Le Mexique élit son président et son Parlement
Les Mexicains exaspérés par la violence liée aux trafiquants de drogue se rendaient dimanche aux urnes pour décider d’un éventuel retour au pouvoir du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), battu en 2000 après 71 ans de domination controversée.
Quelque 79,5 millions d’électeurs sont appelés à voter depuis 08h00 locales (13h00 GMT) pour une élection présidentielle au scrutin majoritaire à un tour, et afin de renouveler les deux chambres du Parlement, la Chambre des députés et le Sénat, ainsi que pour élire plusieurs autorités locales.
Les derniers sondages d’opinion s’accordaient sur une victoire du candidat du PRI, allié au Parti Vert, le télégénique Enrique Peña Nieto, crédité d’une avance de 10 à 17 points sur le candidat de coalition de la gauche, Andre Manuel Lopez Obrador, 58 ans.
La candidate du parti gouvernemental, le Parti action nationale (PAN, conservateur), Josefina Vazquez Mota, 51 ans, a été reléguée à la troisième place dans le courant de la campagne. Le quatrième aspirant, Gabriel Quadri, du petit parti Nouvelle Alliance (Panal), lié au syndicat des enseignants, est crédité de 2 à 4% des intentions de vote.
Peña Nieto, un avocat de 45 ans, promet un “gouvernement efficace” qui permette la baisse de la criminalité dans un pays traumatisé par la violence, ainsi qu’une croissance économique engendrant une baisse de la pauvreté qui touche plus de 46% des 112 millions de Mexicains.
Les fusillades, les corps décapités et les tueries massives sont le lot quotidien d’un pays où le gouvernement du président Felipe Calderon a mobilisé massivement les militaires pour combattre les cartels de la drogue à son arrivée au pouvoir en décembre 2006, avec un bilan plus de 50.000 morts en cinq ans.
Après avoir gouverné le Mexique de 1929 à 2000, le PRI cherchera non seulement à accéder de nouveau à la présidence après 12 ans de traversée du désert, mais il espère aussi remporter une majorité dans les deux chambres du Parlement (500 députés et 128 sénateurs).
Lopez Obrador, ancien maire de Mexico (2000-2005), rejette un retour du PRI, accusé d’autoritarisme et de corruption, au profit d’un régime générateur d’emplois. Il a tenu un discours modéré pour tenter de faire oublier l’image d’intransigeance que lui avait valu une longue campagne de protestation contre le résultat contesté des élections de 2006, perdues par un écart de 0,56%.
Dépassée en cours de campagne par Lopez Obrador, la candidate du PAN, première femme d’un grand parti candidate à la présidence mexicaine risque de pâtir de l’impopularité de la guerre engagée contre les cartels de la drogue dès son arrivée au pouvoir en décembre 2006 par le président Calderon, avec l’appui massif de l’armée.
Outre un fort dispositif de sécurité, les élections mexicaines seront les plus contrôlées de l’histoire du Mexique, avec un système de comptage électronique modernisé, environ 700 observateurs internationaux, un million de citoyens représentant les partis politiques dans les bureaux de vote.
Toutefois, de nombreux doutes subsistent sur le bon déroulement du scrutin et 71% des Mexicains prévoient une certaine dose de fraude, crainte nourrie par l’histoire électorale du Mexique.
Le mouvement étudiant îYoSoy132 (“Je suis le 132ème), apparu dans le courant du mois de mai contre le retour annoncé du PRI et l’influence des puissants organes de communication comme la chaîne de télévision Televisa en sa faveur, a organisé une marche silencieuse samedi soir au centre de Mexico pour réclamer des élections transparentes.
La tendance du scrutin devrait être connue à 20H00 dimanche (01H00 GMT lundi) grâce aux sondages à la sortie des bureaux de vote de plusieurs médias et officialisée à 23H45 (04H45 GMT lundi) par l’Institut fédéral électoral (IFE), sur la base d’un échantillon représentatif de suffrages dépouillés.