Sarkozy cherche à contourner l’Algérie et trouver appui sur l’Egypte
Le grand projet du président français Nicolas Sarkozy fait du sur place. Ce qui devait constituer un grand chantier pour propulser Sarkozy et en faire un leader de dimension européenne a fait un flop.
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Au centre du recul de ce grand projet, qui devait consacrer la France comme la locomotive de tout un plan euro-méditérranéen pour s’assurer la sécurité européenne d’abord, ensuite l’alliance des pays maghrébins.
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D’abord au centre de ce plan franco-allemand, l’Algérie a fait marche arrière aux motifs que la France ne jouait pas franc-jeu. Les divers couacs nés entre Paris et Alger, comme la reccurence de l’affaire de Tibhirine, l’affaire Hassaîne, le retardement de la visite de Bouteflika en France, la fin de non-recevoir opposée par Alger à Kouchner, le refus français de reconnaître ses crimes coloniaux, pour ne citer que les points les plus apparents, ont eu l’effet de contraindre l’Algérie à revoir ses positions avec la France, et à réfléchir à deux fois pour mettre un premier pied dans ce plan français de Sarkozy.
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Ce brusque coup de frein au projet avait poussé l’Union européenne à prendre les choses en main. Les événements de Gaza sont venus aussi pour rappeler aux pays maghrébins que l’UE était en fait plus proche d’Israêl que de des Arabes. La période d’interruption après les événements de Gaza, ou l’échec de la conférence ministérielle sur le thème de l’eau qui s’est tenue le 13 avril 2010 illustrent ces difficultés.
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L’Union pour la Méditerranée (UpM) a été lancée lors du Sommet de Paris le 13 juillet 2008 sous la présidence française de l’Union européenne. Elle compte 43 Etats membres, ainsi que la Ligue arabe qui siège lors des réunions mais n’a pas le statut de membre à part entière. L’UPM a repris les acquis du processus de Barcelone ou partenariat Euromed, initié en novembre 1995 sous l’impulsion de l’Union européenne. Le processus de Barcelone souffrait cependant de certaines faiblesses auxquelles Paris (et non Bruxelles) a voulu remédier.
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Selon les propos des chefs européens de ce projet, il existait ainsi un déséquilibre fondamental entre les pays du Nord et les pays du Sud, dans le partenariat Euromed, les pays du Nord ayant manifestement plus de poids politique. L’Union pour la Méditerranée procède à un rééquilibrage en instituant notamment une co-présidence. Elle est assurée depuis 2008 par l’Egypte et la France.
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Le rapprochement franco-égyptien intervient au moment ou l’Algérie avait fait machine-arrière. Dans l’esprit de Sarkozy, il fallait trouver un partenaire arabe assez fort pour combler le déficit laissé par Alger. De ce fait, L’Egypte devait jouer le rôle de locomotive pour les autres pays arabes, sauf que la position géostratégique de l’Algérie n’est pas celle de l’Egypte, et sur des questions aussi pertinentes -et surtout vitales pour la France- que la sécurité maritime, l’immigration clandestine, la lutte contre le terrorisme, la gestion sécuritaire du triple espace maghrébo-saharo-sahélien, les ressources gazières et pétrolières, etc. l’Algérie demeure quasi-incontournable. D’où la véritable impasse dans laquelle s’est fourvoyé le président français, et dont les conséquences les plus immédiates sont le sur-place fait par le projet de l’Union pour la Méditerranée.
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L’UE cherche à relancer l’Union pour la Méditerranée
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Alors que le Parlement européen doit exposer sa méthode pour relancer l’Union pour la Méditerranée, l’Union européenne se prépare au deuxième sommet de l’UpM en juin prochain.
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L’Union pour la Méditerranée (UpM) a été lancée lors du Sommet de Paris le 13 juillet 2008 sous la présidence française de l’Union européenne. Elle compte 43 Etats membres, ainsi que la Ligue arabe qui siège lors des réunions mais n’a pas le statut de membre à part entière.
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L’UPM a repris les acquis du processus de Barcelone ou partenariat Euromed, initié en novembre 1995 sous l’impulsion de l’Union européenne. Le processus de Barcelone souffrait cependant de certaines faiblesses auxquelles Paris (et non Bruxelles) a voulu remédier.
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Il existait ainsi un déséquilibre fondamental entre les pays du Nord et les pays du Sud, dans le partenariat Euromed, les pays du Nord ayant manifestement plus de poids politique. L’Union pour la Méditerranée procède à un rééquilibrage en instituant notamment une co-présidence. Elle est assurée depuis 2008 par l’Egypte et la France. L’UpM permet une meilleure visibilité politique à cette organisation avec un sommet organisé tous les deux ans. Moins exclusive également, l’Union pour la Méditerranée accueille plus de membres que son prédécesseur.
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Enfin, son mode de financement est particulier, il comprend à la fois un recours au financement public et privé. Le financement public est assuré en partie par l’Union européenne dans le cadre de sa politique de voisinage.
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DOCUMENTS OFFICIELS
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Parlement européen
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Projet de rapport sur l’Union pour la Méditerranée
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Autre
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Déclaration commune du Sommet de Paris pour la Méditerranée
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La position que va adopter le Parlement européen (PE) sur les façons de redonner de la vigueur à l’Union pour la Méditerranée (UpM) les 27 et 28 avril 2010 pourrait être décisive.
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Peu avant le second sommet des chefs d’Etats et de gouvernements de l’Union pour la Méditerranée, prévu à Barcelone en juin 2010, un rapport sur les développements de l’Union pour la Méditerranée, dirigé par le député européen (PS – S&D) Vincent Peillon doit être présenté devant la commission des affaires étrangères du Parlement européen. Ce texte vise à poursuivre la réflexion politique engagée en tenant compte du nouvel environnement institutionnel de l’UE et des inconnues qui pèsent encore sur l’UpM, tant sur le plan de son fonctionnement que de son financement.
