Kadhafi préférait “mourir en Libye qu'être jugé” par la CPI
Depuis sa prison, un proche de Mouammar Kadhafi raconte les dernières semaines du “Guide”, terré à Syrte sous les bombes jusqu'à sa mort le 20 octobre. Un homme “déprimé, inquiet” qui préférait “mourir en Libye qu'être jugé” par la Cour pénale internationale (CPI).
Le 27 juin, la CPI avait émis un mandat d’arrêt pour crimes contre l’humanité contre Mouammar Kadhafi, son fils Seif Al-Islam et Abdallah Al-Senoussi, l’ancien chef des services secrets militaires de Libye.
La mesure aurait aggravé les choses, assure Mansour Daou, ex-chef des services de sécurité intérieure, emprisonné à Misrata (215 km à l’est de Tripoli): “Le mandat d’arrêt de la CPI les a décidés, lui et ses fils, à rester en Libye (…) Kadhafi disait +je préfère mourir en Libye plutôt qu’être jugé par (le procureur de la CPI Luis) Moreno-Ocampo+”.
Seif Al-Islam et un autre fils, Mouatassim, “voulaient que Kadhafi reste, surtout Seif”, considéré comme son dauphin, tandis que “Senoussi le mettait sous pression pour qu’il parte”, en vain.
Le 19 août, les forces du Conseil national de transition (CNT) étant aux portes de Tripoli, Mouammar Kadhafi file à Syrte, sa région natale, s’y sachant populaire. Les pro-CNT entrent dans Bab al-Aziziya, sa résidence, le 23.
“Kadhafi savait que c’était fini (…) depuis que ses troupes avaient été repoussées de Misrata”, un des fiefs de l’insurrection, le 25 avril, et devenait depuis “de plus en plus nerveux”, se rappelle M. Daou.
“Il était aussi sous pression parce que ses amis l’avaient abandonné, Berlusconi (le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi), Sarkozy (le président français Nicolas Sarkozy), Erdogan (le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan), Tony Blair (l’ex-Premier ministre britannique Tony Blair). Ca l’a miné, il les considérait comme des amis proches”, ajoute-t-il.
Au début, l’ex-dictateur vit dans un hôtel de Syrte. Mais les pro-CNT atteignant les faubourgs mi-septembre, il change ensuite de logement quasi quotidiennement par mesure de sécurité.
Ses approvisionnements se réduisent, les bombes commencent à pleuvoir, les combats s’intensifient, dévastant la cité. L’électricité et l’eau courante sont coupées, la nourriture se fait rare. Celui qui veillait sur sa sécurité décrit un homme “déprimé, très inquiet”. “C’était très inhabituel de le voir comme ça”, dit-il.