Syrie : des chars près de la frontière turque
Bien que Damas continue de préférer la manière forte au dialogue, la mobilisation réclamant le départ du président Bachar al-Assad ne faiblit pas, avec encore des dizaines de milliers de manifestants descendus dans les rues vendredi. Les autorités ont répondu en tirant sur la foule, faisant 18 morts, selon des militants des droits de l’Homme.
“L’armée a pénétré, avec des chars et des transports de troupes, dans le village de al-Najia, sur la route entre Lattaquié et Jisr al-Choughour”, a indiqué à l’AFP le chef de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) Rami Abdel Rahmane, basé à Londres.
Jeudi déjà, des centaines de soldats appuyés par des chars avaient pénétré dans le village de Khirbet al-Joz à moins d’un kilomètre de la frontière turque, avait indiqué un militant sur place.
Ce déploiement de l’armée entamé depuis le début du mois vise à mater la contestation contre le régime, née le 15 mars, et à empêcher les habitants de fuir la répression meurtrière vers la Turquie voisine, affirment les militants.
Comme tous les vendredis, journée devenue le rendez-vous hebdomadaire des contestataires syriens, des dizaines de milliers d’opposants ont défilé dans tout le pays.
Les forces de sécurité ont une nouvelle fois ouvert le feu sur les manifestants, tuant six personnes à Kessoua, près de Damas, cinq à Barzé, un quartier de Damas, trois à Homs (centre) et quatre dans une localité située près de Homs, selon l’OSDH. Et plusieurs dizaines d’autres ont été blessés.
Depuis le début du mouvement de contestation inédit, 1.332 civils ont été tués et 341 membres de la police et de l’armée ont perdu la vie, selon un nouveau bilan de cette ONG.
Pour leur part, les autorités syriennes ont affirmé que des “hommes armés” avaient tiré sur des agents de sécurité et des civils à Barzé, causant la mort de trois civils et blessant un officier et plusieurs agents. Elles ont évoqué d’autre part la mort d’un officier de police à Kadam, dans la banlieue de Damas, tué par des “gangs armés”.
Samedi, la tension était toujours vive à Barzé, où les agents de sécurité étaient déployés en grand nombre, selon l’OSDH, qui a affirmé que plus de 150 personnes avaient été arrêtées vendredi soir et samedi dans ce quartier.
Dans ce contexte, des opposants syriens indépendants vont tenir une réunion lundi à Damas pour discuter de “la manière de régler la crise” en Syrie.
L’écrivain et opposant Fayez Sara, détenu d’avril à mai, figurera parmi les participants. “L’idée est de diagnostiquer la crise et de contribuer à y remédier”, a-t-il déclaré.
Sur la page Facebook “The Syrian revolution 2011”, les opposants ont par ailleurs promis “un volcan” à Alep le 30 juin. Deuxième ville du pays, située dans le nord, à 90 km de la Turquie, Alep est un bastion du régime et les autorités d’Ankara redoutent une catastrophe humanitaire en cas de révolte.
Le chef du Croissant-Rouge syrien, Abdel Rahmane Attar, s’est porté garant de la sécurité des quelque 12.000 réfugiés syriens en Turquie s’ils décident de retourner dans leur pays, a rapporté l’agence de presse turque Anatolie.
“Au nom du Croissant-Rouge, nous garantissons que le gouvernement syrien ne leur demandera pas des comptes et qu’ils ne seront l’objet d’aucune décision des forces de sécurité”, a-t-il affirmé à Damas devant des journalistes turcs.
Sur le plan international, l’Union européenne a accentué la pression. “Le régime (syrien) sape sa légitimité” en faisant le choix de la répression, ont affirmé vendredi les dirigeants européens réunis à Bruxelles.
En parallèle, un nouveau train de sanctions, le troisième, est entré en vigueur vendredi: elles visent sept personnes, dont trois Iraniens accusés d’aider le régime syrien à mater la contestation, et quatre sociétés.
L’UE avait déjà imposé en mai des sanctions contre 23 caciques du régime, dont le président Assad.