Les rebelles pensent avoir localisé Kadhafi
Les rebelles libyens tentaient jeudi de prendre le contrôle des dernières poches de résistance à Tripoli et de se rapprocher de Syrte, ville natale et bastion de Mouammar Kadhafi, l’ancien «Guide» dont la tête est désormais mise à prix.
16 h 50. Opposée aux frappes en Libye, la Chine a accueilli jeudi avec tiédeur l’invitation lancée par le président français Nicolas Sarkozy à participer à une conférence à Paris sur la Libye.
A l’issue d’un entretien à Pékin jeudi avec son homologue Hu Jintao, M. Sarkozy n’a pas pu faire état d’une acceptation immédiate du chef de l’Etat chinois dont le pays a été invité à la conférence prévue le 1er septembre.
«La position chinoise était, on peut le dire, réservée, sur la question de l’intervention» en Libye, a rappelé M. Sarkozy, «nous leur avons proposé d’être invités à la conférence de Paris qui préparera la Libye libre, la Libye de demain».
16 h 19. L’Afrique du Sud devrait remplacer la Libye en tant que pays-hôte de la Coupe d’Afrique des nations 2013, suite à un accord d’échange qui verra la Libye accueillir le tournoi en 2017, a annoncé l’Association sud-africaine de football (Safa) jeudi sur son site internet.
«Aux termes de l’accord, la Libye va accueillir la Coupe d’Afrique 2017 qui avait été attribuée à l’Afrique du Sud, tandis que la Safa va reprendre l’accueil du tournoi de 2013», a indiqué la fédération sud-africaine dans un communiqué.
«Cet accord intervient après les bouleversements politiques en Libye», a-t-elle expliqué, précisant qu’il «est soumis à ratification par la Confédération africaine de football (CAF) lors de la prochaine réunion de son comité exécutif», le 28 septembre au Caire.
15 h 25. Mahmoud Jibril, numéro deux de la rébellion libyenne, a demandé jeudi «une aide urgente» pour son pays aux prises à de grandes difficultés économiques, à l’issue d’une rencontre avec le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi à Milan (nord).
«Nous nourrissons de grandes attentes» envers la communauté internationale car «nous avons besoin d’une aide urgente», a-t-il dit, parlant en premier lieu des «personnes qui n’ont pas reçu de salaires depuis des mois» en Libye.
15 h 23. Le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé a estimé jeudi que le déblocage aux Nations unies des avoirs libyens pourrait intervenir «assez vite», en dépit de «quelques réticences, en particulier de l’Afrique du Sud», soulignant les besoins financiers des rebelles.
«Aujourd’hui, je ne sais pas. Mais ça peut se débloquer assez vite», a déclaré M. Juppé, interrogé par l’AFP sur la perspective d’une résolution à l’ONU dès ce jeudi comme évoqué par Londres.
15 h 21. Quatre journalistes italiens qui avaient été enlevés mercredi en Libye ont été libérés, a indiqué jeudi le ministère des Affaires étrangères confirmant une information donnée sur son site internet par le journal Corriere della Sera.
Les quatre journalistes, dont deux du Corriere, voyageaient en voiture de Zawiyah, à 40 km de la capitale libyenne, vers Tripoli quand un groupe de combattants loyaux à Mouammar Kadhafi avait arrêté leur véhicule et tué leur chauffeur. Ils avaient été transférés dans une maison à Tripoli.
13 h 30. Berlusconi voit Jibril pour tenter de maintenir les positions de l’Italie en Libye
Le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi rencontrait jeudi le numéro deux de la rébellion libyenne Mahmoud Jibril pour parler de la reconstruction du pays, dans l’espoir de maintenir la position privilégiée que s’était ménagée l’Italie ces dernières années.
