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Hanoune: « Sellal m’a informé que Bouteflika ne veut pas créer un poste de vice-président »

الشروق أونلاين
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Younès Oubaiche
Louisa Hanoune, secrétaire générale du PT

La secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT) et candidate à la présidentielle d’avril 2014, Louisa Hanoune a déclaré dans cette interview accordée à Echorouk que Sellal l’a informée que Bouteflika n’avait aucunement l’intention de créer un poste de vice-président.

S’agissant des informations selon lesquelles Saïd Bouteflika, le frère cadet du président de la République, serait le détenteur de tous les pouvoirs, Louisa Hanoune a dit qu’il n’imaginait jamais le président accorder ses pouvoirs à quelqu’un d’autres, y compris son frère. En outre, elle incombe la responsabilité de l’échec des réformes initiées par le chef de l’Etat aux partis au pouvoir, à savoir le FLN et le RND.

La patronne est revenue dans cet entretien sur son entrevue avec le chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah qui a duré plus de trois heures.

Il y a ceux qui ne partagent pas votre avis et voient que ces présidentielles visent à maintenir le statu quo, notamment après la candidature de Bouteflika. Ils trouvent qu’il n’y a aucune chance pour le changement?

L’expérience politique nous a appris à ne plus baisser la main en cas d’échec. Nos succès tant sur le plan politique qu’économique le prouvent. Au moment où d’autres se sont retirés, nous, nous nous sommes battus et remporté la bataille contre la privatisation et avons assuré la part des générations futures en matière des hydrocarbures. La secrétaire générale du PT s’est dite ne pas s’opposer à la candidature de Bouteflika pour briguer un autre mandat, car si les élections est transparentes, ce sera le peuple qui en décidera qui le gouvernera.  

Louisa Hanoune s’accorde alors avec la thèse avancée par le pouvoir selon laquelle il existe un danger étranger menaçant la stabilité du pays?

Effectivement! Il y a un danger et une menace qui guette le pays et nous n’avons pas attendu le pouvoir pour nous avertir de ce danger. D’ailleurs, nous étions les premiers à mettre en garde contre ce danger.

Soutenez-vous la thèse du Premier ministre, Abdelmalek Sellal, selon laquelle Bouteflika est le garant de la sécurité et de la stabilité du pays?

Instaurer une véritable démocratie, mettre fin à la frustration dont souffrent les différentes franges de la société, notamment la jeunesse qui est son protecteur et le garant de sa stabilité.

Cela veut dire que les dires de Sellal et d’autres sont irraisonnables?

Les déclarations de Sellal et autres sont irraisonnables. Il est impossible qu’une personne soit seule la garante de la sécurité d’un pays. Il est vrai que la volonté du président de la République et un autre responsable peut influer positivement sur la situation du pays. A condition que son intention soit accompagnée de décisions fermes, comme ce fut le cas avec un certain nombre de dossiers. Le succès d’une démarche donnée doit s’associer à la volonté populaire, à l’image du dossier de la réconciliation nationale et de la reconnaissance de la langue Tamazight. Il n’y de garant de la sécurité, que lorsque la volonté du peuple se rencontre avec  celle de la magistrature suprême. Il est impossible que Bouteflika ou autre soit seul le garant de l’Etat. Assurer les droits de l’individu est l’une des conditions de la stabilité, comme le droit à la manifestation, le droit syndical et le droit au militantisme partisan.

Il y en a ceux qui voient dans la candidature de Bouteflika un verrouillage du scrutin?

En politique, tout peut changer d’un moment à l’autre. Pour nous, le droit à la candidature est sacré. Nous nous sommes battus pour ce droit. Pour nous, il n’est pas question de faire deux poids deux mesures. Il y a des binationaux qui se sont présentés à la présidentielle bien que la loi l’interdit, mais personne ne s’était opposé. La vérité, c’est que la pollution politique a atteint son apogée en raison de l’échec des réformes politiques initiées par le président en 2011.  

Qui assumera la responsabilité de cet échec?

Ce sont bel et bien les partis au pouvoir qui ont la majorité au Parlement, à savoir en l’occurrence le FLN et le RND. Ce sont derrière cet échec qui a donné naissance à une mafia politique. Le multipartisme hérité des événements d’octobre 1988 n’existe que dans la forme.

Ceci dit, il n’existe pas de multipartisme en Algérie?

Le multipartisme n’est qu’un décor. Les élections organisées de 1997 à 2012 sont émaillées de fraude avec une nette intention du maintien du même système en place et l’hégémonie des mêmes partis politiques. Nous avons vu au lendemain de l’annonce de la candidature de Bouteflika comment les organisations et les partis politiquent -qui le soutiennent- s’étaient affairés à lui collecter des signatures non pas sur le terrain mais dans les administrations. Il est impossible de collecter 3 millions de signatures en l’espace d’une semaine sans recourir à l’exploitation des listes électorales, les listes des fonctionnaires recrutés dans le cadre d’emploi de jeunes en falsifiant les paraphes tout en violant la loi. C’est ce que nous avons constaté sur le terrain. Les courtisans sont à même de mettre le pays à feu pour le maintien du statu quo et pour préserver leurs intérêts.

Louisa Hanoune soutient-elle toujours l’idée qu’hormis la réconciliation nationale Bouteflika a échoué sur toute la ligne?

Je n’ai jamais dit ça. Un quotidien algérien a délibérément modifié  mes déclarations. Bouteflika a contribué au rétablissement de la paix et à la reconnaissance de la langue Tamazight. Je l’ai rencontré en février 2002, et je lui ai demandé de ne pas organiser un référendum populaire sur la langue Tamazight. Il m’a répondu qu’il réfléchissait sur la question. Effectivement, la langue Amazigh a été reconnue par la Constitution comme étant une deuxième langue nationale du pays. Il a également annoncé la nationalisation des hydrocarbures, tout comme il a réalisé plusieurs acquis à travers ses politiques économique et sociale.  Sous le règne, plusieurs projets ont été réalisés, dont des infrastructures et nous avons d’autres acquis qu’on ne trouve pas dans d’autres pays, à savoir par exemple le droit au logement. L’abrogation de l’article 87 bis est aussi un grand acquis en faveur de la classe ouvrière.

Estimez-vous que l’institution militaire fût présente dans le monde politique?

Bien évidemment! Même si que les leaders de l’armée ne figurent pas officiellement dans le leadership du FLN, mais ils ne se sont pas retirés définitivement du champ politique, d’autant que la nature du système n’ait toujours pas changé.

Certaines parties s’étaient dites étonnées de votre démarche en demandant une entrevue avec le chef d’état major. Quel est votre commentaire?

J’ai demandé de voir le vice-ministre de la Défense qui est membre du gouvernement depuis septembre 2013. Lors de cette rencontre qui a duré 3 heures et 20 minutes, je lui ai exposé plusieurs questions qui me concernent en tant que politicienne. Je n’ai pas rencontré Gaïd Salah pour débattre du plan défensif de l’armée mais nous avons débattu de questions politiques au sein de l’institution. Certes que la sécurité de mon est l’une de mes principales préoccupations, mais j’ai été étonnée par la réaction de certaines personnalités après ma rencontre avec un membre du gouvernement algérien et non un membre du Pentagone ou de l’Africom.

Vous défendez le droit de Bouteflika à se porter candidat en dépit de sa maladie?

 

Il n’y que le Conseil constitutionnel qui tranchera cette question. A mon avis, il se portera pas candidat s’il estime que cela pourrait exposer le pays au danger et à détruire toutes les réalisations concrétisées depuis 1999.

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