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L’UpM a connu quelques déboires depuis sa création, notamment une interruption de 8 mois à la suite des évènements de Gaza de décembre 2008. Elle semble cependant commencer progressivement à sortir de sa léthargie.
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Ses travaux ont repris depuis l’été 2009. L’installation attendue d’un secrétariat permanent le 4 mars 2010 à Barcelone, a également insufflé un souffle nouveau à cette organisation que certains disaient moribonde.
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Cette structure permanente, composée d’un secrétaire général, et de 6 secrétaires généraux adjoints, dont, pour la première fois, un Palestinien et un Israélien, incarne désormais l’Union pour la Méditerranée.
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Six axes de coopération prioritaires ont d’ores et déjà été fixés: la dépollution de la mer Méditerranée, la création d’autoroutes de la mer, le lancement d’initiatives de protection civile destinées à lutter contre les catastrophes d’origine naturelle et humaine, l’élaboration d’un plan solaire méditerranéen, un soutien aux PME et micro-entreprises et le développement d’universités.
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Finaliser le secrétariat
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Malgré la mise en place d’un secrétariat et la définition de projets concrets, de nombreuses questions cristallisent encore les débats, laissant peu de latitude pour le moment aux développements des actions de l’UpM.
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L’Union travaille ainsi à la finalisation des statuts de son secrétariat. Après dix réunions ministérielles à ce sujet, les dernières tractations sont en cours. Certains points demeurent sensibles et sources de tensions, comme la question du nombre de fonctionnaires par délégations, ou encore celle du budget de 10 millions d’euros. Certains Etats comme le Royaume-Uni ne souhaitent pas engager des sommes plus importantes que celles versées dans le cadre d’Euromed.
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Le salaire du secrétaire général de l’UpM, le Jordanien Ahmad Massa’deh, est aussi hautement controversé, celui-ci réclamant des sommes exorbitantes.
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Selon toute vraisemblance, ces différentes modalités ne devraient pas être tranchées avant le sommet des 6 et 7 juin.
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Par ailleurs, Jean-Christophe Menet, conseiller à la cellule pour l’UpM de l’Elysée, estime que “le pari de l’implication des partenaires de la rive sud n’est pas encore gagné” (voir contexte). “L’Union européenne a inventé un nouveau mode de fonctionnement, la cogestion d’un processus. Si cela est plus ambitieux, plus responsabilisant, c’est aussi plus dangereux”, a-t-il expliqué lors d’une conférence à Sciences Po le 23 avril, exposant les nombreux blocages résultant du conflit au Proche-Orient.
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Le conflit israélo-palestinien
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Pour Dominique Baudis, député européen (PPE-UMP), interviewé par Euractiv.fr, la difficulté majeure de l’Union pour la Méditerranée réside en effet “dans l’impasse du conflit israélo-palestinien et les crispations que cela engendre”.
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Deux événements ont porté selon lui un coup dur à l’Union pour la Méditerranée depuis sa création, à savoir l’attaque contre Gaza, et l’accession à la tête du gouvernement israélien de Benyamin Netanyaouh. Le ministre des Affaires étrangères israélien Avigdor Liberman est perçu comme “intransigeant” par les pays arabes, qui “refusent de s’asseoir à la même table que lui”, déclare Dominique Baudis. Selon lui, l’Union européenne ne peut pas rester passive dans le processus de paix au Proche-Orient, à l’instar des Etats-Unis “il faut très clairement qu’elle prenne position”.
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La période d’interruption après les événements de Gaza, ou l’échec de la conférence ministérielle sur le thème de l’eau qui s’est tenue le 13 avril 2010 illustrent ces difficultés.
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Cette réunion devait déboucher sur l’adoption d’une stratégie pour l’eau en Méditerranée, afin de garantir un accès équitable à cette denrée rare dans la région et d’éviter qu’elle ne devienne l’enjeu de nouveaux conflits à l’avenir. Elle n’aura cependant mené à aucun accord politique. “Le blocage du processus de paix au Proche-Orient a rejailli sur les questions techniques”, a déclaré à EurActiv.fr un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, précisant toutefois que le conflit israélo-palestinien n’avait pas été le facteur exclusif de blocage, les questions des cours d’eaux transfrontaliers en Turquie ayant également conduit à l’échec de cette réunion. “Il y a des fois où à l’impossible nul n’est tenu”, avait d’ailleurs déclaré Pierre Lellouche, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes après la rencontre.
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L’absentéisme parfois criant lors des réunions de l’organisation est également une faiblesse. Ainsi, Jean-Basptiste Buffet, chercheur associé à l’Institut Thomas More spécialisé sur les questions euro-méditerranéennes dénonce le peu de mobilisation que suscite parfois ces rencontres, citant l’exemple du Caire en novembre 2009, où seuls cinq membres étaient présents. “Pas d’échéances, pas de budget, boycott de certaines réunions” sont autant de difficultés pour l’Union pour la Méditerranée. “C’est pour le moment le contexte régional ou international qui a dominé les réunions”, explique-t-il.
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Le chercheur se dit toutefois confiant. Selon lui, la logique intrinsèque de l’Union pour la Méditerranée est positive, notamment la modalité de co-présidence, et la part faite aux pays du sud dans le processus. Il faudrait toutefois “dépolitiser ou apolitiser cette structure”, ajoute-t-il. “Si les personnes à la tête de l’Union sont trop politisées, il y a un risque de blocage constant, il faut mettre davantage en avant le société civile.”