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Les partis partagés sur le quota à attribuer aux femmes dans les assemblées élues

الشروق أونلاين
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Les partis politiques sont partagés, entre partisans et opposants, sur la question du quota à attribuer aux femmes, une disposition prévue dans le projet de loi organique fixant les modalités d’élargissement de la représentation des femmes dans les assemblées élues, devant être examiné jeudi prochain à l’Assemblée populaire nationale (APN).

 

Deux formations politiques, le parti du Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND), disposant de la majorité des sièges dans les deux chambres du Parlement, trouvent que la mise en place d’un système de quota est un premier pas vers l’instauration d’une vraie démocratie. “Fort de son expérience et sa sagesse”, le parti du FLN est favorable à un minimum de “20 %” de représentation féminine dans les assemblées élues, même si, sur le plan du principe, il n’est pas favorable au système des quotas, a indiqué son porte-parole, Kassa Aissi, contacté par l’APS. Il a relevé que des femmes se sont distinguées dans beaucoup de kasmas du FLN, même dans les régions les plus éloignées, comme à Tamanrasset (extrême sud du pays), et que son parti n’a pas attendu la promulgation d’une loi pour intégrer la femme dans ses rangs. Et même si la Constitution (article 29) interdit toute discrimination entre les sexes, le parti du FLN voit en le projet soumis à l’APN une “discrimination positive et constructive”. Le projet de loi organique fixant les modalités d’élargissement de la représentation des femmes dans les assembles élues stipule que chaque liste de candidats doit comporter une proportion de femmes qui ne peut être inférieure au tiers (1/3) du nombre total des candidats de la liste sous peine de rejet. Le président de la commission des affaires juridiques, administratives et des libertés de l’APN, Cherif Nezzar, a indiqué qu’après examen du projet, la commission a introduit deux amendements, dont celui de ramener la proportion de femmes exigée dans une liste de 30 % à 20 %. Cet amendement vise, selon lui, à mettre en adéquation cette loi, temporairement, avec la réalité sociale et les traditions et spécificités des régions du pays, en attendant que la plénière de l’Assemblée fasse ses propositions jeudi prochain. Le RND pense aussi que le quota imposé aux partis est une “première étape qui permettra aux femmes d’être présentes dans les assemblées élues, au même titre que les hommes”, a déclaré le porte-parole du parti, Miloud Chorfi. C’est aussi une application de l’article 31 bis de la Constitution, amendée en 2008, qui énonce que l’Etat £uvre à la promotion des droits politiques de la femme en augmentant ses chances d’accès à la représentation dans les assemblées élus, a relevé M. Chorfi. En revanche, plusieurs autres partis estiment que le projet de loi en question, qui accorde aux femmes un quota de 30%, constitue une “ingérence” de l’administration dans les activités des partis et ne prend pas en compte les spécificités des zones enclavées du pays, “ou, parfois, la femme ne vote même pas”. A la tête de cette tendance, le partenaire du FLN et du RND au sein de l’Alliance présidentielle, le mouvement de la société pour la paix (MSP). Selon le président de ce parti, Aboudjerra Soltani, le “saut quantitatif” que propose le projet quant à la représentation des femmes dans les assemblées élues est “exagéré” et “n’est pas pratique”. “Passer de 7% de représentation actuelle (des femmes) à 30 % est une décision qui ne prend pas en compte le niveau culturel et les mentalités de la société”, a-t-il estimé. M. Soltani a affirmé, par contre, que sa formation est pour le principe d’intégrer la femme dans tous les aspects de la vie sociale, culturelle, économique et politique. Il a proposé que le quota soit maintenu uniquement pour les Assemblées populaires communales (APC) et d’aller, graduellement, vers une plus grande représentation féminine dans les autres assemblées. Pour le MSP, le quota, tel que proposé dans le projet, “essuiera un échec” une fois confronté à la réalité et posera des problèmes “dans au moins 30 wilayas”. Le Parti des travailleurs (PT) se positionne aussi contre le système des quotas, estimant que “d’autres conditions sociales et moyens sont nécessaires pour (…) encourager la femme à faire de la politique”. Le porte-parole du PT, Djoudi Djelloul, s’interroge, à ce propos, “pourquoi le Code de la famille continue à considérer la femme comme un mineur ?”. Pour lui, c’est par cette loi que doit commencer l’octroi de ses droits à la femme. M. Djoudi a ajouté que “le projet du quota” est en “nette contradiction” avec l’article 29 de la Constitution interdisant toute discrimination, estimant qu’il poussera les partis à “mettre n’importe qui” sur leurs listes, quand ils ne disposeront pas du nombre de femmes requis par la loi. Tout en réaffirmant que le PT est pour l’égalité en droits entre les femmes et les hommes, il a noté qu’il n’est pas judicieux d’imposer un quelconque quota “si l’on vise une représentation de qualité” dans les assemblées. Le Front national algérien (FNA) juge, pour sa part, le projet “anticonstitutionnel”, soutenant que le système de quotas “n’a été imposé nulle part ailleurs”. D’après son président, Moussa Touati, une proportion de 30% est “une humiliation pour la femme qui vaut mieux que ça” et “une ingérence de l’administration dans les activités internes des partis qui vise à les mettre sous tutelle”. Le plus important pour le FNA, c’est de permettre à la femme d’accéder aux postes “clés” dans l’exécutif et aux “hauts” postes de responsabilité et de décision. Fateh Rabie, président du mouvement Ennahda (MN) privilégie, également, une “concurrence ouverte et loyale” entre hommes et femmes, tout en relevant que le projet “ne convient pas dans plusieurs régions du pays” où “des traditions ancrées n’admettent pas que la femme fasse de la politique”. Pour lui, il est tout simplement “inconcevable” d’imposer, “et d’un seul coup”, un quota qui “ne respecte pas le principe de graduation et qui amènera les partis à faire figurer sur leurs listes des candidates qui ne satisfont pas aux critères de militantisme, de compétence et de conviction”. Le même avis est exprimé par le mouvement El Islah qui constate que “la femme s’est imposée graduellement dans plusieurs secteurs d’activité, notamment la santé et l’éducation, d’où la nécessité de “la laisser, a-t-il préconisé, évoluer naturellement vers une plus grande participation à la vie politique”. De son côté, le FFS pense que l’introduction du quota des femmes dans le contexte actuel du pays “ne servira, en définitive, qu’à fausser le débat” et ne constituera pour le pouvoir qu’une “façade politique” vis-à-vis de l’étranger. Cependant, du point de vue du sociologue Nacer Djabi, les partis politiques assument une grande responsabilité dans la faible représentation des femmes dans les assemblées élues et en politique, en général. “C’est l’exclusion qui explique son absence (la femme) de la vie politique”, a affirmé le Pr Djabi. Certes, les “mentalités” et le “fait culturel”, entre autres, sont, dit-il, des obstacles à la participation des femmes à la politique, “mais cela n’explique pas tout”, selon lui. “Si la représentation des femmes est minime, c’est aussi la responsabilité des partis qui en sont le vecteur mais qui ne font rien pour encourager la participation des femmes”, a affirmé le sociologue. Mettant en cause le “conservatisme” qui caractérise la majorité des responsables de partis, il a mis en exergue que la femme s’est imposée partout dans la société et prouvé qu’elle était qualifiée, donnant l’exemple de ses résultats scolaires et universitaires et de sa présence dans le monde du travail. Pour le Pr Djabi, mettre en place un système de quota, est un “moyen pour les femmes, d’arracher leurs droits vu le contexte social”.

 

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