Des navires de guerre russes bientôt en Syrie
Moscou s’oppose à toute sanction ou pression à l’égard du régime de Damas. Alliée de la Syrie depuis la période soviétique, la Russie a annoncé mardi l’envoi dès décembre de navires de guerre.
Le porte-avion Amiral Kouznetsov et le navire de guerre Amiral Tchabanenko «vont probablement après le 10 décembre se rendre en Atlantique et en Mer Méditerranée », a déclaré une source militaire au sein de l’état-major des forces armées russes, citées mardi par l’agence officielle Itar-Tass. Déjà évoqué par les médias, notamment par le quotidien russe Izvestia., un tel déploiement était annoncé seulement pour le printemps 2012. Officiellement, la manœuvre n’a rien à voir avec la tension grandissante dans la région. Cette escale «a été prévue de longue date et n’a aucun lien avec les évènements en Syrie », a ajouté la source militaire.
Un accès à la méditerranée
Les navires, menés par l’unique porte-avions russe, l’Amiral Kouznetsov, mouilleront dans le port de Tartous, où se situe la seule base navale russe de toute la Méditerranée. Force est de constater que Moscou ne cesse pas de marteler un message : pas touche à l’allié syrien ! Ainsi, mardi matin, Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères a appelé à mettre fin aux « ultimatums » lancés à la Syrie, après l’approbation de sanctions par la Ligue arabe contre Damas et les appels des États-Unis et de l’UE à mettre fin immédiatement aux violences. Les Nations unies estiment que la répression a fait plus de 3’500 morts depuis le début des manifestations contre le régime en mars.
L’exemple du Yémen
« Le plus important maintenant, c’est de cesser d’agir avec des ultimatums et d’œuvrer pour ramener la situation sur le terrain politique », a déclaré M. Lavrov, cité par l’agence Interfax, insistant sur une résolution pacifique du conflit en citant l’exemple du Yémen. « Tous les États, y compris ceux qui exigent maintenant de prendre des mesures contre la Syrie, ont eu une attitude très différente à l’égard du Yémen, où les négociations sur un plan de règlement pacifique proposé par le Conseil de coopération des États du Golfe persique ont duré des mois », a-t-il ajouté. « Au final, après avoir fait preuve de patience et de persévérance, en exerçant une pression identique sur tous les partenaires du processus, la communauté internationale a obtenu que ce plan soit signé », a souligné M. Lavrov.
Blocage de comptes bancaires
«Une telle approche est nécessaire pour le problème syrien, car les ultimatums auxquels ont recours quelques États, en particulier la Ligue arabe, ne résolvent pas ce problème », a poursuivi le chef de la diplomatie russe. La Ligue arabe a adopté dimanche des sanctions sévères contre la Syrie, les premières de cette ampleur à l’encontre de l’un de ses membres. Elles prévoient en particulier un gel des transactions commerciales avec le gouvernement syrien et le blocage de ses comptes bancaires dans les pays arabes.
Non à un embargo sur les armes
M. Lavrov a également indiqué qu’il était peu probable que Moscou soutienne l’imposition d’un embargo sur les livraisons d’armes à la Syrie, après l’expérience des bombardements de l’Otan en Libye. «Je qualifierais de malhonnêtes les propositions que nous entendons parfois sur l’imposition d’un embargo total sur les livraisons d’armes à la Syrie », a déclaré M. Lavrov, qui s’exprimait à l’issue d’une rencontre avec son homologue islandaise, Ossur Skarphedinsson. Allié de la Syrie depuis la période soviétique, la Russie est son principal fournisseur d’armes et s’oppose à toute sanction ou pression à l’égard du régime de Damas. Lundi, les ambassadeurs américain et allemand à l’ONU ont assuré qu’il était temps de reprendre les discussions au Conseil de sécurité sur un projet de résolution condamnant la répression des manifestants en Syrie, après l’appel d’ONG dans le même sens.