Ils se moquent de Chadli pour avoir pourchassé les barons de la corruption
Je n’ai jamais imaginé de pouvoir rencontrer un jour le président de la République, Chadli Bendjedid, car lors de son premier mandat à la tête du pays, j’étais étudiant à l’étranger.
A cette époque-là, je n’avais de nouvelles de ce qui se passait sur la scène politique que des blagues avec lesquelles on se moquait de Chadli et de sa gouvernance.
Cependant, après six ans passés avec lui, dont on avait des rencontres chaque semaine, je me suis rendu compte que des barons du système qui ont été derrière ces blagues, qu’a écartés Chadli à son arrivée au pouvoir.
D’autres ont procédé à ces blagues, car ils ignorent la personnalité de Chadli, en alliant la rigueur militaire à une intelligence et transparence.
Lors de son 2e mandat, je ne lui avais pas accordé intérêt car j’ai perdu toute confiance de voir mener à bien les réformes politiques engagées dans le pays.
En plus, j’étais quasiment sûr, que les réformes décidées par Chadli, ayant trait au régime de la gouvernance, l’économie et l’information seront certainement un « échec », car le pouvoir était intransigeant et refuse tout dialogue sur les réformes.
Après sa démission, j’étais à l’instar de tous les Algériens, convaincu que Chadli ,sorti de la grande ou de la petite porte, a renoncé à politique en cadenassant tous ses secrets, ses désespoirs et son espoir de faire de l’Algérie, un pays puissant et développé.
* Ma première rencontre avec Chadli
Par hasard, un jour mon ami Smaïl Ameziane, propriétaire de la maison d’édition Casbah, m’a demandé de lui rendre un service. Montés tous deux dans sa voiture, Ameziane m’a dit qu’on part voir Chadli. Je lui ai dit de quel Chadli tu parles ? Il m’avait répondu: nous allons chez Chadli Bendjedid. Je n’avais pas cru mes oreilles, avant qu’il ne me demande de rédiger ses mémoires (Chadli).
A l’entrée de la maison de Chadli, je l’ai vu s’isoler dans un coin et refusait de recevoir chez lui aucun responsable algérien.
J’avais plusieurs sentiments de lui en le voyant tout seul, et ce sentiment ne m’a quitté qu’après m’avoir invité à prendre un café avec lui. « Prenez la peine de vous asseoir pour prendre un café ! »
*La décennie noire
J’ai commencé longuement à le contempler et constaté que rien sa physionomie n’a pas changé et ses traits restent inchangés. Nous lui avons demandé des nouvelles sur son état de santé, mais lui semble ne pas accorder d’intérêts à nos questions.
Il commençait à parler avec une certaine nervosité, et répliquait à ceux qu’ils lui ont fait du mal. Il a parlé de son combat à la première heure aux côtés de son père en 1955 en démentant avec fermeté d’avoir rejoint l’armée française.
Je peux affirmer n’avoir jamais vu quelqu’un vanter son père, comme le fait Chadli. Il est revenu sur l’époque pendant laquelle il était président de la République, et sur ceux qui ont qualifié son règne de la « décennie noire », qu’il qualifie de traitres.
S’agissant de ses réformes tant opposées, Chadli a dit que ceux qui craignent de mener ces réformes, ont eu des mains sales.
Nous l’entendions parler, Smaïl et moi, sans aucun enchaînement chronologiques, en passant d’un sujet à un autre. A la fin de la visite effectuée à son domicile, Smail m’a dit que « votre mission sera difficile » ! Je lui ai répondu que c’est « une aventure à ne pas rater ».
*Une partie de ses mémoires en ma possession
Chez moi, je me suis mis à réfléchir par quoi commencer et me poser les questions sur les dangers de cette aventure. Après une longue réflexion, je me suis dit que je dois relever ce défi afin de sauver une partie de la mémoire nationale. Ecrire les mémoires d’un président n’est du tout à la partout de tout le monde. Je commençais alors à retracer le parcours de Chadli, en tant que moudjahid, bien qu’il ne se qualifie pas de ce titre, car à ses yeux, ce qu’il a fait un devoir envers les générations futures.
