Le financement des projets pétroliers en débat
Plus de 100 milliards de dollars prévus à l’investissement le secteur des hydrocarbures, au cours des cinq prochaines années.
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· lle “project financing” fait assumer aux banques publiques tous les risques systémiques et l’Etat ne doit pas être le seul garant du crédit et ne doit pas subventionner les taux des crédits comme il le fait actuellement, estiment les experts
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La problématique de financement des projets d’investissement des groupes énergétiques algériens, dont Sonatrach et Sonelgaz, a été posée hier, par les participants au panel interactif organisé dans le cadre de la deuxième journée de la sixième Conférence stratégique internationale dont les travaux se déroulent à l’hôtel Hilton.
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En effet, le secteur a besoin, pour développer ses activités, de quelque 100 milliards de dollars, dont 45 milliards rien que pour le groupe Sonatrach, 28 milliards pour le secteur de la pétrochimie, 29 milliards pour le groupe Sonelgaz.
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A cela s’ajoutent 1,8 milliards que le secteur compte investir pour les activités à l’étranger, et 20 milliards réservés en option, ce sont les chiffres avancés par l’ancien directeur exécutif finances, Ali Rezaïguia, actuellement conseiller du PDG de Sonatrach et qui a présidé ce panel, et qui a mis en exergue la nécessité de trouver des sources de financement diversifiées, notamment en faisant appel à l’investissement étranger.
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« il faut chercher des alternatives de financement, et bien qu’il y’ait un bon niveau de trésorerie locale, il n’en demeure pas moins que la question des capacités pour mettre en oeuvre pareil programme se pose », a affirmé M. Rezaïguia, qui a eu pendant plusieurs années à s’occuper des fiances de la première compagnie pétrolière et gazière du Continent.
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De ce fait, les experts ont particulièrement abordé le système appelé ”project financing” perçu comme un moyen qui aura permis de trouver les ressources financières pour les projets importants du secteur mais qui présente des inconvénients.
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Mis en place en 2005 pour le développement des projets notamment de la pétrochimie, du dessalement d’eau de mer et de centrales électriques, le ”project financing” repose sur la capacité d’un projet à générer des revenus suffisants pour couvrir ses coûts du projet et à permettre, donc, le remboursement des crédits et à alimenter les fonds propres des investisseurs.
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Ali Rezaïguia affirmera que ce type de financement a mis du temps pour devenir opérationnel du fait des contraintes d’ordres légal, réglementaire et opérationnel qu’il a posées.
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Des contraintes telles que le choix des banques, des conditions d’octroi du crédit (garantie, durée de remboursement…), de la capacité financière des banques publiques ainsi que du respect des règles prudentielles exigées par la Banque d’Algérie.
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Pour d’autres experts, une recapitalisation plus importante des banques est nécessaire du fait, selon eux, de leurs capacités de financement limitées par rapport aux gros besoins des programmes de financement des projets de Sonatrach estimés à prés des centaines de milliards de dollars durant les cinq prochaines années.
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A cet effet, l’expert financier Hachemi Siagh a préconisé une combinaison entre les financements interne et externe pour pouvoir faire face aux besoins de financement.
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Allant au delà du secteur énergétique, il a préconisé une refondation du code de commerce en vigueur afin de permettre l’accès aux emprunts obligataires pour les nouveaux investisseurs n’ayant pas encore 3 années d’activités.
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De son côté, l’économiste Abdelatif Benachenou a estimé que le secteur pétrolier mondial est entré dans une phase de “déprime” en raison de la crise financière qui s’est propagée à travers tous les secteurs exportateurs des différentes économies mondiales.
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M. Benachenhou a estimé que l’Algérie ”s’installe sur un marché pétrolier dont la tendance est baissière pour les deux ou trois années à venir”.
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Mais à moyen à terme, a-t-il anticipé, la situation va changer du fait d’un déséquilibre entre l’offre et la demande induit par le report des programmes d’investissements des sociétés pétrolières à travers le monde, ce qui va engendrer un retour à la hausse des prix du brut.
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L’expert a également expliqué que le “project financing” fait assumer aux banques publiques tous les risques systémiques, ajoutant que l’Etat ne doit pas être le seul garant du crédit et ne doit pas subventionner les taux des crédits comme il le fait actuellement.
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Concernant la croissance, le même intervenant prévoit que l’Algérie allait entrer, du moins à court terme, dans une croissance ”un peu plus molle” qu’en 2006-2007 mais a admis que le pays n’est pas dans le scénario de certains pays qui sont entrés en récession.
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Pour ”booster” cette croissance, M. Benachenhou propose plus d’efficacité dans les secteurs qui ont le plus grand impact social que sont l’agriculture et la construction en suggérant pour ces derniers une augmentation de la dépense publique du fait qu’ils représentent, selon lui, les deux secteurs plus gros créateurs d’emploi et de richesses. « il faut redéfinir les priorités désormais », a-t-il enfin conclu.