Un ancien vice-consul de Tunisie jugé en France pour torture
Khaled Ben Saïd, un ancien vice-consul de Tunisie en poste en 2001 à Strasbourg (est de la France) et actuellement en fuite, est jugé lundi par la justice française pour des actes de tortures et de barbarie qu'il est accusé d'avoir commis en 1996 en Tunisie.
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La présence de l’accusé devant la Cour d’assises de Strasbourg est improbable: M. Ben Saïd, 46 ans, n’a jamais répondu aux convocations de la justice française et fait l’objet depuis février 2002 d’un mandat d’arrêt international, resté jusqu’à présent lettre morte.
Joint par l’AFP, son avocat, Me Olivier Salichon, a fait savoir qu’il ne communiquerait pas avant avant le procès. Mi-novembre, il avait expliqué ne pas
être autorisé à indiquer si son client serait présent à l’audience.
Les faits se seraient produits à Jendouba, dans le nord-ouest de la Tunisie, en octobre 1996. La victime présumée, Zoulaikha Gharbi, une Tunisienne mère de cinq enfants aujourd’hui âgée de 44 ans, a désigné M. Ben Saïd, alors commissaire, comme le chef des hommes qui l’auraient torturée, insultée et
humiliée pendant près de 24 heures dans un poste de police surnommé le “commissariat de la torture” afin de lui extorquer des renseignements sur son mari, suspecté d’activités hostiles au président Zine El Abidine Ben Ali. Son époux, qui bénéficie du statut de réfugié politique, réside en France depuis 1993. La plaignante affirme avoir été dévêtue, suspendue à une barre métallique par les mains et les pieds, pincée et griffée sur tout le corps, notamment les seins.
Mme Gharbi, qui vit désormais à Paris avec sa famille, a porté plainte en 2001 après avoir appris que M. Ben Saïd était en poste à Strasbourg en tant que vice-consul. Agent consulaire, il ne disposait pas de l’immunité diplomatique, a-t-on précisé auprès du ministère de la Justice.
Initialement déposée à Paris, la plainte avait été transmise au parquet de Strasbourg. Selon Me Eric Plouvier, l’avocat de Mme Gharbi, le code de procédurepénale prévoit que quiconque a violé l’article premier de la Convention des Nations unies contre la torture peut être poursuivi et jugé en
France s’il s’y trouve.
Contre l’avis du parquet, l’ex vice-consul avait été renvoyé en février 2007 devant les assises pour “torture ou acte de barbarie par une personne dépositaire de l’autorité publique”. Il encourt 20 ans de réclusion criminelle.
Selon Me Plouvier, “c’est la première fois qu’un diplomate étranger va répondre de faits de tortures commis à l’étranger devant une juridiction française”.
Les autorités tunisiennes, qui réfutent en bloc ces accusations, “n’ont pas respecté le traité franco-tunisien d’entraide judiciaire alors que leur fonctionnaire est en fuite”, déplore l’avocat, qui ne se fait guère d’illusion sur la présence de l’accusé au procès.
Son absence modifierait la tenue du procès: il serait jugé par trois magistrats professionnels, sans jury populaire et ne pourrait pas faire appel s’il était reconnu coupable, selon Me Plouvier.
Si sa culpabilité était reconnue, et s’il se constituait prisonnier, il pourrait toutefois disposer d’un réexamen de sa cause et bénéficier “d’un autre procès de +première instance+”, a-t-il ajouté.
La Ligue des droits de l’Homme et la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) sont parties civiles dans ce procès où le président tunisien Zine El Abidine Ben Ali, l’ambassadeur de Tunisie en France et le consul de Tunisie à Strasbourg ont été cités à comparaître comme témoins. Le verdict pourrait être rendu lundi soir