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Mohand Arezki Ferrad: « Le scénario de Chadli-Merbah pourrait se reproduire avec Bouteflika-Toufik »

الشروق أونلاين
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L’historien Mohand Arezki Ferrad

L’historien Mohand Arezki Ferrad estime que les déclarations critiques tenues par Amar Saadani contre le général du corps d’armée, Mohamed Mediène dit Toufik reflètent fort bien le conflit opposant la Présidence à l’institution militaire.

Quelle lecture faites-vous des déclarations du secrétaire général du FLN, Amar Saadani contre le général Toufik?

Premièrement, il faut dire que Saadani n’agisse pas de son propre chef mais plutôt sur ordre du chef de l’Etat et de son entourage. Toute cette agitation n’a guère l’intention de consacrer la démocratie. Personnellement, je ne suis pas convaincu que ce qui mijote ces derniers jours entrer dans la cadre d’instauration d’un Etat civil. Je dois ajouter un mot: comment Saadani s’attaque-t-il au Département de renseignement et de la sécurité (DRS) alors que lui-même est un produit de ce département?

Mais Saadani disait qu’il réclame l’instauration d’un Etat civil?

S’il y avait réellement une intention d’instaurer un Etat civil, Bouteflika, au pouvoir depuis 15 ans, aurait instauré le principe de séparation des pouvoirs. En effet, je ne suis pas contre la mise à la retraite du général Toufik. C’est une question indiscutable, lui qui occupait ce poste depuis une longue date. Une question s’impose à ce sujet: où allons-nous? Est-ce pour bâtir un Etat aux institutions? Sûrement pas. Nous sommes devant un scénario du transfert du pouvoir du Président à son entourage.  

Les trois mandats qu’a passés Bouteflika au palais de El Mouradia ont été marqués par une convergence entre lui et le général du corps d’armée, Mohamed Mediène. D’après-vous, pourquoi le divorce entre les deux personnages tarde-t-il jusqu’à la dernière du troisième mandat du Président?

Je pense que le DRS estime que le président Bouteflika est dans l’incapacité de gérer les affaires du pays de la manière qu’il faut. Le Département de renseignement et de la sécurité est persuadé que l’Algérie ait besoin d’un président qui travaille 14 heures par jour, ce qui n’est pas le cas avec le président actuel.

 Les développements que vit le pays à présent, constituent-ils des signaux d’un changement? 

Absolument pas. Il n’y pas d’intention de se diriger vers un changement du système de gouvernance. Jusqu’à présent, l’Etat est géré par deux pôles, à savoir la Présidence et le DRS. Mais certains indices indiquent que nous nous dirigerons vers un Etat où la Présidence s’emparera de tous les pouvoirs.

Le général Toufik sortira-t-il par la petite porte, d’après-vous, où pensez-vous que la crise se corse davantage entre les deux pôles?

Il est fort probable que le général Toufik sortira par la petite porte, car il y avait déjà un scénario qui s’était produit, il y a quelques années. Tout le monde se souvient que le directeur de la Sécurité militaire (SM), le colonel Kasdi Merbah était derrière l’installation de Chadli Bendjedid à la magistrature suprême. Une fois arrivé au pouvoir, ce dernier a mis à l’écart Kasdi Merbah en 1979. Peut-être, qu’on assistera au même scénario dans les jours à venir. Tout le monde le sait également que le général Toufik qui a porté Bouteflika au pouvoir en 1999. Qui sait? Peut-être ce scénario se reproduira avec Bouteflika qui est à la fois président de la République, ministre de la Défense et chef suprême des forces armées. Ceci-dit, il a l’ensemble des pouvoirs de mettre toute personne à la retraite. Nous saurons tout dans les jours qui viennent.

 

 

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