Bouteflika annoncera-t-il une amnistie générale?
« La main de l’Algérie demeure tendue à ses enfants égarés que j’appelle de nouveau à revenir dans leur foyer. La réconciliation nationale reste ma priorité…». Cette expression employée par le président Bouteflika, réélu pour un nouveau mandat, a donné davantage d’espoir à certains acteurs quant à la possibilité d’aller jusqu’à déclarer une amnistie générale.
Dans une lecture du discours prononcé par Bouteflika à l’occasion de la cérémonie de son investiture, Madani Mezrag, ancien émir national de l’Armée islamique de salut (AIS) a indiqué « je pense que le discours a rapporté ce que recherchent les Algériens quelle que soit leur orientation, que ce soit l’opposition ou Ali Benflis». Pour lui, le discours de Bouteflika est positif d’autant qu’il contienne des réformes politiques, une Constitution consensuelle, une démocratie participative et l’affirmation de la place et des droits de l’opposition.
A la question « D’après vous, le discours de Bouteflika ne signifie-t-il pas qu’il allait annoncer une amnistie générale? » « Il n’y a aucun doute que la réconciliation nationale soit le socle de tout processus politique, économique ou social car elle est la base de la sécurité et de la stabilité. Mais dire qu’il va vers l’annonce d’une amnistie générale, je pense que cela reste otage de quelques contradictions au sommet du pouvoir » affirmant qu’il y a « des échos positifs sur ce sujet ».
Par ailleurs, Madani Mezrag a appelé l’opposition à s’unir afin d’apporter un soutien au Président et à tous ceux qui veulent du bien au pays.
En revanche, Anouar Haddam, ancien leader du FIS-dissous s’est montré pessimiste quant à la réconciliation nationale. « Ce qui s’était passé n’était point une réconciliation…la réconciliation a ses conditions. En accordant des droits aux uns et privant d’autres, cette réconciliation ne permet pas de résoudre le problème », juge-t-il.
Anouar Haddam établi à l’étranger depuis des années estime que la réconciliation escomptée « c’est de reconnaître qu’il y a une tyrannie exercée contre ceux qui étaient choisis par le peuple algérien, une exclusion arbitraire et une tragédie nationale aux retombées qu’on ne puisse oublier sans savoir toute la vérité, tel que font les Etats de droit ».
De son côté, Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme (Cncppdh), n’écarte pas l’hypothèse de voir le président Bouteflika promouvoir la charte pour la paix et la réconciliation nationale en amnistie nationale.
Dans une déclaration à Echorouk, Ksentini s’est concentré sur « la main de l’Algérie demeure tendue à ses enfants égarés » en niant l’existence d’entraves empêchant Bouteflika de décréter une amnistie générale.
Merouane Azzi, président de la cellule d’assistance judiciaire pour l’application des dispositions de la Charte pour la réconciliation nationale a indiqué à Echorouk qu’il y ait des secteurs qui n’ont pas bénéficié des dispositions de la charte pour la paix et la réconciliation nationale. « Les dispositions en elles-mêmes à prendre pour réhabiliter les catégories n’ayant pas bénéficié de la réconciliation nationale portent peu. Un article dans la Charte pour la paix et la réconciliation nationale confère au président de la République le droit d’aller jusqu’à décréter une amnistie générale.
Selon lui, décréter une amnistie générale n’est pas une question facile et que la charte pour la paix et la réconciliation nationale est appliquée à 95%.