Syrie: Assad autorise le multipartisme, l'ONU condamne la répression
Le président syrien Bachar al-Assad a promulgué jeudi un décret autorisant le multipartisme, accédant ainsi à l'une des principales revendications du mouvement de contestation, dont la répression sanglante a suscité la condamnation du Conseil de sécurité de l'ONU.
“Le président Assad a promulgué jeudi un décret présidentiel sur la loi des partis”, a rapporté l’agence officielle Sana. Ce décret, qui reprend un projet de loi adopté le 24 juillet par le gouvernement, permet de rendre la mesure applicable immédiatement, sans attendre un vote du Parlement.
Le texte fixe les conditions de création et de fonctionnement de nouveaux partis, qui ne devront pas reposer sur des bases religieuses ou tribales, ni être issus d’une organisation non syrienne. Ils ne devront comporter aucune formation militaire ou paramilitaire, et leurs principes, objectifs et financement devront être clairement établis, a précisé Sana.
Mais la violence de la répression, que le régime manie en parallèle avec les mesures d’ouverture, a radicalisé les manifestants, qui réclament désormais pour beaucoup le départ de Bachar al-Assad.
Jeudi matin, le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a estimé que le décret syrien autorisant le multipartisme était “presque une provocation” dans le contexte de la répression en cours.
Mercredi soir, après des semaines de blocage, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une déclaration — mais pas une résolution — qui “condamne les violations généralisées des droits de l’Homme et l’usage de la force contre les civils par les autorités syriennes”.
Le texte ne fait aucune référence à une enquête du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU sur la répression, comme l’avaient demandé plusieurs pays européens, mais il exige en revanche que les responsables de la répression, qui a déjà fait plus de 1.600 morts selon les organisations de défense des droits de l’Homme, “rendent des comptes”.
Parallèlement, les Etats-Unis ont haussé le ton en affirmant chercher de nouveaux moyens de pression sur M. Assad, qu’ils n’estiment pas «indispensable» pour la stabilité de la région.
Dans les rues de Syrie, la répression s’est poursuivie, sans pour autant empêcher de nouvelles manifestations, essentiellement à la sortie des mosquées après la prière des Tarawih, la prière du soir pendant tout le mois du ramadan.
Quatre personnes ont été tuées et des dizaines d’autres blessées mercredi soir par des tirs des forces de sécurité pour disperser des manifestations nocturnes: il y a eu deux morts à Damas, un à Doa (province de Deraa, sud) et un autre à Palmyre (centre), a déclaré à l’AFP Rami Abdel Rahmane, président de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), basé en Grande-Bretagne.