Ancien agent de la DST marocaine: « Mohamed VI a peur de la grogne populaire après la mort de Mouhcine Fikri»
L’ancien agent des services de renseignement marocains, Farid Boukas est revenu dans cette interview qu’il nous a accordée comment il a été enrôlé dans les rangs de la Direction de la surveillance du territoire (DST) après avoir exercé le journalisme.
Boukas, installé actuellement dans un pays européen qu’il refuse de citer de crainte de représailles a raconté également les missions qui lui étaient confiées, les moyens de pression utilisés par El Makhzen contre ses opposants ainsi que les événements d’Al-Hoceima (Maroc) ayant éclaté après la mort de Mouhcine Fikri, un poissonnier broyé par une benne à ordures.
Quel métier exerciez-vous avant de quitter le Maroc?
J’exerçais le journalisme que j’ai aimé dès mon enfance. J’ai débuté ma carrière à la Radio Tanger, correspondant d’un hebdomadaire national et puis directeur financier et commercial et actionnaire du même titre. En 2002, j’ai signé un contrat de travail à durée indéterminée avec le directeur régional de la DST, Abdelkader Bouiali. Date à laquelle j’ai accédé aux services de renseignement marocains.
A la même année, j’ai été chargé par le directeur régional de la DST avec le consentement du directeur général de l’époque, le général Hmidou Lanikri de suive le dossier de Mustapha El Merabet, alors président de l’Association des travailleurs et immigrés marocains d’Espagne, dont le siège est à Madrid. Cette association renferme 20 sections en Espagne et une à Rabat. Elle a été créée par Mohamed El Badjouki originaire de Tétouan, connu alors pour le trafic de drogue à l’échelle internationale.
Il a fui le pays en possession de millions de dollars de blanchiment en terres espagnoles avec l’aide de la DST.
Après des investigations que j’ai effectuées, j’ai pu constater que la personne visée n’était pas Mustapha El Merabet, mais plutôt Mohamed El Badjouki car il y avait eu des comptes personnels à régler entre ce dernier et mon supérieur hiérarchique, Abdelkader Bouiaili.
Quels étaient les moyens de pression employés par El Makhzen contre vous et contre ses opposants?
Le régime marocain est connu pour l’utilisation du terrorisme diplomatiquement comme carte de sécurité pour atteindre ses objectifs. Une carte qu’il a utilisée avec les Espagnols. D’ailleurs, à chaque fois que j’introduise une demande auprès du bureau d’immigration, on me répond négativement. Quand je demande des explications on me répond qu’il s’agisse « d’instructions venues de Madrid»…Il s’agit de pressions administratives.
En outre, j’ai été privé de renouveler mon passeport marocain par le consul général, Mohamed Berrada qui justifie le refus par le fait d’avoir reçu « d’instructions de Rabat »…Nous ne devons pas oublier le rapprochement géographique entre Madrid et Rabat, ce qui rend facile l’espionnage sur le sol espagnol.
Quels impacts peuvent avoir, selon vous, les derniers événements d’Al-Hoceima? Qui paiera les frais? A qui profitent ces événements?
L’incident d’Al-Hoceima qui a coûté la vie à Mouhcine Fikri n’était pas le premier, non plus le dernier. Un autre incident tragique avait provoqué la mort de Mi Fatiha, vendeuse de gâteaux, dont la marchandise lui avait été confisquée par El Makhzen. Ce qui renseigne de la rancune vouée par El Makhzen à l’endroit du peuple marocain et les pauvres.
De tels événements favorisent la découverte de la réalité du système corrompu. Ce dernier traverse des moments difficiles. Pour preuve, le roi Mohamed VI téléphone à son ministre de l’Intérieur quatre fois par jour.
Le régime marocain fera les frais cette fois-ci. Les Marocains se sont émancipés de l’esclavage et devenus plus intelligents.
Ces événements permettent ainsi de tirer des enseignements. C’est pourquoi je tiens à appeler le peuple marocain à poursuivre le combat. Il y a des tentatives visant à dissimuler la vérité en exerçant des pressions sur l’un des témoins, voire l’acheter. Il y a également des tentatives de culpabiliser des innocents parmi les agents d’entretien.