Libye : les pro-Kadhafi, chassés de Misrata, attaquent le port
Les forces pro-Kadhafi ont attaqué mardi le port de Misrata, et la rébellion a assuré que le dirigeant libyen s'engageait dans une bataille perdue.
Plusieurs roquettes Grad ont touché le port à 12 km à l’est de Misrata, seul lien avec le monde extérieur pour cette grande ville côtière à 200 km à l’est de Tripoli dont les forces pro-Kadhafi ont coupé tous les accès routiers. Un bateau de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), venu poursuivre l’évacuation des milliers d’Africains bloqués dans la ville, a dû s’éloigner de 2 km au large par mesure de sécurité. Selon des rebelles, il a quitté le port à la demande de l’Otan. « Plusieurs réfugiés ont été blessés par le bombardement. Il y a peut-être des morts, nous n’avons pas de précisions pour le moment », a déclaré le docteur Khalid Abou Falra dans le principal hôpital de la ville. Selon des rebelles, une vingtaine de véhicules des forces gouvernementales approchaient du port vers 15H30 locales. Des avions de l’Otan survolaient la ville, où des explosions espacées étaient également audibles, après une accalmie de 24 heures. Selon des journalistes présents dans le port, ils ont mené au moins une frappe.
Misrata a connu ces derniers jours de violents combats au cours desquels les rebelles ont repoussé les soldats pro-Kadhafi aux portes de la ville. Roquettes et obus ont plu sur la ville, apparemment au hasard. Explosions et combats ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés depuis vendredi. « Misrata est la clé de Tripoli. Si Kadhafi abandonne Misrata, il va abandonner Tripoli. Il n’est pas assez fou pour faire cela », avait prévenu lundi le porte-parole militaire du Conseil national de transition (CNT) de l’opposition à Benghazi (est), le colonel Ahmed Omar Bani. « Je suis sûr qu’il est en train de regrouper ses forces et qu’il va essayer d’attaquer avec plus de puissance, mais je suis sûr aussi que cela sera plus dur pour lui qu’auparavant », a déclaré mardi, un autre porte-parole du CNT, Jalal al-Gallal. Selon lui, le colonel Kadhafi s’est lancé dans « une bataille perdue » parce que les rebelles sont plus nombreux, « mieux équipés, entraînés et organisés, et plus déterminés que jamais ». « Ceci associé à la plus grande efficacité de l’Otan fait que pour Kadhafi, ce sera de plus en plus dur, sinon impossible, de l’emporter », a-t-il ajouté.
A Tripoli, cible depuis vendredi de raids intensifs de l’Otan, cinq explosions ont secoué lundi soir l’est de la capitale, selon des témoins, qui n’étaient pas en mesure de préciser les sites visés. Dans la nuit de dimanche à lundi, le bureau de Mouammar Kadhafi, situé dans son immense résidence à Tripoli, avait été totalement détruit par une frappe de l’Otan. Ce raid a fait trois morts et 45 blessés, selon le porte-parole du régime, Moussa Ibrahim. La télévision libyenne a diffusé des images de M. Kadhafi, apparemment détendu, recevant des dignitaires du régime sous sa tente dans sa résidence. Un poste de télévision allumé indiquait qu’elles avaient été tournées lundi, mais il n’a pas été possible de le vérifier.
L’Italie et la France appellent au boycott du pétrole de Kadhafi
La France et l’Italie ont appelé mardi à Rome la communauté internationale à cesser de s’approvisionner en pétrole auprès du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, demandant aux opérateurs pétroliers de ne pas acheter d’or noir à son régime. «L’Italie et la France n’accepteront pas d’hydrocarbures vendus par Kadhafi et son régime», affirment le président français Nicolas Sarkozy et le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi dans un communiqué commun publié à l’issue d’un sommet bilatéral. «Elles appellent tous les États et tous les opérateurs du marché pétrolier à refuser toute opération de commercialisation ou de transport d’hydrocarbures qui puisse avantager le régime de Kadhafi, ainsi que toute livraison de produits pétroliers bruts ou raffinés, qui peuvent contribuer aux attaques contre la population», poursuivent-ils. L’Italie doit accueillir début mai une réunion du groupe de contact sur la Libye, au cours de laquelle sera aussi abordée l’éventuelle façon d’aider l’opposition libyenne, qui contrôle l’est du pays, à vendre du pétrole. L’Union européenne a ajouté à sa liste de sanctions concernant la Libye 26 groupes énergétiques accusés de financer le régime de Kadhafi, une décision considérée par l’Allemagne comme un embargo pétrolier et gazier de facto.