Père de l'anthropologie, Claude Lévi-Strauss fête ses 100 ans
Le grand intellectuel français Claude Lévi-Strauss fêtera vendredi ses 100 ans avec une série d'hommages pour ce philosophe qui a jeté les bases de l'anthropologie moderne et influencé des générations de chercheurs.
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Parmi ces hommages, sont prévus une journée spéciale le 28 novembre au Musée des arts premiers à Paris où une centaine de personnalités liront ses grands textes, une programmation exceptionnelle sur la chaîne de télévision franco-allemande Arte et une vingtaine de livres en librairie.
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En fêtant son anniversaire, il deviendra aussi le premier centenaire de l’Académie française, l’institution fondée en 1634 pour veiller au respect de la langue française et en composer le dictionnaire.
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Elu à l’Académie en 1973, l’anthropologue qui habite dans l’ouest de Paris, se rendait encore récemment aux séances de l’Académie, mais deux chutes ces dernières années l’ont contraint à limiter ses déplacements.
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Dès les années 1950 et la publication de sa thèse sur “Les structures élémentaires de la parenté” (1949), ce géant de la pensée française apporte une nouvelle méthode d’analyse devenue l’outil commun des anthropologues, notamment en France. La “parenté”, c’est-à-dire les règles d’alliance, de filiation, de résidence ou de transmission des peuples, est au coeur même de l’anthropologie, qui étudie l’homme dans sa dimension sociale.
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“La grande affaire de l’anthropologie c’est la variation entre les différentes cultures. Pourquoi y a-t-il des cultures différentes ?”, résume Anne-Christine Taylor, spécialiste des cultures indigènes de l’Amazonie, et ancienne élève de Lévi-Strauss.
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“A cette question, il a apporté un regard tout à fait neuf en partant du postulat qu’il y a un ordre derrière les différentes cultures. Ce n’est pas un hasard. Ce n’est pas simplement l’histoire qui fait que les sociétés sont différentes, encore moins les différences génétiques ou autres comme on le pensait au XIXe siècle”, poursuit-elle.
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L’élaboration en système de cette intuition constitue le structuralisme, dont Claude Lévi-Strauss est considéré comme le fondateur.
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Au milieu des années 1950, la publication de “Tristes tropiques” (1955) assoit sa réputation internationale. Le livre, d’une grande qualité littéraire, lui permet de toucher un large public, bien au-delà de la seule communauté scientifique. Même si le style et la méthode de Lévi-Strauss suscitent des réticences, notamment chez les chercheurs anglo-saxons.
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Titulaire de la chaire d’anthropologie sociale au Collège de France à partir de 1959, il forme une première génération d’élèves qui explorent et prolongent sa théorie de la parenté.
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“Aujourd’hui, une deuxième génération fait fructifier l’anthropologie en s’inspirant des parties un peu plus souterraines, restées en friches, de la pensée de Claude Lévi-Strauss”, souligne Anne-Christine Taylor, qui dirige le département recherche et enseignement du Musée du Quai Branly à Paris.
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L’anthropologue a aussi influencé de jeunes chercheurs brésiliens, comme Edouardo Viveiros de Castro, qui explore les frontières entre philosophie et anthropologie.
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Le retour de Lévi-Strauss s’est fait ces dernières années par le biais de philosophes pour lesquels cet agrégé de philosophie en 1931 suscite un regain d’intérêt, avec centre de leur réflexion, le pessimisme de Claude Lévi-Strauss, hanté par l’explosion démographique et l’idée que le monde va dans la mauvaise direction.