Sept cents soldats français supplémentaires rejoindront bientôt l'Afghanistan.
En visite hier à Kaboul, Bernard Kouchner a expliqué que l'armée ne resterait pas éternellement sur place. Mais nul ne connaît la date du retrait.Rester pour partir ! A première vue, cette phrase ne veut pas dire grand-chose. Elle résume pourtant la stratégie adoptée par Nicolas Sarkozy et la diplomatie française en Afghanistan. Et, au-delà, celle de la coalition internationale tout entière.Le président de la République a surpris en annonçant l’envoi de 700 soldats supplémentaires, alors que la situation militaire se détériore. Une décision désapprouvée par une majorité de Français, selon les sondages. Mais pour Bernard Kouchner, en visite hier à Kaboul – avant de se rendre aujourd’hui sur la base aérienne de Kandahar avec son homologue canadien, Maxime Bernier -, l’arrivée de renforts se justifie pleinement. « Tant que l’actuel régime afghan n’est pas suffisamment consolidé, explique-t-il, il serait désastreux que les Occidentaux quittent le pays. Cela reviendrait à accepter le retour d’Al-Qaïda et des talibans. »
Une situation très inquiétante
« Nous ne sommes pas là pour rester éternellement et nous évaluons les risques auxquels nos forces sont soumises, a lancé le ministre des Affaires étrangères devant les hauts gradés français réunis au camp militaire de Warehouse, à la sortie de Kaboul. L’idée est de donner toute la responsabilité aux Afghans. Cela ne se fera pas en un an. Il faudra être patient. » Toute la journée, le chef de la diplomatie française – qui a rencontré le président Hamid Karzaï avant de saluer la communauté française – a insisté pour une « responsabilisation » croissante des Afghans dans l’utilisation de l’aide militaire et financière internationale.
Optimistes, certains responsables français assurent que des progrès « considérables » ont déjà été réalisés dans le pays. Et ils citent quelques chiffres : 4 000 kilomètres de routes construites, la scolarisation de 6,4 millions d’enfants au lieu de 900 000 en 2001, l’accès aux soins pour 80 % de la population contre 8 % avant l’arrivée de la coalition.
D’autres, et notamment les officiers présents sur le terrain, admettent que la situation est très inquiétante. Malgré la perte de plusieurs chefs dans des raids menés par l’aviation de l’Otan, les talibans sont toujours présents au point de menacer la région de Kaboul. Une guérilla de montagne difficile à combattre pour une armée classique. Dans le sud, les attentats se multiplient et la ville de Kandahar est devenue un véritable guêpier. Les Canadiens y ont déjà perdu 82 soldats. « Nous ne pouvons pas partir sans que l’on sache que les femmes ne seront plus lapidées, qu’elles ne vont pas être couvertes de burka, que le maintien des fillettes à l’école se fera et qu’une certaine forme de démocratie sera maintenue », s’enflamme Kouchner. Mais à Kaboul, personne n’est en mesure de donner une date, même lointaine, pour le début du retrait.