Le continent africain touché au “pire moment”
Bien que la situation soit plus ou moins maîtrisée, il n’en demeure pas moins que l’heure est grave, si l’on se réfère aux propos de la Directrice du Programme Alimentaire Mondial (PAM), qui a estime hier que la crise économique entraînera “des années très difficiles” dans les pays menacés de famine.
- En effet, après avoir atteint un niveau historique, les prix du pétrole et des produits alimentaires ont certes chuté avec la crise financière, mais la nourriture “est toujours aussi chère qu’il y a 20 ans et 24 % plus chère qu’il y a un an”, souligne Josette Sheeran, dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Bien plus, la directrice de ce Programme de l’ONU observe que le nombre de personnes sous-alimentées ne cesse de croître et que “la crise financière renforcera cette tendance, si les Etats donateurs ne réagissent pas”.
- “Nous ne savons pas exactement ce qui va arriver, mais nous nous attendons à des années très difficiles”, prévient-elle. Des inquiétudes qui reposent aussi sur l’attitude des investisseurs privés.
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En Afrique, note Mme Sheeran, des investisseurs ont bien racheté des terrains pour les cultiver, mais elle craint que les produits ne soient pas destinés au marché intérieur mais à satisfaire la demande notamment en Chine et en Inde.
- Pour elle, son institution n’a pas les moyens de répondre à l’ampleur de la crise alimentaire. “Le PAM secourt aujourd’hui environ 90 millions de personnes. Il ne s’agit là environ que d’un dixième des 923 millions de gens qui sont en danger de mort pour cause de famine.”
- Alors que des plans de sauvetage des banques ont été mis en place dans tous les pays européens, Josette Sheeran calcule qu’avec six milliards de dollars de plus que ses financements actuels, le PAM aurait les moyens d'”empêcher que partout dans le monde des gens meurent de faim”pour sa part, l ‘ONU a lancé mercredi à Genève un appel de fonds de sept milliards de dollars pour venir en aide à 30 millions de personnes dans 31 pays en 2009, ont rapporté des médias.
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“Notre but est d’aider les personnes les plus vulnérables à survivre l’année prochaine et de leur permettre de sortir des difficultés et du désespoir pour atteindre la dignité, la sécurité et l’autosuffisance à laquelle tout être humain a droit”, a déclaré le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki- moon, dans un message publié à l’occasion de cet appel.
- M. Ban a en outre demandé aux donateurs de répondre à l’appel malgré la crise financière que traverse actuellement le monde.
- Cet appel de fonds, le plus important jamais lancé par l’organisation comprend notamment “douze appels consolidés pour la République Centrafricaine, le Tchad, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo (RDC), l’Irak et sa région, le Kenya, les Territoires palestiniens occupés, la Somalie, le Soudan, l’Ouganda, la région d’Afrique de l’Ouest et le Zimbabwe.
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Pour 2009, les plus gros appels consolidés concernent le Soudan (2,1 milliards de dollars), la Somalie (919 millions), la RDCongo (831 millions), le Zimbabwe (550 millions), l’Irak et sa région (547 millions).
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L’ONU avait lancé pour 2008 un appel de fonds humanitaire initial portant sur 3,8 milliards de dollars.
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Selon l’ONU, les besoins l’an prochain seront “au moins aussi grands qu’en 2008, et probablement plus grands” car le monde “continue de faire face à une crise alimentaire mondiale, aux effets du changement climatique et à des conflits de longue durée qui provoquent tant de détresse humaine”. Pour sa part, le président de la Banque Africaine de développement (BAD) Donald Kaberukaa a estimé lors du dernier sommet pour le développement de l’Afrique à Addis Abeba que l’Afrique est touchée “au pire moment” par la crise financière mondiale.
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“Au cours des 24 derniers mois, l’Afrique a été frappée par de multiples crises en série. Au cours des 12 derniers mois, le monde a été frappé par la crise financière”, a relevé M. Kaberukaa dans son discours.
- “Il faudra du temps pour rétablir la confiance et la stabilité du secteur financier mondial, mais cette crise intervient au pire moment pour le continent (africain) qui se bat déjà contre la crise alimentaire et les questions humanitaires. Le temps n’est pas à un déclin de l’aide au développement”, a-t-il estimé.
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Le président éthiopien Girma Woldegiorgis a souligné que “L’Afrique a connu un taux de croissance de plus de 5% ces dernières années, mais cela n’a pas encore eu d’impact significatif sur la réduction de la pauvreté et les questions de genre”.