L’entretien a commencé à l’avance, peu après 10H00 GMT à la préfecture de Milan (nord). Les deux hommes doivent discuter de l’aide italienne dans l’ère post-Kadhafi et de la relance des installations de l’italien ENI, qui était avant le conflit le premier producteur étranger de pétrole.
Lors de l’entrevue, l’Italie devrait annoncer une aide de 450 millions d’euros, sans attendre le dégel des avoirs libyens par l’ONU et l’UE, selon le journal Repubblica, qui affirme que les Italiens seront «les Européens qui donnent le plus».
Pour Repubblica, Rome cherche à ne pas se laisser distancer par Paris et Londres alors que la France a annoncé mercredi la tenue le 1er septembre à Paris d’une «grande conférence internationale pour aider la Libye libre».
L’Italie a aussi multiplié ces derniers jours les déclarations rassurantes sur le sort des firmes italiennes en Libye. Pas d’inquiétude, selon le chef de la diplomatie Franco Frattini, car «le nouveau gouvernement libyen respectera tous les contrats».
Silvio Berlusconi et le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi avaient signé en 2008 un Traité d’amitié pour mettre fin au différend colonial, qui est de facto suspendu mais que Rome juge toujours valable car signé entre deux pays.
Le Traité prévoit le versement par l’Italie de 5 milliards de dollars sur 25 ans en dédommagement de la colonisation (1911-1942), sous forme d’investissements dans de grandes infrastructures (autoroute, ligne ferroviaire). Grâce à cet accord, de nombreuses firmes italiennes ont décroché de juteux contrats en Libye: de Finmeccanica (ferroviaire, trafic routier) à Impregilo (BTP).
Avant l’insurrection, l’Italie était aussi devenue le premier partenaire commercial de la Libye et plus de 180 entreprises italiennes y étaient installées.
11 h 27. Des Français et Britanniques opérant en civil sont déployés depuis plusieurs semaines sur le front Est aux côtés des rebelles libyens, a constaté un journaliste de l’AFP.
Ces agents sont installés dans l’enceinte de la raffinerie à l’arrêt de Zuwaytinah, à environ 150 kilomètres au sud-ouest de Benghazi, le siège du Conseil national de transition (CNT), organe politique de la rébellion libyenne.
Etendue dans les sables du désert sur plusieurs kilomètres carrés le long de la côte méditerranéenne, la raffinerie abrite le PC de Fawzi Boukatif, commandant rebelle pour tout le front Est.
Des Français et des Britanniques ont pris leurs quartiers dans deux conteneurs en bord de mer. Les Français occupent l’un d’entre eux, les Britanniques, également en civil ou en tenue camouflée et dépareillée, sont dans le conteneur voisin, le long de l’une des anciennes pistes d’atterrissage de la raffinerie.
Disposant de moyens de communication, arborant une barbe fournie pour certains, ils sont installés à quelques pas du PC de Fawzi Boukatif, une vaste salle radio aux murs couverts de cartes d’état-major et de photos satellites, selon le journaliste de l’AFP.
Officiellement cependant, il n’y a «pas de forces spéciales françaises au sol» en Libye, selon le président français Nicolas Sarkozy.
Seules «quelques dizaines» de conseillers militaires «placées auprès de l’envoyé spécial de l’ONU assurent la liaison pour les affaires militaires avec le CNT», selon l’état-major français.
Le gouvernement français a cependant reconnu avoir parachuté des armes pour les rebelles dans les montagnes de Nefoussa, au sud-ouest de la capitale. Et les combattants insurgés ont reçu une aide militaire de plusieurs pays arabes, en particulier du Qatar.
11 h 00. Aucun combat n’était audible jeudi matin dans le centre de Tripoli, où les rebelles traquaient toujours le colonel Mouammar Kadhafi et ses fils et se préparaient à lutter contre deux quartiers encore aux mains des forces loyales au «Guide», a constaté un journaliste de l’AFP.
Seuls quelques coups de feu résonnaient dans la ville, a-t-il relevé.
