Egypte: le pouvoir militaire impuissant face à l'instabilité dans le Sinaï
Le siège par des bédouins d’un camp d’une force internationale de paix dans la péninsule du Sinaï souligne l’impuissance du pouvoir militaire égyptien à asseoir son autorité sur cette région en proie à l’instabilité, plus d’un an après la chute du régime de Hosni Moubarak.
Vendredi, après un siège de huit jours du camp de la Force multinationale d’observateurs au Sinaï (FMO), des bédouins ont accepté de le lever mais en donnant un mois aux autorités pour libérer des membres de leurs tribus, dont certains accusés de terrorisme. L’armée a promis d’examiner leurs demandes.
Cet incident est le dernier en date d’une série de violences ayant mis dans l’embarras le pouvoir militaire, qui a été incapable de défendre un gazoduc alimentant Israël, saboté à 13 reprises en un an.
Des attaques ont aussi visé la police ainsi que des touristes et des travailleurs étrangers brièvement enlevés.
Le Sinaï, où sont concentrées les stations touristiques les plus lucratives d’Egypte, est peuplé en grande partie de bédouins longtemps négligés sous Hosni Moubarak et qui avaient pris les armes lors de la révolte qui a renversé l’ancien président.
L’armée, qui a pris ensuite le pouvoir, peine à déloger les groupes radicaux de cette région désertique et montagneuse de l’est du pays, où la population bédouine est lourdement armée et l’armée très peu présente en raison de la démilitarisation du secteur prévue par l’accord de paix israélo-égyptien.
La péninsule constitue en outre un passage pour le trafic de drogue, la traite humaine et l’immigration clandestine en Israël, de même que la contrebande d’armes vers l’enclave palestinienne voisine de Gaza. Elle a été utilisée également pour commettre des attentats en Israël.
Depuis la chute du régime Moubarak en février 2011, le pouvoir militaire a de plus en plus de mal à imposer son autorité dans cette région. Après une tentative de mater les bédouins l’année dernière, il tente aujourd’hui la négociation avec cette partie de la population locale et islamistes radicaux.
Pendant des décennies, la solution militaire dans cette région n’a pas seulement échoué mais a envenimé le problème. Entre 2004 et 2006, des dizaines de touristes ont été tués dans des attentats et les forces de Moubarak avaient arrêté des milliers de bédouins dont certains ont été torturés selon des ONG.