Nétanyahu face aux “indignés” israéliens
Ironie de l'Histoire : le slogan phare du mouvement social qui ébranle Israël s'inspire des mots d'ordre des révolutions arabes. Au Caire, les manifestants criaient : “Le peuple veut la chute du système”, tandis qu'à Tel-Aviv les protestataires clament : “Le peuple veut la justice sociale.”
Après trente années de pensée unique – incarnée par Stanley Fischer, actuel gouverneur de la Banque centrale israélienne et qui fut, comme conseiller du gouvernement dans les années 1980, l’un des instigateurs du démantèlement de l’État providence israélien -, les manifestants veulent réinjecter de la politique dans le débat économique.
Il y a urgence. Si les indicateurs sont au beau fixe, avec un taux de chômage au plus bas depuis des décennies (5,7 % en mai) et un taux de croissance qui dépasse les 5 %, les inégalités sociales sont parmi les plus élevés de l’OCDE. La pauvreté touche un habitant sur cinq. Pour les enfants, le ratio est encore plus alarmant (un sur trois), du fait de la forte fécondité dans les foyers ultra-orthodoxes et arabes, qui comptent parmi les plus déshérités du pays.
Pour Benyamin Nétanyahu, cette fronde sociale constitue un camouflet personnel. Durant son premier mandat, entre 1996 et 1999, et surtout lorsqu’il officiait comme ministre des Finances d’Ariel Sharon, entre 2003 et 2005, il a multiplié les coupes dans les budgets sociaux. Ses principaux rivaux auraient cependant tort de pavoiser. Ni Tzipi Livni, la dirigeante du parti Kadima (centre droit) ni Ehoud Barak, le fondateur du mouvement Atzmaout, autrefois patron des travaillistes (centre gauche), ne se sont singularisés par un quelconque zèle social. Au contraire. Sur les questions économiques, leurs vues sont quasiment identiques.
La réouverture d’un débat interdit pendant des années ne peut qu’être salutaire pour l’État d’Israël. Reste à savoir si cette contestation s’arrêtera aux frontières de l’économie ou si elle abordera le dossier brûlant de la question palestinienne. Tactique oblige, les manifestants se gardent bien pour l’instant de dévoiler leurs points de vue sur le sujet. Compte tenu de leur diversité, il est peu probable qu’ils aient une religion en la matière.
Mais, s’il ne s’attaque pas aux budgets dévorants de la colonisation et de la sécurité, s’il ne conduit pas à un réexamen des priorités nationales, le “printemps” israélien risque de tourner court.