Français

Yacef Saâdi: «Hadj Smaïn qui m’a vendu est devenu ministre après l’indépendance»

الشروق أونلاين
  • 9979
  • 6
Djaâfar Saâda
Yacef Saadi en compagnie de la journaliste de Echorouk

Dans cette nouvelle partie, Yacef Saâdi nous relate comment il a été arrêté par les soldats français dans sa cache. Selon lui, c’est «Hadj Smaïn» qui leur a indiqué son adresse. En plus, il a cité une dame française «Germaine Tillion», qui a sauvé la vie d’une mort certaine à 260 Algériens après sa médiation auprès de de Gaulle et d’autres responsables français.

Entendez-vous dire qu’il vous a vendu ?

Sans doute! Il y a à l’époque un homme qui s’appelle «Ramal» ou Athmane.

Il est d’origine turque, n’est-ce pas ?

Il est algérien d’origine turque. Il était l’adjoint de Arbadji qui était responsable sur Alger. Après le décès de ce dernier, «Ramal» succéda à lui et «Guendriche» était alors son adjoint. En effet, j’ai placé ce dernier sous la  coupe de «Ramal». Quelque temps plus tard, «Guendriche» a fait l’objet d’arrestation, tandis que «Bakal» a réussi à prendre la poudre d’escampette. Ensuite, Guendriche et Ramal n’ont pu se contacter que grâce aux lettres qu’ils laissent chez des épiciers. Cependant, il s’était avéré que Guendriche a créé un groupe de sujets qui indiquent aux autorités françaises tous les mouvements des moudjahidine, en suivant de près les traces des personnes en charge de remettre les lettres de «Ramal» à ses destinataires. C’est ainsi qu’ils ont découvert le refuge de Ramal, qui s’est battu jusqu’à sa mort après avoir été assiégé par de nombreux soldats français.

Que s’est-il passé ensuite ?

Il y avait une personne qui s’appelle «Hadj Smaïn», nommé ministre au lendemain de l’indépendance sous Ben Bella et il y en a tant comme lui. Comme il était intellectuel et connaissait la langue arabe et la langue française, nous l’avions recruté au sein du FLN. En effet, je lui ai loué un appartement à quelques encablures de l’hôtel Aurassi, et en même temps j’étais en contact avec «Germaine Tillion» qui m’envoyait des lettres à l’adresse du même appartement qu’occupait Hadj Smaïn.  

Qui est Germaine Tillion ?

Germaine Tillion est une ethnologue française. Elle effectuait des recherches ethnographiques au sein de la population chaouie dans les Aurès, au point où elle parlait le chaoui. Je lui ai exposé le problème des Algériens condamnés à mort et lui demandé: Tu peux nous aider, toi qui entretiens des relations avec les autorités françaises ainsi qu’avec le général de Gaulle. Elle me répondit au départ qu’il fallait au préalable trouver un accord de principe entre le « FLN » et les Français. Elle me dit qu’on ne peut parler de la levée de ces condamnations, qu’une fois un accord soit trouvé. Pour ce faire, elle m’a dit qu’il fallait envoyer quelqu’un en France pour pouvoir ensuite prendre attache avec le FLN. Du coup, j’ai opté pour Hadj Smaïn qui, comme je te l’avais dit, maîtrisait les deux langues arabe et française. Je la lui ai présenté et elle m’a dit: C’est celui-là que l’on enverra en Tunisie. Avant cela, il doit se rendre en France pour en parler avec les responsables militaires. Après le décès de Ramal, j’ai nommé Guendriche responsable sur Alger. Mais, il s’est avéré qu’il était en état d’arrestation et qu’il coopérait avec les autorités coloniales à mon insu. D’ailleurs, il continuait à m’envoyer des lettres dans lesquelles il menaçait les autorités coloniales de leur causer d’importants préjudices. En effet, l’administration coloniale a mis à sa disposition un appartement dans la rue Larbi Ben M’hidi et avait alors compté sur les services de Guendriche pour nous attraper les lettres qu’il m’envoyait. C’est ainsi qu’ils ont découvert mon refuge. En assiégeant mon appartement, j’ai décidé de ne pas me rendre. Etant politiquement mort et restant dans cet immeuble je mourrais de faim. Après tant de réflexion, j’ai décidé au final de me rendre pour sauver la vie à Ali la Pointe. Nous nous sommes rendus alors Zohra Drif-Bitat et moi. Une fois nous sommes montés dans la voiture, j’ai dit à Zohra: «Ali la Pointe devrait rentrer aussitôt  de la Tunisie, tout comme Hassiba… tu es ma secrétaire et tu ne dois surtout pas leur dire que c’était toi qui posait les bombes pour éviter une condamnation à mort.» Je leur demandais ainsi de nous placer dans une même cellule.  Revenons au cas de Hadj Smaïn. A son retour de la Tunisie où il a rencontré Krim Belkacem et autres leaders de la Révolution, il a été arrêté à Port Saïd muni d’une lettre qu’il devait me remettre. En lui faisant subir un interrogatoire, il a avoué que la lettre était destinée à ma personne et leur a même indiqué mon adresse.  Nous nous sommes alors demandés comment on l’a intercepté. On a appris par la suite que c’était Guendriche qui a tout planifié  et qui a vendu Hadj Smaïn. Celui-ci, à son tour a tout avoué une fois il a subi un interrogatoire.

Avez-vous été torturés ?

Non! Nous n’avons été ni frappés, ni torturés. Par crainte d’impliquer d’autres importantes personnalités françaises, qui auraient été convoquées à l’image de «Germaine Tillion», l’administration a jugé inutile de me juger.

Avez-vous bénéficié d’une mise en liberté ?

J’ai passé 5 ans en prison et j’ai été condamné à mort à trois reprises avant ma libération après l’indépendance.

Revenons à Germaine Tillion, cette dame semble occuper une place si particulière chez vous ?

En fait, ne mérite-t-elle pas l’amour et le respect que je lui dois pour tout ce qu’elle a fait pour les Algériens. J’ai d’ailleurs un « DVD » contenant de vérités sur de cette femme qui est « Grande » à mes yeux, car elle a sauvé la vie à 260 Algériens condamnés à mort.

مقالات ذات صلة