Selon plusieurs combattants rebelles, les forces pro-Kadhafi sont désormais concentrées dans les quartiers d’Abou Salim et de Hatba Charkia. La majorité des troupes, équipées d’armes lourdes, se trouvent dans le premier, tandis que le deuxième est surtout le siège de tireurs embusqués sans arme lourde.
10 h 33. Le ministre britannique de la Défense Liam Fox a estimé «probable» qu’une résolution des Nations Unies appelle au déblocage des actifs libyens «peut-être plus tard dans la journée» de jeudi.
«L’obstacle semble être pour le moment l’Afrique du Sud», a indiqué M. Fox. «Ils disent que cela reviendrait à prendre position en faveur d’un camp».
«Nous devons leur dire qu’il est très clair que le peuple libyen a pris position en faveur d’un camp, il sont du côté de la liberté et de la capacité à déterminer leur propre avenir, et il n’y a pas si longtemps, en Afrique du Sud, le peuple demandait à la communauté internationale de venir à son secours contre l’apartheid», a-t-il souligné.
10 h 20. Le dirigeant libyen en fuite Mouammar Kadhafi utilisera les réserves d’or du pays pour «corrompre afin d’obtenir une protection et semer le chaos», a estimé jeudi Farhat Bengdara, ex-gouverneur de la Banque centrale libyenne, dans une interview au Corriere della Sera.
«A Tripoli, il y a physiquement des réserves d’or pour dix milliards de dollars. Maintenant qu’il est en fuite, Kadhafi pourrait avoir pris une partie de cet or», a dit M. Bengdara.
«Il cherche certainement à payer et corrompre des tribus ou des miliciens pour obtenir une protection et semer le chaos», a ajouté le banquier qui a rejoint depuis plusieurs mois la rébellion libyenne.
10 h 17. L’Otan contribue à la traque du dirigeant libyen en fuite Mouammar Kadhafi en fournissant «des renseignements et des équipements de reconnaissance», a indiqué jeudi le ministre britannique de la Défense Liam Fox, sur la chaîne privée Sky News.
Le ministère de la Défense a expliqué qu’il s’agissait de matériels militaires tels «qu’avions et matériels aériens». Interrogé sur la présence de commandos SAS britanniques, le porte-parole a répondu: «Nous ne pouvons faire aucun commentaire sur les forces spéciales pour le moment».
Selon le quotidien Daily Telegraph, des membres des SAS (special air service) sont déployés sur le terrain en Libye.
L’après-Kadhafi se prépare mais la traque se poursuit
A l’étranger, l’après-Kadhafi commence à se préparer. Les Nations unies discutent du dégel des avoirs libyens pour aider les rebelles, et la France a annoncé une conférence des «amis de la Libye» le 1er septembre à Paris.
Quatre reporters italiens ont été enlevés alors qu’ils voyageaient en voiture sur la route entre Zawiyah et Tripoli. Des combattants loyalistes ont arrêté leur véhicule et tué leur chauffeur, selon l’agence italienne Ansa.
En revanche, la trentaine de journalistes retenus depuis samedi à l’hôtel Rixos, près du quartier général du colonel Kadhafi, ont été relâchés grâce à l’aide de la Croix-Rouge. Mercredi soir, les rebelles contrôlaient le Rixos, sans affrontements.
Dans la journée de mercredi, des combats se sont poursuivis à Bab al-Aziziya, autour du QG du colonel, et dans le quartier voisin d’Abou Slim, fief des troupes fidèles au régime. Ils ont cessé en début de soirée, laissant place à des tirs sporadiques.
Selon les journalistes de l’AFP, les rebelles semblaient contrôler tout le centre-ville de la capitale. Ils paradaient sur la place des Martyrs, ancienne place Verte, symbole du régime. Mais dans la journée, les rues sont restées quasi-désertes, en raison de la présence de tireurs embusqués.
