Français

Yacef Saâdi: «Ourida Meddad s’est suicidée…»

الشروق أونلاين
  • 9493
  • 10
Djaâfar Saâda
Yacef Saadi en compagnie de la journaliste de Echorouk

Yacef Saâdi poursuit ses révélations sur son parcours durant la Révolution algérienne, en tant que chef de la Zone autonome d’Alger (ZAA) affirmant que Larbi Ben M’hidi n’était guère chef de la ZAA mais qu’il n’a, selon lui, jamais pris les armes contre l’armée française. En outre, il affirme que Ourida Meddad s’est suicidée et n’était pas tuée par l’armée française.

Comment avez-vous réagi au déploiement impressionnant des soldats français à l’Alger, sachant que vos actions étaient concentrées sur cette localité?

Les troupes des parachutistes étaient placées sous la coupe de « Mitterrand », alors ministre français de la justice qui a ordonné de tuer toute personne arrêtée. C’est lui qui a ordonné d’exécuter plusieurs moudjahidine et révolutionnaires connus sur le champ du combat.

Citez-nous quelques noms de ceux qui ont fait l’objet d’exécution?

Il y en a ceux qui luttaient à l’extérieur du pays et d’autres sur le sol algérien. Le premier à être exécuté par la guillotine était le chahid Ahmed Zabana. Ce mode d’exécution (guillotine) s’était étendu à d’autres moudjahidine incarcérés dans la prison de Serkadji. Les premiers condamnés à mort, étaient ceux qui avaient accusé des préjudices et des dégâts considérables à l’administration coloniale.

Pourquoi ciblez-vous les magasins?

Parce que la population de la Casbah et d’Alger était moins nombreuse que les colons. C’est pourquoi nous avons prôné ce mode en posant des bombes dans les endroits les plus fréquentés par les colons, comme par exemple le café « Milk Bar ».

Les autorités coloniales ont qualifié ces attaques de comportements de « rebelles » et de « brigands »?

Effectivement, la France a cherché à véhiculer des informations tant à l’extérieur que dans les rangs des Algériens que les actions étaient l’œuvre de rebelles et de fellaga. En plus, les pieds noirs l’ont menacée de riposter à ces attaques et semer le trouble dans le pays. Du coup, Mitterrand avait donné des ordres d’exécuter toute personne arrêtée, dont le premier à être exécuté était Ahmed Zabana. En réaction à l’exécution de Zabana, nous avons exécuté nous-aussi 21 français.

La férocité de l’armée française ne s’était pas arrêtée à ce niveau, car elle procédait à des rafles en entassant enfants, femmes et vieux dans des camions qu’elle jette dans la mer.

Qui dirigeait la « ZAA » avant que vous soyez chef de cette région?

Personne! J’étais le premier chef de la Zone autonome d’Alger.

Certains disent que Larbi Ben M’hidi était le premier à être en tête de la ZAA?

Ces informations sont infondées. J’étais le premier chef de la ZAA, et aujourd’hui nombreux sont ceux qui se disent être les premiers à occuper ce poste le premier.

Vous avez joué un rôle de premier plan à semer la terreur dans les rangs de l’administration coloniale à Alger?

Malgré les souffrances que j’ai subies et les balles ayant traversé mon corps, Dieu merci, je suis toujours vivant pour transmettre aux générations futures le message de nos martyrs ayant donné leur vie pour que l’Algérie recouvre sa liberté.  

Quant à la grève déclenchée en janvier 1957, vous avez été un des initiateurs de cette action?

C’était moi qui avais initié cette grève à Alger du 28 janvier au 4 février 1957.

Comment avez-vous organisé cette action?

Larbi Ben M’hidi était chargé par le Comité de coordination et d’exécution de venir à Alger pour se renseigner sur les bombes qu’on posait dans les lieux où se rassemblaient les Français. Au début, il voulait savoir si ces engins étaient fabriqués par nous-mêmes. Afin qu’il n’y ait aucun doute, je l’ai conduit chez Djamila Bouhired où étaient fabriqués les bombes et les explosifs qu’on utilisait contre l’armée coloniale. Je l’ai présenté, en tant qu’anonyme, aux garçons et filles qui travaillaient dans le laboratoire. Je leur disais simplement qu’il était envoyé par le CCE.

Après une tournée dans les différents coins de la Casbah, il a décidé d’y rester d’autant qu’il était difficile de le reconnaître au milieu de la population de la ville. En effet, j’ai mis à sa disposition plusieurs refuges et chargé le petit « Omar » de l’accompagner avant qu’il ne décide d’aller avec le reste du groupe. En découvrant sa cache, les autorités coloniales l’ont arrêté  à « Télemly » à Alger.

Revenons aux circonstances d’arrestation du chahid Larbi Ben M’hidi?

Larbi Ben M’hidi -que Dieu lui  accorde sa miséricorde- m’a appris que l’Onu allait se pencher sur la question algérienne ainsi que la grève que nous envisagions entamer pour faire parler de la question algérienne à travers le monde. Pour combien de jours?, lui demandai-je. Huit jours peut-être, me répondit-t-il. Je lui proposais de la réduire à trois jours, pour ne pas permettre aux autorités françaises de déployer leurs soldats partout et de mettre la pression sur les Algériens pour donner l’impression à l’Onu que les revendications du FLN n’étaient pas celle du peuple algérien et que ce dernier soutenait plutôt la France.

Le lendemain, Larbi Ben M’hidi m’a remis une somme de 10 millions à distribuer à la population d’Alger pour pouvoir s’approvisionner en vivres durant la grève. Pensez-vous que cette somme suffise pour la population d’Alger?, lui demandai-je. La Casbah à elle seule abrite 80.000 habitants, comment voulez-vous qu’on la distribue à la population d’Alger?, lui-demandai-je de nouveau. Débrouille-toi !, me répondit-il. Comme j’étais responsable de fournir la nourriture à la population, j’ai décidé d’aller demander d’aide aux artistes à la Radio nationale. Je suis allé à la rencontre de Fadila Dziria et Farida Saboundji qui mourraient de peur en m’apercevant. N’ayez-pas peur, j’ai besoin de votre aide, leur dis-je. J’avais besoin 40 femmes pour distribuer de l’argent aux familles nécessiteuses pour pouvoir subvenir à leurs besoins et j’ai chargé les propriétaires de magasin de distribuer la moitié de leurs marchandises aux nécessiteux.

Quelle a été la réaction de l’administration coloniale?

Comme première réaction, elle a déployé à Alger pas moins de 60.000 soldats pour casser la grève. Les soldats procèdent à des arrestations arbitraires et envoient dans des centres de torture toute personne rencontrée sur leur passage. J’ai une archive, témoignant de ces événements, aussi volumineuse que celle du ministère des Moudjahidine. En effet, même la moudjahida Ourida Meddad s’est suicidée lors de ces événements.

Selon des témoignages et des écrits, Ourida Meddad  a été tuée et ne s’était pas suicidée?

Non… Ourida Meddad était une très belle femme. Comme les Français ont voulu porter atteinte à sa pudeur, elle a préféré se donner la mort que de tomber entre leurs mains.  

مقالات ذات صلة