ouvrages concernent, chaque fois: La France et l’Algérie…

C’est vrai, le premier est membre officiel est initiateur de l’oif, le second est présent au sein de cette organisation à titre d’observateur. Je pense que les deux pays n’arrivent toujours pas à se débarrasser du poids du passé. A ce propos, je voudrais citer deux auteurs qui ont su résumer le rapport, non pas de la France avec l’Algérie, mais de la langue française avec l’Algérie. C’est Albert Camus et Kateb Yacine. Le premier, disait ceci : « Ma patrie c’est la langue française », le second affirmait : « Il faut prendre le français comme un butin de guerre ». Je pense que les deux phrases sont toujours d’actualité.

Et vous, si vous deviez résumer, vous-même, le rapport de la langue française avec l’Algérie, quelle serait votre phrase à vous ?

Ce serait : « Je t’aime moi non plus ! », et ce n’est pas de la langue de bois !

Revenons à votre second ouvrage, en quelques mots, comment le présenteriez-vous ?

En fait, j’ai essayé de décortiquer la langue de bois. Pour cela, j’ai du suivre de nombreuses émissions politiques et économiques à travers la radio et la TV. J’ai lu aussi beaucoup la presse algérienne et française pour reprendre quelques expressions. J’ai choisi ces deux pays parce qu’il s’agit des deux plus grands pays francophones au monde. Et puis, je ne pouvais pas écrire cet ouvrage dans une autre langue. Bien que je ne maîtrise pas d’autres langues (à part l’Arabe et un peu l’Anglais), quelque chose me dit que la langue française s’y prête bien pour la langue de bois. Ce n’est pas péjoratif, au contraire, ça prouve que le français est une langue riche. En tous cas, mon ouvrage contient 470 termes et expressions, toutefois, j’aurais pu y mettre 1000. Disons que j’ai choisi les plus pertinentes. Par ailleurs, il est décliné en trois parties : Politique, Socio économie et Publicité. Pour cette dernière, j’ai repris les différents slogans des publicitaires pour vendre leurs produits, car, je considère qu’ils font partie, désormais, de la langue de bois. Dans tous les cas, il s’agit de formules toutes faites et si communément reprises qu’elles deviennent, selon moi, usées, prévisibles, lassantes, comiques, voire attendues.

Vous dites tellement de mal sur la langue de bois qu’on a l’impression que vous en êtes presque traumatisé ! Pensez-vous vraiment que l’usage de la langue de bois soit aussi condamnable que cela ?

Non, pas du tout. Vous savez, les définitions, il ne faut les prendre au premier degré, non plus. C’est une langue qui n’a pas seulement des tares, elle a aussi beaucoup de vertus (je le dis sans langue de bois). Dans l’avant-propos, je dis qu’elle permet aussi d’éviter des situations de crise majeure. C’est la raison pour laquelle, elle est enseignée à l’ENA (en France).

Considérez-vous la langue de bois comme de la bêtise ?

 Oui et non. Vous savez, pour sortir de la bêtise, il faut se forger une muraille d’intelligence, en lisant et en méditant énormément et en transformant cette intelligence en arme.

Selon vous, quelle est la catégorie de gens qui maîtrisent le mieux la langue de bois et quel est l’antidote à cette langue ?

De manière générale, les politicards et les diplomates sont très bien inspirés. Sinon, l’anti dote c’est l’émission « Les Guignols de l’Info ». Ah, si les hommes politiques pouvaient parler aussi crûment comme leurs marionnettes aux « Guignols » ! Je pense, sincèrement, qu’ils seraient plus crédibles ! (rire).

Quels sont vos projets ? Où aimeriez-vous vous trouver aujourd’hui ?

Sur scène. J’adorerai faire de la scène. Pourquoi pas un one man show fait uniquement d’imitations, ou une comédie musicale. On peut toujours rêver. Pour le moment, je prévois, d’abord, de sortir le tome 2 du Guide Anti-Langue de Bois ! Vous imaginez bien qu’entre le moment où j’ai finis d’écrire le premier et maintenant, j’ai pu relever des centaines d’autres termes et expressions. J’ai entamé, par ailleurs, l’écriture d’un roman historique.

Propos recueillis par Amer Oumalou

 

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