Pour les rebelles combattant à Tripoli, une autre priorité était la sécurisation de la route menant à l’aéroport, où ils se heurtaient à une résistance acharnée.
Mouammar Kadhafi restait toujours introuvable et pour faciliter sa traque, les rebelles ont annoncé une récompense de près de 1,7 million de dollars (2 millions de dinars libyens) à quiconque permettrait de le retrouver, vivant ou mort.
Les rebelles ont également offert l’immunité à tout proche de Kadhafi qui déciderait de le tuer ou de le livrer.
«Le régime de Mouammar Kadhafi ne sera pas fini tant qu’il ne sera pas capturé vivant ou mort», a affirmé le chef du Conseil national de transition (CNT), organe politique des rebelles, Moustapha Abdeljalil.
Conférence internationale sur la Libye le 1er septembre à Paris
Dans la nuit de mardi à mercredi, le colonel Kadhafi a une fois de plus défié la rébellion et appelé à la poursuite du combat.
Dans le premier, diffusé par la télévision Al-Orouba, l’ancien «Guide» a affirmé avoir abandonné son QG pour des «raisons tactiques». Dans le deuxième, diffusé par la chaîne Arrai, il a affirmé s’être «promené incognito» dans Tripoli et y avoir «vu des jeunes prêts à défendre leur ville».
Selon le colonel rebelle Abdallah Abou Afra, le territoire libyen est désormais «à 90% ou 95% sous le contrôle de la rébellion». Mais sur le front Est, les rebelles ont reconnu faire face à une résistance inattendue à Ben Jawad, qui entrave leur progression vers Syrte.
Et dans l’Ouest, des forces loyales à Mouammar Kadhafi encerclaient et bombardaient Zouara, sur la route côtière menant à la frontière tunisienne. Les rebelles, qui tenaient le centre-ville, ont demandé l’aide des combattants des montagnes de Nefoussa.
Depuis samedi, le poste-frontière de Dehiba entre la Tunisie et la Libye au sud-ouest de Tripoli, a vu passer plus de 10.000 personnes. Les uns rentraient chez eux en «Libye libre», heureux et impatients après s’être réfugiés pendant des mois en Tunisie, d’autres, inquiets, fuyaient les combats à Tripoli.
Au Canada, une société de sécurité a annoncé avoir livré fin juillet aux rebelles de Misrata un drone miniature pour espionner des troupes loyalistes.
Pendant ce temps, la communauté internationale multipliait les initiatives pour préparer l’après-Kadhafi. Le président français Nicolas Sarkozy a annoncé la tenue le 1er septembre à Paris d’une «une grande conférence internationale pour aider la Libye libre de demain».
Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est de son côté réuni mercredi soir pour discuter d’une proposition américaine de déblocage des avoirs libyens gelés afin de venir en aide au CNT.
Washington souhaite débloquer immédiatement 1,5 milliard de dollars mais l’Afrique du Sud a demandé que l’ONU attende de savoir si l’Union africaine décide ou non de reconnaître le CNT, au cours d’une réunion prévue jeudi.
D’autre part, M. Sarkozy a affirmé que les opérations militaires de la coalition internationale cesseraient dès que le colonel Kadhafi et ses proches ne représenteraient «plus une menace pour le peuple libyen».
Une dizaine de nouveaux pays, dont le Tchad et le Burkina Faso, jusqu’alors alliés de Mouammar Kadhafi, ont reconnu depuis mardi le CNT comme «représentant légitime du peuple libyen», portant à 45 le nombre de capitales l’ayant fait.
Le Nicaragua s’est en revanche dit prêt à accorder l’asile à M. Kadhafi, tandis que le président vénézuélien, Hugo Chavez, l’un des soutiens les plus indéfectibles de Kadhafi, a évoqué une «tragédie» en Libye, affirmant en outre que l’ambassade du Venezuela à Tripoli avait été «mise à sac».