Le sultan d’Oman tire sa révérence
Le sultan Qabous d’Oman est mort à l’âge de 79 ans après un demi-siècle de règne, a annoncé, samedi 11 janvier, son cabinet. «C’est avec tristesse (…) que le sultanat d’Oman pleure notre sultan Qabous Ben Saïd qui a été rappelé à Dieu vendredi soir», a déclaré sur Twitter le ministère omanais de l’information.
Le 31 décembre, les médias d’Etat avaient annoncé que le sultan se trouvait dans un «état stable» après plusieurs semaines de rumeurs sur sa santé – des diplomates évoquant un cancer du côlon. Ses multiples hospitalisations en Allemagne avaient déjà suscité des inquiétudes sur sa succession et la stabilité de ce pays du Golfe.
Né le 18 novembre 1940 à Salalah, dans la province du Dhofar au sud du pays, où il a été à l’école, Qabous Ben Saïd entre à 20 ans à la Royal Military Academy de Sandhurst, au Royaume-Uni d’où il sort lieutenant après deux ans d’études. Il passe ensuite un an au sein d’un bataillon de l’armée britannique basé en Allemagne.
Le 23 juillet 1970, il accède au trône après avoir renversé son père et entreprend de moderniser ce qui est alors le pays le plus pauvre de la péninsule arabique, mais qui commence à exporter du pétrole.
Devenu le huitième souverain Al Bou Saïd, une dynastie au pouvoir depuis 1749, il proclame le « sultanat d’Oman», et non plus «le sultanat d’Oman et Mascate», terminologie qui rappelait son éternelle division, et change le drapeau et la monnaie. Il fait appel aux rares diplômés locaux et exhorte les Omanais en exil à rentrer pour mettre en place un gouvernement et engager le développement du pays, qui manquait alors de routes, d’écoles et d’hôpitaux.
Haitham Ben Tarek succède au sultan Qabous Ben Saïd
Haitham ben Tarek, ministre du patrimoine et de la culture et cousin du défunt, a prêté serment comme nouveau sultan d’Oman, a annoncé un peu plus tard samedi le gouvernement. «Haitham ben Tarek a prêté serment comme nouveau souverain (…) après une réunion de la famille royale qui a validé le choix (d’un successeur fait par le défunt) sultan», a écrit le gouvernement sur Twitter.
Haitham ben Tarek a pris l’engagement samedi de poursuivre la politique étrangère de «non-ingérence» de son prédécesseur. «Nous allons suivre la voie tracée par le sultan défunt», a-t-il déclaré dans son premier discours en sa qualité de nouveau sultan. Il a ajouté que son pays continuerait «à favoriser des solutions pacifiques» aux crises régionales et mondiales.
« Printemps arabe »
En 1994, le premier ministre israélien Yitzhak Rabin se rend à Mascate à l’invitation du sultan. Cette initiative est suivie en 1996 par l’échange avec Israël de bureaux commerciaux à Mascate et Tel-Aviv. Ils seront cependant fermés en 2000 au début de la deuxième Intifada, le soulèvement palestinien. Le sultan reçoit également à Mascate en octobre 2018 le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, sans que cela ne débouche sur la réouverture de ces bureaux.
En dépit de sa relative prospérité, Oman, grâce à ses ressources pétrolières, n’a pas été épargné par la contestation dans le sillage du «printemps arabe». Qabous y a réagi en 2012 en procédant à un important remaniement ministériel, écartant notamment des ministres accusés de corruption.
Cumulant tous les pouvoirs, il était à la fois chef de l’Etat et chef du gouvernement, ministre des affaires étrangères, de la défense et des finances. Il nommait les autres membres du gouvernement. Un «Majlis Al-Choura» (Conseil consultatif) a été élu au suffrage universel direct, pour la première fois en 2003.
Ni enfant ni frère, et pas de successeur désigné
L’état de santé du sultan Qabous, qui a multiplié les «examens médicaux» en Europe ces dernières années, suscitait déjà des inquiétudes sur la stabilité et la position d’Oman, surtout que le nom de son successeur n’est toujours pas connu.
Le sultan, brièvement marié en 1976 à une cousine, n’avait pas d’enfants ni de frères. Il devait, d’après la Constitution, écrire une lettre désignant son successeur au sein de la dynastie royale, qui sera ouverte si sa famille ne parvient pas à s’accorder sur un nom dans un délai de trois jours après sa mort.
Le nouveau sultan doit être un membre de la famille royale, «musulman, adulte, rationnel et fils légitime de parents musulmans omanais». Selon des experts, plus de 80 personnes de la famille du sultan peuvent potentiellement lui succéder. Assad Ben Tarek, neveu du sultan âgé de 65 ans, est considéré comme l’un des principaux favoris, surtout depuis sa nomination en 2017 au poste de vice-premier ministre chargé des relations internationales et des affaires de coopération.
Oman, qui compte 4,6 millions d’habitants – dont la moitié sont des étrangers –, est un producteur de pétrole moyen, qui pompe environ 1 million de barils par jour. Il n’est pas membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).