Syrie : l'armée entre à Banias
L'armée appuyée par des chars est intervenue samedi à Banias, l'un des foyers de la contestation en Syrie, alors que des opposants ont proposé pour la première fois la tenue d'élections « libres » dans les six mois, au lendemain de protestations sanglantes à travers le pays.
Durant la journée baptisée par les opposants « Vendredi du défi », les forces de sécurité ont réprimé les protestations à travers le pays tuant au moins 26 personnes par balles, selon des ONG syriennes des droits de l’Homme. Les autorités ont fait état de 11 soldats et policiers tués par des « terroristes ». Une source militaire a affirmé samedi dans un communiqué que « des unités de l’armée et des forces de sécurité ont poursuivi aujourd’hui des membres des groupes terroristes à Banias (nord-ouest) et aux alentours de Deraa (sud) afin de rétablir la sécurité et la stabilité ». « Elles ont arrêté des personnes recherchées et mis la main sur une quantité d’armes que ces groupes ont utilisées pour agresser l’armée et les citoyens et effrayer les habitants », ajoute l’armée. Depuis le début de la contestation, le régime accuse des groupes « criminels » ou « terroristes » d’être responsables des violences.
Selon des militants des droits de l’Homme joints au téléphone par l’AFP à Nicosie, les chars sont entrés à l’aube à Banias où les communications et l’électricité ont été coupées. Les blindés tentaient de se diriger vers les quartiers sud de la ville, bastion des manifestants, mais des habitants ont formé des boucliers humains pour empêcher leur avancée, ont-ils affirmé. Des bateaux de l’armée patrouillaient dans le même temps au large face aux quartiers sud. Selon les militants, des chars encerclaient le village voisin de Bayda. Depuis plusieurs jours, les chars encerclaient Banias et Homs, une importante cité industrielle à 160 km au nord de Damas, théâtre d’importantes manifestations. Vendredi, 16 manifestants ont péri sous les balles à Homs où des chars avaient pris position, selon l’organisation de défense des droits de l’Homme Insan. Environ 80 km plus au nord, six autres ont été tués à Hama, où en 1982, une terrible répression avait fait 20.000 morts lors d’un soulèvement des Frères musulmans contre le régime de Hafez al-Assad, père de l’actuel président. D’autres manifestations ont été tués à Lattaquié (nord-ouest) et à Jablah, plus au sud, selon les militants. Le « comité des martyrs de la révolution du 15 mars », qui a décompté 708 morts depuis le début de la contestation, a fait état de 10 morts à Homs, 3 à Hama, 3 à Lattaquié et 4 à Deir Ez Zor (est).
Les autorités ont interpellé des centaines de militants et opposants ces deux derniers jours, selon des militants. Parmi eux, Riad Seif, l’une des principales figures de l’opposition âgé de 64 ans et souffrant d’un cancer, a été arrêté à Damas, selon des militants. Depuis la mi-mars, plus de 8.000 personnes ont été arrêtées ou ont disparu, selon des ONG syriennes. « La violence qui empire toujours, les arrestations massives et les mauvais traitements infligés aux détenus n’ont fait que renforcer la détermination des manifestants à travers le pays », a estimé Amnesty International, ajoutant que les arrestations ont forcé plusieurs opposants à entrer dans la clandestinité. Néanmoins, des détracteurs du régime ont pour la première fois avancé des propositions pour mettre fin à la contestation. « La solution est simple: arrêtez de tirer sur les manifestants, laissez se dérouler les manifestations pacifiques, détachez toutes vos photos et celles de votre père, libérez tous les détenus politiques, instaurez un dialogue national, autorisez le pluralisme politique et organisez des élections libres et démocratiques dans six mois », affirme un texte posté sur la page du groupe « Syrian révolution 2011 ».