Le président sahraoui s'adresse au roi du Maroc à travers Echorouk: « Mefiez-vous de ceux qui vous poussent à entrer dans une guerre perdue »
Les autorités marocaines adhérent à une campagne contre la communauté internationale, loin des promesses d’ouverture, de transparence et de respect des droits élémentaires promis depuis 1999, à travers la « fermeture » du territoire sahraoui aux observateurs internationaux, journalistes et parlementaires.
Lettre ouverte à Mohamed VI, roi du Royaume du Maroc
Bir Lahlou le 09 décembre 2010
Sa majesté le roi
L’occasion est encore devant vous de réfléchir avec sagesse à la situation désastreuse que connait actuellement la région. Vous pouvez imaginer les conséquences fâcheuses que connaitrait la région si le gouvernement marocain ne cède pas à la volonté populaire sahraouie et à la volonté de la communauté internationale d’organiser un referendum d’autodétermination et approuvé par le conseil de sécurité de l’ONU en 1991. Le referendum de l’autodétermination est la solution démocratique de la question sahraouie. Lors de son discours prononcé à la 37eme session de l’Assemblée Général des Nations Unies en mois de septembre 1983, votre défunt père avait déclaré « le Maroc est disposé à partir de demain à accorder des facilités aux observateurs internationaux et de mettre un terme à la violence afin de consulter le peuple…le Maroc s’engage devant l’assemblée de respecter la décision d’un referendum ». Constatez vous-même que votre défunt père a su que la violence ne peut résoudre la question du Sahara Occidental et ne peut faire taire la volonté populaire. Ainsi il s’était rendu compte de la nécessité de recourir à l’arbitrage démocratique. « Je ne veux qu’un referendum d’autodétermination, je ne veux qu’un referendum d’autodétermination, je ne veux qu’un referendum d’autodétermination » a répété votre défunt père en répondant à l’ex envoyé personnelle du Secrétaire Général des Nations Unies James Becker lors de leur première rencontre en mois d’avril 1997. Avec sa sagesse, il a déduit l’échec de toute autre issue en dehors du referendum d’autodétermination. Il était clair pour lui que la seule solution à la question sahraouie était l’organisation pour connaitre la volonté du peuple sahraoui. Après de longues années d’affrontement entre les deux pays et les deux peuples, votre défunt père a décidé avec conviction et avec courage d’entrer avec nous dans un dialogue afin d’atteindre la paix. Quoique nous sommes convaincus que vous pouvez toujours tirer des leçons de la série d’événements tragiques qui ont suivi le refus du gouvernement marocain du referendum d’autodétermination, dont le carnage de Akdam Izil, nous craignons que certaines parties poussent votre royaume vers le mauvais chemin et les mauvaises décisions pour de longues années encore avant de vous rendre à l’évidence qu’il n’ y aura jamais une solution à la cause sahraoui en dehors d’un référendum d’autodétermination.
Sa majesté le roi
Le moment est crucial, les ténèbres dans lesquelles s’est enfoncé le processus du règlement pacifique du conflit doivent être des justifications suffisantes pour barrer la route à certains cercles qui vont contre les intérêts de leur royaume. Ces personnes là, veulent compliquer davantage la situation dans la région.
Le moment est décisif, vous êtes plus que jamais devant un tournant de l’histoire. La blessure profonde d’el Ayoun et la montée du chauvinisme au niveau de la région sont des indicateurs alarmants qui nécessitent de de nous préoccuper de nos deux pays. Massacrer, torturer, humilier les sahraouis, confisquer leur terre, exploiter leurs richesses et violer leurs femmes ne peut en aucun cas être une source de fierté ni de gloire pour votre trône.
L’histoire de Timor Oriental, de l’Afrique du Sud et de la Namibie, pour ne citer que ces trois Etats, nous apprend que malgré les difficultés, les souffrances et les sacrifices, le peuple finit toujours par atteindre ses rêves légitimes d’indépendance, de paix et de liberté. Ces pays ont vécu des moments difficiles avant que la vérité triomphe. Nous au front populaire pour la libération de Sakia el Hamra et Oued Ed Dahab, nous ne voulons pas un Maroc faible, par ce que nous croyons que la paix n’est pas construite par les puissants, et nous ne voulons pas un Maroc isolé sur la scène internationale comme c’est le cas actuellement, par ce que l’isolement peut mener au suicide. Ceux qui vous conseillent, soit au Maroc soit à l’étranger, de refuser l’arbitrage démocratique à travers l’organisation d’un référendum d’autodétermination, poussent de plus en plus le Maroc vers l’isolement, vers davantage de complications et à l’explosion de la région. Ce scenario va à l’encontre des intérêts du Maroc et de sa stabilité.
Alors que nous célébrons la déclaration historique des Nations Unies sur l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux, et alors que nous nous apprêtons à envoyer notre délégation pour une nouvelle session de rencontres directes sous l’égide des nations unies, je vous appelle à tirer des leçons des derniers événements tragiques qui ont eu lieu à el Ayoun et je vous demande de mettre votre main dans la notre pour instaurer une véritable paix et pour un meilleur avenir dans la région. Profitons de cette occasion pour épargner nos deux peuples de nouvelles souffrances et construisons un Maghreb arabe uni, prospère et équitable.
Sa majesté est appelée, aujourd’hui plus que jamais, d’honorer la mémoire de votre défunt père, Hassan II, de respecter ses engagements et les conventions internationales qu’il a ratifié avec la partie sahraouie. Votre défunt père voulait consulter le peuple sahraoui à travers un referendum libre, démocratique et crédible sous la supervision des Nations Unies.
Veuillez agréer, sa majesté, l’assurance de mon profond respect
Mohamed Abdelaziz
Président de la République Arabe Sahraouie Démocratique
Secrétaire général du Font Polisario