Ben Boulaïd est mort, victime d’un complot
Le colonel Tahar Zbiri, le dernier des commandants des Aurès, a assuré que les circonstances de la mort du martyr Mustapha Ben Boulaïd ne sont pas naturelles, bien qu’il ait semblé que ce soit les services secrets français qui ont commandité son assassinat au moyen d’un appareil de signalisation piégé. Mais Zbiri ne croit pas à cette version, car Ben Boulaïd était le plus prudent des hommes. Zbiri rappelle les relations tièdes du martyr avec Adjoul, le commandant par intérim des Aurès, après son incarcération et l’exécution de son adjoint Chihani, mais il se garde d’accuser qui que ce soit.
- Dans un entretien à Echorouk, Zbiri a indiqué que, selon le témoignage du Moudjahid Moussa Houasnia qui était au commandement de la wilaya I, le retour de Ben Boulaid au centre de commandement de la région des Aurès suite à son évasion de la prison le 10 novembre 1955 a surpris Adjoul qui a pris le commandement après l’exécution de Béchir Chihani, l’adjoint de Ben Boulaid. Cette exécution a éloigné les deux hommes, car Ben Boulaid ainsi que d’autres moudjahidine l’imputait à des erreurs commises par Adjoul, mais ces erreurs ne condamnaient pas pour autant Adjoul à la peine de mort.
- En revanche, les autres responsables de la région ont accueilli avec satisfaction le retour de Ben Boulaid, tout en mettant de côté les décisions d’Adjoul. Si Mustapha se réunissait tous les jours avec ses frères d’armes afin de réorganiser la région des Aurès qui était divisée en raison de conflits personnels, d’appartenance et surtout du vide laissé par l’absence de Si Mustapha et de son adjoint Chihani. En peu de temps, Ben Boulaid a réussi à unifier les rangs d’autant qu’il avait la confiance de nombreux dirigeants de la révolution et les moudjahidine de la région qui lui faisaient allégeance.
- Le 22 mars 1956, Ben Boulaid est tombé au champ d’honneur dans des conditions jugées obscures par Zbiri. Un appareil de signalisation piégé a explosé en fait dans l’une des casemates, emportant la vie de Si Mustapha et celle d’autres moudjahidine. Seulement deux parmi eux ont survécu. Sa disparition est étrange parce que lui-même nous mettait souvent en garde pour ne pas nous approcher des objets douteux, poursuit Zbiri. Ces éléments indiquent qu’un complot a été à l’origine de la mort de Si Mustapha, ajoute notre interlocuteur.
- L’engin piégé retrouvé par des moudjahidine a été amené à Ben Boulaid pour le faire fonctionner. Lorsqu’il a tenté de l’allumer, il a explosé emportant avec lui le commandant de la wilaya I. Vu la prudence de l’homme, le fait de tester un appareil de communication international laissé par l’occupant est très étrange, souligne encore Zbiri.
- Notre interlocuteur se garde d’accuser Adjoul en l’absence de preuves, mais affirme que les rapports entre les deux hommes n’étaient pas au beau fixe avant la mort de Si Mustapha.
- A l’indépendance, Adjoul a été arrêté car il s’est rendu à l’ennemi et qu’il était accusé d’être impliqué dans la mort de Mustapha Ben Boulaid. Zbiri raconte que lorsqu’il est devenu, en 1963, commandant des forces armées, il est intervenu auprès de Boumediene, alors ministre de la défense, et Benbella, chef de l’Etat, leur demandant de gracier Adjoul car il était âgé et que son implication dans la mort de Ben Boulaid n’avait pas été prouvée.