Migrants tunisiens : tension entre Rome et Paris
Paris campait lundi sur ses positions dans son différend avec Rome au sujet des Tunisiens débarquant en Europe, après avoir provoqué l'ire de l'Italie en bloquant un convoi de migrants mais reçu le soutien de la Commission européenne.
La tension monte depuis une dizaine de jours entre Paris et Rome qui, confronté à un afflux de plus de 20.000 Tunisiens depuis janvier, a décidé de leur délivrer des permis de séjour temporaires valables dans tout l’espace Schengen pour qu’ils puissent rejoindre « amis et parents » en France et ailleurs en Europe. La France s’est irritée de cette initiative, ralliant plusieurs autres pays européens à sa cause, et a martelé qu’elle ne laisserait passer que les migrants disposant d’un passeport et de ressources suffisantes. Dans ce dernier rebondissement, Paris a reçu lundi le soutien de la Commission européenne, qui a jugé que la France avait le droit de suspendre dimanche de façon temporaire le trafic ferroviaire avec l’Italie. « La France a expliqué que c’était une interruption très temporaire et que maintenant le trafic passe normalement », et il semble « que ça ne tombe pas sous le règlement de contrôle des frontières Schengen », a déclaré la commissaire européenne aux Affaires intérieures, Cecilia Malmström.
Paris a justifié cette suspension des trains par des risques de désordre public, en raison de la présence de manifestants voulant accompagner en France les immigrés tunisiens. Côté italien, l’épisode a été mal vécu: « Paris gifle Rome », titrait en Une La Repubblica, dénonçant l’affrontement de « deux populismes », italien et français. Le Parti socialiste français a dénoncé une décision « pas acceptable » et fustigé « les égoïsmes qui se développent en Europe ». « La France, qui joue perso, a une politique qui détériore ses relations avec ses voisins », a estimé le député PS Jean-Marie Le Guen. « Nous travaillons naturellement avec l’Italie, tous nos partenaires et les institutions européennes, ainsi qu’avec les pays d’émigration, pour trouver des solutions durables, conformes au droit et à la dignité des personnes, aux tensions migratoires que nous connaissons actuellement », a assuré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Bernard Valero. La tension franco-italienne intervient au moment où le discours du gouvernement français se durcit sur l’immigration, à un an de la présidentielle de 2012, sur fond de montée du Front national.