J’avais d’ailleurs rappelé sa réponse à Amar Ben Aouda qui lui a décerné la médaille « Athir », la plus haute distinction de l’Ordre du mérite national, en le qualifiant : « Vous êtes le Père des moudjahidine ». Chadli lui répondait: « Non ! Je suis un simple moudjahid comme tous les autres! »
J’ai tenté de me rappeler ses bienfaits et ses méfaits pendant les 13 années de son règne, en le laissant parler plus que je lui demande.
Je savais bien entendu, que plusieurs journalistes, écrivains et historiens l’ont sollicité à leur confier la mission d’écrire ses mémoires ou de leur accorder de longues interviews, mais il a refusé.
Chadli a voulu que ses mémoires soient publiées en Algérie.
Parmi d’historiens et chaînes de télévisions étrangères qui l’ont contacté, je cite Benjamin Stora, « Al Moustakila », « Al Jazeera » et « Al Arabiya ».
Côté algérien, Mohamed Benchicou, Habet Hanachi, H’Mida Layachi ainsi que Abed Charef ont également pris contact avec lui.
Dans sa première sortie qui remonte au 13 janvier 2001, en accordant une petite interview à Mohamed Benchicou dans les colonnes du journal « Le Matin », intitulé « Mes vérités », Chadli s’explique, sans passion et sans citer de noms, sur des questions restées sans réponse, et ses propos d’un homme blessé, mais serein méritent qu’on les écoute.
Il est resté une énigme, il le sait, et il ne semble pas s’en émouvoir, ni vouloir en tirer gloire, ni encore moins en souffrir : depuis neuf ans qu’il a quitté la scène politique, Chadli Bendjedid s’est imposé un silence digne – « mon choix personnel, sans aucune contrainte de qui que ce soit » -, s’attachant, avec une rare constance, à résister aux démons de la polémique, attitude qui lui vaut aujourd’hui de jeter sur le monde qui l’entoure un regard froid et compatissant, sans animosité, mais sans illusions sur les hommes. Celui qui a présidé durant treize longues années aux destinées de l’Algérie et qui fut au centre de plusieurs controverses tient aujourd’hui à ne rien laisser paraître de l’amertume qu’on devine, affichant une déroutante sérénité, celle d’un homme « à la conscience tranquille et qui ne regrette rien », selon les propos recueillis par Benchicou.
*Lorsque Chadli pleure Mohamed Seddik Benyahia
Lors de ma deuxième rencontre avec Chadli, je lui ai demandé s’il suit la coupe du monde de football, il m’a répondu: « Non, bien que j’ai donné au football algérien plus que les autres ». S’agissant de sa discipline préférée, il m’a dit: « Je préfère la plongée sous-marine, le tennis, les jeux d’échecs et la pêche ».
Lors d’une des longues rencontres avec Chadli, au moment où je lui ai parlé de la mort tragique de son ministre des Affaires étrangères, Mohamed Seddik Benyahia, il n’a pas pu retenir ses larmes, avant que je ne me trouve dans une situation embarrassante en lui tendant un mouchoir.
« Si j’avais cinq ministres comme Mohamed Seddik Benyahia, je ferais de l’Algérie un grande puissance régionale », m’a-t-il confié.
*Il a voulu donner sa bibliothèque à la Bibliothèque nationale, mais Khalida Toumi n’y a pas accordé d’intérêt
Il passait ses journées à la lecture des journaux, livres d’Histoire et les bibiographies. Parmi ses plus belles initiatives, l’octroi de sa bibliothèque incluant plus de 3 000 livres à l’Université d’Alger. Voulant octroyer sa bibliothèque, il m’a demandé à qui la donner et je lui ai proposé la Bibliothèque nationale.
J’ai parlé à Amine Zaoui et la ministre de la Culture Khalida Toumi, mais cette dernière n’a pas accordé tant d’intérêt à ce sujet…