75 % des travailleurs ne sont pas déclarés : société de gardiennage en Algérie, un esclavage qui ne dit pas son nom
Salaires insignifiants, droits sociaux piétinés, recrutement clientéliste.Certains n’ont pas perçus leurs salaires depuis une année entière. D’autres n’ont pas perçus leurs heures supplémentaires, leurs primes et leurs indemnités. Et quand ils sont rémunérés, ils ne perçoivent des émoluments que pour huit heures. Une infraction en règle par rapport à la législation du travail.
Salaires insignifiants, droits sociaux piétinés, recrutement clientéliste. Il ne se passe pas un jour sans qu’on entende parler de dénonciations, de revendications et même de grève de la faim d’agents de sécurité employés par des sociétés de gardiennage privées. Certains n’ont pas perçus leurs salaires depuis une année entière. D’autres n’ont pas perçus leurs heures supplémentaires, leurs primes et leurs indemnités. La plupart ne sont pas déclarés aux organismes sociaux.
Ces pratiques d’un autre temps ne peuvent être passées sous silence car il s’agit d’entreprises censées veiller à la protection des biens et des personnes. Bien avant son recrutement le candidat à un poste d’agent de sécurité doit se soumettre à un triptyque d’enfer : intermédiation, clientélisme, corruption. Ensuite, les pratiques auxquelles est soumis l’employé relève de l’esclavage moderne. L’agent est rémunéré entre 11.000 et 12.000 dinars alors que son employeur perçoit entre 45.000 et 60.000 dinars. Pire encore, la plupart des sociétés en activité qui se comptent à environ une cinquantaine ne s’acquittent pas dans les délais pour le règlement des salaires de leurs employés. Et ce n’est pas tout : engagé pour exercer 8 heures, ces agents sont obligés d’effectuer des brigades de 12 heures.
Bien entendu, quand ils sont rémunérés, ils ne perçoivent des émoluments que pour huit heures. Une infraction en règle par rapport à la législation du travail. D’ailleurs, des dizaines de ces sociétés ne sont pas gênés de fixer des horaires de travail dépassant les 10 heures jours. La facturation à leurs clients couvre une durée de 24 heures alors que les agents employés ne sont rémunérés qu’à hauteur de huit heures. Par ailleurs, comme l’on peut s’en douter, les jours fériés ne sont pas rémunérés comme le prévoit la loi. D’autres entorses à la réglementation sont en outre signalées. Absence de fiches de payes, de congés, de primes de danger, de gilet pare-balles, licenciements abusifs, etc. La liste des griefs est un long chapelet que devrait égrener les inspecteurs de travail dont l’absence se fait, de jour en jour, plus criante.